Éditorial du président

Une solution pour améliorer la performance des cliniques d’hiver : faire place à l’expertise infirmière

2020 Jan 23
Une solution pour améliorer la performance des cliniques d’hiver : faire place à l’expertise infirmière

C’est un secret de polichinelle ou encore mieux, une vérité de Lapalisse : la saison de la grippe bat son plein!

Malgré la décision de la ministre de la Santé et des Services sociaux de mettre en place, pour une deuxième année consécutive, des cliniques d’hiver afin d’améliorer l’accès aux soins pour les Québécois et les Québécoises, les médias viennent semer le doute dans nos esprits quant à leur efficacité.

Pourtant, selon l’OIIQ, les cliniques d’hiver peuvent devenir une des clés pour améliorer l’accès aux soins et contribuer à désengorger les urgences en cette période de l’année.

Place à l’expertise infirmière

Le champ d’exercice de notre profession prévoit que nous possédons l’expertise souhaitée pour prendre en charge des symptômes d’allure grippale (SAG) et des gastro-entérites. En effet, lavage des mains, sommeil, hydratation, gestion des symptômes, mesures de prévention des infections pour les autres membres de la famille, plan de traitement déterminé par l’infirmière : voilà souvent les besoins d’une personne enrhumée ou même atteinte de l’influenza.

Par conséquent, nous sommes aptes à faire une bonne évaluation de la condition physique et mentale du patient, à donner les conseils d’usage qui s’imposent dans ces situations puis, lorsque la situation l’exige, à faire le lien avec nos collègues IPS ou les médecins. L’expertise des IPS et des médecins pourrait alors être utilisée à bon escient, soit réservée aux cas plus complexes ou présentant des comorbidités.

Des études démontrent que des infirmières et infirmiers passent une grande partie de leur temps à exercer des activités qui ne nécessitent pas leur expertise et qui pourraient être effectuées par d’autres membres de l’équipe soignante ou par du personnel administratif ou de soutien.

Certains d’entre vous me diront qu’ils sont surchargés et qu’il ne faut rien demander de plus aux infirmières et infirmiers. C’est vrai, la surcharge de travail est un phénomène réel; il ne s’agit pas d’en faire plus, mais d’agir différemment. À titre d’exemple, dans la région des Laurentides, les IPS ont été au cœur de la mise en place de cliniques d’hiver et elles ont remporté un certain succès. C’est donc possible de faire autrement!

Dans l’optique de pouvoir faire autrement, pour ce qui est des cliniques d’hiver, le ministère de la Santé et des Services sociaux pourrait donner des orientations pour :

  • favoriser un usage optimal des ressources et donner accès à l’expertise infirmière. Socialement, nous n’avons pas les moyens d’exclure une ressource compétente de la solution;
  • donner les directives afin que les cliniques d’hiver et tous les services de première ligne aient recours aux expertises infirmières;
  •  permettre aux infirmières et infirmiers de faire valoir leurs compétences dans la détection des personnes vulnérables nécessitant des soins médicaux ou de deuxième ligne en raison de la complexité de leur situation clinique;
  • permettre aux infirmières et infirmiers de mettre en œuvre une démarche clinique scientifique afin d’évaluer la personne, d’émettre des constats quant à la nécessité de consulter un médecin, ainsi que de conseiller et d’éduquer la personne et sa famille en lien avec les soins requis, pour que la personne puisse gérer elle-même ses symptômes;  
  • favoriser l’usage des ordonnances collectives pour s’assurer que les infirmières et infirmiers initient des mesures diagnostiques et thérapeutiques lorsque la situation clinique s’y prête. Par exemple : l’usage optimal de protocoles et d’ordonnances collectives de sorte qu’ils puissent occuper pleinement leur champ d’exercice.

Les outils et les règles d’encadrement de ces activités existent déjà

Les infirmières et infirmiers ont déjà accès à des outils venant les guider dans leur pratique professionnelle afin de faire face à toutes ces situations; par exemple, le développement de règles de soins infirmiers par les directions de soins infirmiers, telles que suggérées par l’Institut national de santé publique du Québec.

La profession infirmière est déjà identifiée par le MSSS comme une profession dont les membres sont habilités à évaluer les SAG et à diriger le patient vers la meilleure ressource.

Mentionnons qu’en Ontario, les infirmières et infirmiers et les IPS sont des intervenants de première ligne en ce qui a trait aux soins auprès de personnes présentant des SAG. C’est une piste intéressante.

Dans les cliniques d’hiver, il n’y a pas de doute : les infirmières et infirmiers peuvent apporter leur contribution.

Mettons-nous à l’œuvre pour préparer la saison grippale 2021!

 

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