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Concours Innovation clinique Banque Nationale 2018 - Estrie

Un algorithme en appui à l’expertise infirmière

Par Catherine Crépeau

Un algorithme en appui à l’expertise infirmière

Un algorithme a permis aux infirmières de gagner une plus grande autonomie dans la gestion de la douleur postopératoire et d’améliorer de façon significative le bien-être des patients ayant subi une chirurgie, en réduisant leur douleur, leur consommation d’opiacés et leur durée d’hospitalisation.

Plus de 75 % des patients souffrent de douleurs considérables à la suite de leur chirurgie et ressentent de l’anxiété parce qu’ils anticipent cette douleur. « Toute l’équipe de soins était préoccupée par la gestion de la douleur. Nos évaluations indiquaient que nos patients n’étaient pas suffisamment soulagés, mais nous ne trouvions pas de réponse concrète parmi les solutions déjà implantées dans des milieux », résume Johanne Lapré, infirmière et conseillère cadre clinicienne au CIUSSS de l’Estrie – CHUS.

Un comité de travail regroupant des infirmières, des médecins, des chirurgiens, des pharmaciens et des experts en recherche quantitative a été mis sur pied pour réfléchir à cette question. De leurs travaux est né le projet « Moderniser l’administration des analgésiques, valoriser l’autonomie des infirmières et réduire la douleur des patients en période postopératoire grâce à un Algorithme d’Analgésie Multimodale chez l’adulte (AAM-A) : résultats d’une collaboration interprofessionnelle au service des soins ». 

Une intervention adaptée au seuil de douleur

Le projet repose sur un algorithme créé pour aider les infirmières à soulager les personnes opérées en leur administrant des médicaments en fonction de l’intensité de leur douleur, selon une échelle de 10 points. Les infirmières documentent en continu la douleur exprimée par le patient. Après chaque dose d’antidouleur, elles effectuent une nouvelle évaluation dans le but d’alimenter l’algorithme en données afin d’obtenir une analyse de l’évolution de la douleur. À la lumière de ces informations, les infirmières peuvent adapter le plan d’intervention et ajuster la médication à administrer, tout en mesurant l’efficacité des médicaments que le patient a reçus précédemment.
 

« Grâce à ce projet, les infirmières ont plus d’autonomie en ce qui a trait à la gestion de la douleur, ce qui leur permet de mettre de l’avant leur jugement clinique. »

« Ce projet permet aux infirmières en postopératoire de jouer pleinement leur rôle en mettant de l’avant quatre de leurs activités réservées, soit l’évaluation, la surveillance clinique, le suivi infirmier, ainsi que l’administration et l’ajustement de médicaments lorsqu’ils font l’objet d’une ordonnance. Grâce à ce projet, les infirmières ont plus d’autonomie en ce qui a trait à la gestion de la douleur, ce qui leur permet de mettre de l’avant leur jugement clinique », explique Johanne Lapré. Il a également permis aux infirmières d’approfondir leurs connaissances des combinaisons des différents modes analgésiques et de développer le réflexe d’inclure systématiquement l’évaluation régulière de la douleur du patient dans leur intervention.

Depuis l’implantation de l’algorithme, les infirmières se sentent mieux outillées pour soulager la douleur, la consommation d’opiacés des patients en période postopératoire a diminué et les responsables du projet remarquent chez les patients une diminution de la douleur, de l’anxiété, du temps d’attente en vue d’obtenir des analgésiques ainsi que de la durée d’hospitalisation.

Ces résultats ne sont pas encore chiffrés puisque l’algorithme fait toujours l’objet d’une étude. Le succès est cependant suffisamment important pour que la Direction des soins infirmiers du CIUSSS de l’Estrie – CHUS recommande l’implantation de l’AAM-A sur l’ensemble des unités de soins de l’établissement.

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