Éditorial du président
Perspective infirmière | Été 2022

Et si on voyait les choses autrement?

Luc Mathieu, inf., DBA

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20 juil. 2022
Et si on voyait les choses autrement?
Éditorial| Et si on voyait les choses autrement?

Nous avons connu un printemps actif en ce qui a trait à l’enjeu de la formation initiale requise pour les prochaines générations d’infirmières et infirmiers. Le 12 mai dernier, l’OIIQ, soutenu par l’Alliance pour l’avenir des soins infirmiers au Québec ainsi que par d’autres experts, a déposé à l’Office des professions du Québec un mémoire demandant un rehaussement de la norme d’entrée à la profession, intitulé Une réponse à la hauteur des besoins de santé de la population québécoise.

Par ce geste, l’OIIQ donne suite à la volonté de la communauté infirmière qui s’est mobilisée lors des États généraux de la profession infirmière en 2021, afin d’agir de façon concomitante à trois niveaux, en vue d’optimiser la pratique : un meilleur soutien clinique, une révision de l’organisation des soins et l’exigence du baccalauréat pour l’obtention du droit d’exercice au Québec, comme partout au Canada.

Un projet porteur d’espoir

Une période de transition est prévue, où tous les acteurs – ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, ministère de la Santé et des Services sociaux, enseignantes et enseignants de niveaux collégial et universitaire, syndicats et gestionnaires des établissements de santé – seraient appelés à collaborer pour créer une valeur ajoutée à l’expertise des infirmières et infirmiers.

Aucune ambiguïté n’est possible quant à notre volonté de reconnaître la contribution de nos membres, notamment les titulaires d’un DEC qui exercent actuellement. Nous voulons préparer l’avenir avec vous, en proposant aujourd’hui de modifier la norme d’entrée pour être à même de relever les défis du futur. Ce virage est incontournable.

Avec la présentation de son Plan pour mettre en œuvre les changements nécessaires en santé, le ministre de la Santé et des Services sociaux indique que nous avons besoin de professionnels bien préparés, notamment en première ligne, pour accroître l’accès aux soins. La formation universitaire offre le complément essentiel à la formation collégiale, permettant aux infirmières et infirmiers d’accroître leur jugement clinique et, conséquemment, leur autonomie professionnelle.

Tirer la profession vers le haut

Arrêtons de tergiverser! Mettons fin à la discorde autour des programmes collégial et universitaire. C’est un faux débat. Le Québec a besoin de ces deux niveaux d’enseignement, en complémentarité, pour assurer une formation de qualité.

Travaillons plutôt de concert sur des conditions permettant à la profession de se distinguer par une formation à la hauteur de ce qui est attendu des infirmières et infirmiers dans le système de santé. Comme le mentionne le rapport des commissaires sur les États généraux, pour y arriver, nous devons avoir l’humilité de revoir simultanément tant le programme collégial que le programme universitaire.

J’en appelle aux universités et aux collèges. Rendons la profession plus attractive! En étant mieux préparés pour faire face à la complexité des soins, nous aurons des infirmières et infirmiers qui retireront une meilleure satisfaction en exerçant et qui souhaiteront davantage poursuivre leur carrière dans la profession.

Tout le Québec y gagnerait

Il faut travailler ensemble pour l’avenir de la profession. Au nom de l’OIIQ, je le redis : personne ne serait lésé par une révision de la norme d’entrée, qui inclurait une période de transition permettant d’effectuer en douceur les changements requis : ni les infirmières et infirmiers actuellement en poste qui bénéficieraient d’une clause de droits acquis, ni les étudiantes et étudiants au collégial qui termineraient leurs études selon le programme choisi, ni les enseignantes et enseignants au cégep qui continueraient à offrir une excellente formation dans le cadre du parcours DEC-BAC.

C’est tout le Québec qui y gagnerait. La population, en premier lieu, qui serait soignée par des infirmières et infirmiers dont la formation initiale serait en pleine adéquation avec les défis et les besoins sans cesse grandissants, et ce, dès leur entrée sur le marché du travail. Mais, aussi, toute la communauté infirmière, dont la profession serait davantage valorisée. Ce projet structurant donnerait lieu à une croissance probable de l’effectif ainsi qu’à une meilleure complémentarité avec les autres professionnels de la santé.

Prenons l’été pour réfléchir à ce projet et revenons à l’automne pour poursuivre la réflexion et les discussions avec toutes les parties prenantes.

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