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Évaluation de l’aptitude à conduire des personnes âgées

Par Camille Savoie, inf., Ph. D. (C.), Philippe Voyer, inf., Ph. D. et Suzanne Bouchard, Ph. D.

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01 sept. 2018
Évaluation de l’aptitude à conduire des personnes âgées
© De JoaoCachapa/Shutterstock

Le vieillissement de la population entraînera une augmentation du nombre d’aînés qui conduiront. Or, il provoque aussi des modifications et la détérioration de certaines fonctions essentielles à la conduite automobile. Autorisées légalement à évaluer l’aptitude à la conduite, les infirmières œuvrant auprès d’aînés souvent en perte d’autonomie sont au premier plan pour détecter les personnes âgées à risque. Cet article vise à aider les infirmières à comprendre leur rôle dans ce type d’évaluation et en résume les principales étapes.

Note au lecteur

Contrairement à ce qui est mentionné dans cet article, le formulaire devant être rempli par l’infirmière est la « Déclaration d’inaptitude à conduire un véhicule routier », et non le formulaire M-28.

Nous aimerions aussi préciser que si l’évaluation pratique ne révèle pas un besoin d’évaluation plus poussée pour un aîné présentant une atteinte cognitive, un suivi doit être institué, initialement aux douze mois, afin de s’assurer que l’évolution de ses symptômes ne compromet pas son aptitude à conduire. Il en est de même lorsque l’évaluation sur route est réussie chez des patients jugés à risque lors du dépistage en milieu clinique. Finalement, comme souligné dans l’article, nous insistons sur le fait que l’infirmière doit appuyer son jugement clinique quant aux capacités de l’aîné à conduire son auto sur un maximum de variables lors de son évaluation. Cela fera en sorte que son évaluation sera plus juste.

 

Entre 1950 et 2010, le poids démographique des personnes âgées de 65 ans et plus au Québec est passé de 5,7 % à 15,3 %. Selon Azeredo et Payeur (2015), cette proportion s’élèvera à 25 % en 2030. 

Le vieillissement de la population sera aussi accompagné d’une augmentation du nombre d’aînés sur les routes du Québec. En 2030, ils représenteront plus de 25 % de tous les conducteurs, contre 18 % en 2014 (Société de l’assurance automobile du Québec, 2017). Leur taux d’accidents avec dommages corporels est inférieur à celui de l’ensemble des conducteurs, mais leur taux d’accidents par kilomètre parcouru est plus élevé (Wiese et Wolff, 2016). Par conséquent, ils sont plus susceptibles de subir des blessures mortelles lors d’un accident (Singletary et al., 2017).

Le Code de la sécurité routière reconnaît à des professionnels de la santé, dont l’infirmière, la possibilité de divulguer à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) l’inaptitude à conduire d’un client (art. 603). Toutefois, auparavant, l’infirmière procédera à une évaluation pertinente de la condition de santé du patient, s’assurera de sa compréhension et discutera, s’il y a lieu, des risques associés à la conduite automobile compte tenu de sa condition physique ou mentale (OIIQ, 2011). 

L’infirmière doit chercher à obtenir son consentement en vue de la divulgation d’informations à la SAAQ. Il est aussi opportun de travailler en concertation avec les autres professionnels impliqués dans les soins du client.

Du fait de leur activité réservée portant sur l’évaluation de la condition physique et mentale d’une personne symptomatique, les infirmières ont donc un rôle majeur à jouer dans l’évaluation de l’aptitude à la conduite automobile des aînés.
 

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Formation disponible Conduite automobile sécuritaire : reconnaître la clientèle à risque (2,5-ACFA)


Références

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