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Excision d’un molluscum : avez-vous besoin d’une ordonnance?

Excision d’un molluscum : avez-vous besoin d’une ordonnance?

Bien souvent, les infirmières croient que l’excision d’un molluscum concerne l’activité réservée consistant à « déterminer le plan de traitement relié aux plaies et aux altérations de la peau et des téguments et prodiguer les soins et traitements qui s’y rattachent ». Or, il n’en est rien.

À la suite de questions de différents milieux cliniques quant à la possibilité pour une infirmière de procéder à l’excision de certaines affections dermatologiques courantes, l’ OIIQ et le Collège des médecins du Québec (CMQ) ont effectué une analyse en fonction des paramètres suivants : la clientèle visée, le contexte de l’intervention, la complexité clinique de l’activité et de la technique, le type de prise en charge et de surveillance requis, les risques de préjudice et les compétences requises par l’infirmière.

Selon les résultats et les consultations menées auprès d’experts cliniques, l’OIIQ et le CMQ concluent qu’une infirmière ou un infirmier peut procéder à l’excision des trois affections suivantes : molluscum contagiosum1, molluscum pendulum (acrochordon)2 et kératose séborrhéique.

Pour ce faire, voici les conditions :

  • avoir obtenu un diagnostic médical au préalable ou une confirmation par une infirmière praticienne spécialisée (IPS) de première ligne;
  • détenir une ordonnance individuelle ( et non une ordonnance collective) précisant le choix de la technique à utiliser;
  • détenir les connaissances et les compétences requises pour procéder à l’excision.

 

Activités réservées visées

L’excision de ces affections s’inscrit dans le cadre des activités réservées suivantes visées par l’article 36 de la Loi sur les infirmières et les infirmiers :

  • effectuer et ajuster les traitements médicaux, selon une ordonnance;
  • exercer une surveillance clinique de la condition des personnes dont l’état de santé présente des risques, y compris le monitorage et les ajustements du plan thérapeutique infirmier;
  • appliquer des techniques invasives.

 

Réflexion vers la prise de décision

Pour répondre à ses obligations déontologiques, l’infirmière doit agir avec compétence selon les normes de pratique et les principes scientifiques reconnus, assurer la mise à jour et le développement de ses compétences, et consulter ou diriger le client vers un autre professionnel si elle n’est pas en mesure d’intervenir (Code de déontologie, art. 17, 18 et 19).

Comme pour toute autre activité de soin, la décision ne porte pas uniquement sur les capacités légales (champ d’exercice, activités réservées) à effectuer l’activité de soin, mais fait suite à une réflexion en vue de poser un jugement clinique sur le contexte de soins et les conditions nécessaires pour une prestation sécuritaire des soins à la clientèle.

En plus de satisfaire aux trois conditions mentionnées précédemment, l’infirmière approfondira sa réflexion et se posera d’autres questions avant de décider de procéder à l’excision ou non (OIIQ, 2019) :

  • Existe-t-il des guides (p. ex. : méthode de soin) ou normes de pratique pour cette activité de soin?
  • L’activité fait-elle l’objet d’une règle de soins, d’un protocole ou d’un autre document d’encadrement dans mon établissement?
  • En quoi consiste la surveillance clinique? Suis-je en mesure de l’effectuer?
  • Quels sont les complications possibles et les risques de préjudices? Puis-je les gérer?
  • Quel suivi et par qui? Y a-t-il un corridor de service vers le prescripteur ou un autre professionnel si je ne peux assurer le suivi ou qu’une complication survient?

 

Conclusion

La décision de procéder à l’excision revient donc à l’infirmière. Lorsque cette dernière effectue le soin, elle engage sa responsabilité professionnelle et doit toujours tenir compte de ses limites, de ses habiletés et de ses connaissances.

 


Référence

«Code de déontologie des infirmières et infirmiers», RLRQ, c. I-8, r. 9.

«Loi sur les infirmières et les infirmiers» (LII), RLRQ, c. I-8.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec [OIIQ] (2019). «Outil d’aide à la décision – Comme infirmière, ai-je le droit de…? ». Perspective infirmière, 16(1), Supplément.

Pour aller plus loin