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Perspective infirmière | Hiver 2022

Faire des soins aux aînés une priorité nationale

Geoffrey Dirat 

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07 janv. 2022
Faire des soins aux aînés une priorité nationale

Dans le cadre de l’élaboration du nouveau plan d’action gouvernemental 2022-2027 pour contrer la mal¬traitance envers les personnes âgées, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a déposé au printemps dernier un mémoire auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Il présente le point de vue et les préoccupations de l’OIIQ, en plus de mettre de l’avant ses recommandations en vue d’une offre de soins de qualité à cette clientèle aux besoins spécifiques.

La démographie prévoit qu’un tsunami gris s’apprête à déferler sur le Québec et submergera le réseau de la santé. Dans dix ans, un quart de la population aura 65 ans et plus; 80 % de ces personnes auront au moins une maladie chronique et le tiers des 80 ans et plus en auront au moins trois. Le nombre d’aînés atteints de troubles neurocognitifs majeurs aura également doublé par rapport à 2010; ils constituent aujourd’hui près de la moitié de la clientèle des établissements publics et privés de soins de longue durée.

Ces signaux d’alarme, l’OIIQ les tire depuis plusieurs années. En vain. « Tout ce que l’on dénonçait et promouvait s’est révélé avec la pandémie de COVID-19, qui a mis au grand jour la situation déplorable des soins offerts aux ainés », observe Carine Milante. Naguère infirmière-chef d’unité en gériatrie hospitalière, aujourd’hui conseillère à la qualité de la pratique au sein de la Direction, Développement et soutien professionnel de l’OIIQ, elle voit dans la crise actuelle « un point tournant, un levier pour faire changer les choses. »

C’est en ce sens qu’a été rédigé le mémoire de l’OIIQ remis au MSSS, qui s’articule autour de trois enjeux — l’organisation des soins, les effectifs et la formation — desquels découlent huit recommandations pour améliorer le continuum de soins et de services aux aînés. Perspective infirmière les passe en revue avec Carine Milante, qui a contribué à la genèse de ce mémoire.

Plus d’infirmières dans l’organisation des soins

La première vague de la COVID-19 a tragiquement exposé le manque de gestionnaires de proximité, notamment dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Des cadres ont depuis été recrutés, mais pas nécessairement des infirmières. Pourtant, « les plus grands besoins des patients relèvent des soins infirmiers et les équipes à superviser sont principalement constituées d’infirmières, d’infirmières auxiliaires et de préposés aux bénéficiaires », souligne la conseillère. L’OIIQ préconise ainsi que la priorité soit donnée à ses membres pour qu’ils occupent les postes de gestion et de coordination dans les unités de soins en ce qui a trait aux soins pour les aînés.

La spécificité des besoins de cette clientèle requérant les expertises d’une multiplicité d’intervenants, la pratique collaborative et l’approche interdisciplinaire doivent devenir une réalité. « Ça reste un cheval de bataille et ça le restera, car les infirmières ont un rôle pivot à jouer dans les milieux de soins où elles peuvent faire bénéficier les autres soignants de leur vision d’ensemble des problématiques du patient », soutient Carine Milante.

Toujours sur le plan organisationnel, la pandémie a montré qu’il existait de grandes disparités entre les établissements publics et les milieux de soins aux ainés du secteur privé, que ce soit en termes de sécurité ou de qualité des soins et des services dispensés. « Cette hétérogénéité nécessite des mécanismes de surveillance et de suivi renforcés afin que les CISSS et les CIUSSS puissent encadrer et homogénéiser les pratiques professionnelles », indique notre interlocutrice.

Plus d’infirmières dans le privé et un meilleur ratio infirmière-patients dans le public

La question des effectifs infirmiers est récurrente, pour la bonne raison que « les besoins sont criants », souligne-t-elle par ailleurs. Tout particulièrement dans le secteur privé, où la présence infirmière est disparate et souvent insuffisante dans les CHSLD, les ressources intermédiaires et les résidences pour aînés du secteur privé. « Cette présence devrait être rendue obligatoire, avec des seuils minimaux de personnel requis en tout temps. Il en va de la sécurité des résidents », considère Carine Milante.

Dans le cas des CHSLD publics, les ratios infirmière-patients dépassent toujours largement les préconisations de la recherche. « Il est temps de les revoir à la baisse », affirme la conseillère qui prône également le renforcement des effectifs d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans les secteurs tant public que privé. « Leur apport dans les CHLSD donne des résultats probants avec une diminution de la polymédication, des chutes et des transferts à l’urgence », signale-t-elle, en ajoutant que les IPS peuvent pallier le manque de médecins et favoriser la collaboration interdisciplinaire.

À plus grande échelle et à plus long terme, le Québec devrait déployer un grand plan de formation continue en ligne afin de s’assurer que tous les gestionnaires et les professionnels de la santé s’occupant de personnes âgées, tant dans le réseau public que dans le secteur privé, détiennent les connaissances et les compétences requises. « L’augmentation des savoirs sur le vieillissement pathologique et le vieillissement normal est de première importance en vue de favoriser la bientraitance envers les aînés », atteste Carine Milante. En ce qui concerne les infirmières, l’OIIQ recommande enfin que leur formation initiale soit de niveau universitaire. « Nous sommes amenées à gérer des situations de soins de plus en plus complexes. Cette formation universitaire permettra un exercice infirmier optimal basé sur les standards des meilleures pratiques », conclut-elle.

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