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En bref

Des enfants sans assurance maladie

Par Kathleen Couillard

Des enfants sans assurance maladie

Des enfants habitant au Québec n’ont pas accès à des soins de santé couverts par l’assurance maladie en raison de leur statut d’immigration ou de celui de leurs parents, indique un récent rapport publié par l’Observatoire des tout-petits (2019).

Ce rapport révèle qu’en raison des dispositions actuelles de la Loi sur l’assurance maladie, des enfants et des femmes enceintes ayant un statut de résident temporaire ou étant en attente d’une décision concernant leur statut migratoire n’ont pas accès à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Certains de ces enfants sont même nés au Québec, mais le statut de leurs parents les prive d’un accès à des soins de santé couverts.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que ces enfants proviennent souvent de familles en situation difficile. Justine Daoust-Lalande est infirmière pour Médecins du Monde, un organisme qui a mis sur pied en 2011 une clinique médicale à l’intention des migrants à statut précaire. « Des conditions de vie défavorables peuvent avoir des conséquences sur la santé des enfants, expliquet-elle. Leur système est plus petit et plus fragile. Ils sont donc plus vulnérables aux difficultés rencontrées et leur état peut dégénérer beaucoup plus rapidement que chez un adulte. »

Des défis pour la pratique infirmière

Les barrières d’accès aux soins pour ces familles ont des implications sur la pratique infirmière. « Nous sommes rapidement limitées et cela nous place professionnellement dans une posture d’impuissance », déplore Justine Daoust-Lalande. Les infirmières oeuvrant auprès de ces familles peuvent ainsi se retrouver face à un dilemme moral. « Il est alors important de connaître le cadre de pratique dans lequel on exerce, mais aussi de réfléchir aux conséquences que la situation peut avoir pour le patient. ».

Rappelons également que l’infirmière doit agir avec professionnalisme et fournir les soins requis par la situation. De plus, elle ne doit pas faire preuve de négligence dans les soins et traitements prodigués. Elle doit ainsi prendre les moyens raisonnables en vue d’assurer la continuité des soins et des traitements (art. 44.4 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers). C’est donc dire à quel point il est important de connaître les ressources disponibles pour ces personnes et de les utiliser lorsque nécessaire.

En réaction à la parution de ce rapport, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a annoncé son intention de mettre en place un comité interministériel dans le but de régler la question de l’accès aux soins pour les tout-petits nés au Québec de parents migrants.

Justine Daoust-Lalande rappelle que les infirmières peuvent aider ces familles à recevoir les soins dont elles ont besoin. « L’infirmière, par le rôle central qu’elle occupe dans les soins auprès de ces familles et la collaboration avec les autres professionnels, est bien placée pour agir comme pivot, souligne-t-elle. Elle peut aussi discuter en équipe des façons d’adapter le cadre de pratique en vue d’offrir des soins égaux et sécuritaires pour tous. » En outre, les infirmières, en intégrant une perspective de promotion de la santé dans leurs interventions, peuvent contribuer à améliorer les conditions de santé de ces familles (Lessard, 2016).

Les infirmières doivent prendre les moyens pour être mieux outillées dans ce type de situation. Selon Justine Daoust-Lalande, les infirmières sont des professionnelles curieuses et soucieuses de bien comprendre la réalité des personnes qu’elles soignent. Pour en apprendre davantage, les professionnels de la santé peuvent consulter une brochure publiée par l’Observatoire des tout-petits à leur intention.

Saviez-vous que…? 

Un enfant ne recevant pas les soins de santé dont il a besoin peut subir de graves conséquences, tout comme sa famille. En plus des répercussions physiques (apparition de maladies chroniques, de handicaps ou de troubles du développement), des conséquences psychologiques peuvent survenir. Les parents vivent aussi un stress financier et ne recevront peut être pas les informations nécessaires en matière de prévention. Bref, le manque d’accès pourrait avoir des répercussions sur la vie future de l’enfant et sur celle du reste de sa famille.

 


Références

Lessard, J. (2016). «Promotion de la santé – À nous de jouer». Perspective infirmière, 13(2), 31-33.

Observatoire des tout-petits. (2019). «Accès aux soins de santé pour les femmes enceintes et les toutpetits de familles migrantes». Montréal: Observatoire des tout-petits. Repéré à https://tout-petits.org/publications/dossiers/acces-soins-de-sante-migrants/

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