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Bilans de la crise en CHSLD : le rôle infirmier doit être renforcé

29 sept. 2022
Bilans de la crise en CHSLD : le rôle infirmier doit être renforcé

La COVID-19 l’a révélé au grand jour: les problèmes en centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sont nombreux et les besoins, criants. Les infirmières tirent la sonnette d’alarme depuis bien avant la pandémie, et pas moins de quatre rapports produits dernièrement leur donnent raison. Une des clés pour répondre à la crise en CHSLD? Renforcer le rôle infirmier.

Déjà en 2016, soit quatre ans avant l’apparition de la COVID-19 au Québec, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) prenait position publiquement au sujet des soins en CHSLD. Dans son Énoncé de position interprofessionnel sur les soins et les services aux personnes hébergées en CHSLD, il clamait haut et fort que « les personnes hébergées en CHSLD sont en droit de recevoir des soins et services sécuritaires, adaptés selon l’évaluation de leurs besoins et qui assurent leur bien-être et leur qualité de vie ». À l’instar de nombreux autres ordres professionnels, l’OIIQ s’est alors engagé à soutenir ses membres dans l’implantation d’une approche de collaboration interprofessionnelle et dans la mise en place d’une pratique collaborative auprès des personnes hébergées en CHSLD.

Lors de l’élaboration du nouveau plan d’action gouvernemental 2022-2027 pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées, l’OIIQ a réitéré sa position auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) en déposant son mémoire Passons à l’action pour que les soins aux personnes aînées soient une priorité nationale. Il y formule huit recommandations, notamment celles d’embaucher des gestionnaires de profession infirmière, d’assurer une présence suffisante d’infirmières et d’autres professionnels adéquatement formés, d’abaisser les ratios infirmière-clients, d’augmenter le nombre d’infirmières praticiennes spécialisées, de déployer un plan de formation continue et de réviser la norme d’entrée à la profession infirmière.

Quatre bilans, une conclusion

Quatre rapports ont fait le bilan de la gestion de la crise et des éclosions mortelles qui, au printemps 2020, ont emporté dans leur sillage près de 5 000 aînés résidant en CHSLD. Ils arrivent tous à des conclusions semblables, qui rejoignent les recommandations de l’OIIQ : pour éviter que l’histoire ne se répète, il est impératif de renforcer entre autres le rôle infirmier.

Le Rapport d’enquête sur la qualité des services médicaux et des soins infirmiers au CHSLD Herron et à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal durant la première vague de la COVID-19, rendu public en mars 2021 par l'OIIQ, le Collège des médecins du Québec et l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec, établit clairement que les membres de l’OIIQ ont agi avec rigueur et professionnalisme, et que des problèmes structurels et organisationnels sont à l’origine de la tragédie. Le rapport d’enquête formule 31 recommandations, dont celle d’assurer la « présence d’infirmières, formées et expérimentées, en nombre suffisant pour répondre aux besoins des résidents et soutenir la prestation de soins ».

Dans son rapport déposé en début d’année 2022, la Commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, tire des leçons similaires de la crise. Elle mentionne notamment que les CHSLD sont passés sous le radar du MSSS au profit des hôpitaux. Elle émet sept recommandations, appelant notamment à « des solutions concertées pour rehausser la prestation des soins de santé et services sociaux dans les milieux de vie, et renforcer leur coordination avec les services d’hébergement en milieu de vie ».

Elle abonde ainsi dans le même sens que la Protectrice du citoyen du Québec, Marie Rinfret, dont le rapport, publié en décembre 2020, établit que les CHSLD ont été oubliés lors de l’implantation des mesures sanitaires en milieu de santé. Elle recommande elle aussi le renforcement du rôle infirmier.

Enfin, en mai dernier, le rapport de la coroner Me Géhane Kamel, qui s’est concentré principalement sur les cas de décès en CHSLD où la crise de la COVID-19 a été la plus sévère, attribue un rôle clé aux infirmières. La coroner recommande entre autres d’assurer leur présence en nombre suffisant et de les former adéquatement en prévention et contrôle des infections en CHSLD.

La clé: le rôle infirmier

Ce sont en effet les infirmières qui déterminent les orientations cliniques et qui les communiquent à l’ensemble de l’équipe de soins. Il est important de veiller à leur recrutement, à leur formation et à leur rétention, ainsi qu’à la reconnaissance de leurs compétences spécifiques, entre autres en matière d’évaluation et de prévention et contrôle des infections – des interventions on ne peut plus essentielles en situation de pandémie.

Il faut, d’autre part, revoir la composition des équipes en vue de permettre aux résidents des CHSLD de recevoir des soins de haut niveau, donnés par des équipes de soins qualifiées, compétentes et en nombre suffisant. De hauts standards d’évaluation de leur condition de santé, de surveillance et de suivi clinique doivent devenir la règle. En ce sens, il faut également que les gestionnaires de proximité accordent toute la prépondérance aux soins infirmiers afin de mettre en place les meilleures pratiques visant à améliorer la santé et la qualité de vie de ces personnes fragilisées.

En conclusion

Après plus de deux ans de pandémie, un énoncé de position, un mémoire et quatre rapports, le constat est donc sans équivoque : le rôle des infirmières est crucial dans le redressement des soins en CHSLD. L’OIIQ et ses membres en étaient conscients bien avant la pandémie, et les conséquences désastreuses de la crise sanitaire dans les CHSLD en sont la preuve évidente.

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