Nouvelles

 

Actualités, chroniques et éditoriaux de l'Ordre

 

Actualité

Le sujet de l’heure : l’anxiété!

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

Claire Page, inf., Ph. D.

|
29 sept. 2022
Le sujet de l’heure : l’anxiété!

L’anxiété affecte la vie de plusieurs enfants, adolescents, adultes et personnes âgées. En fait, l’anxiété est une réaction normale et saine. Elle nous permet d’entrevoir les dangers et de s’en prémunir. Ce n’est que si l’anxiété entraîne une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants, qu’il s’agit d’un trouble anxieux (American Psychiatric Association [APA], 2015). 

Cliquez sur le + pour découvrir la réponse

 

01. Les personnes qui ont un trouble anxieux ne peuvent contrôler leur anxiété en se raisonnant, et ce, même si elles le veulent vraiment.

 

Réponse : Vrai

Les troubles anxieux sont encore trop souvent vus comme un manque de volonté ou de force morale. Malheureusement, ces préjugés persistent également chez plusieurs professionnels de la santé. Personne ne choisit de souffrir d’un trouble anxieux. L’une des principales caractéristiques de cette pathologie complexe est justement l’incapacité de contrôler l’anxiété.

Les troubles anxieux sont définis comme une peur ou une anxiété hors de proportion par rapport au danger réel (APA, 2015). Même si leur cause exacte demeure inconnue, ils sont associés à plusieurs facteurs biologiques, psychologiques et sociaux (Marchand, Letarte et Seidah, 2018). La plupart des personnes aux prises avec un trouble anxieux savent que leurs peurs sont exagérées et irrationnelles. Plusieurs se sentent ridicules et éprouvent de la honte. Si, en plus, elles vivent une mauvaise expérience lorsqu’elles tentent d’obtenir de l’aide dans un service de santé, elles éviteront probablement de recourir à nouveau à des professionnels de la santé en dépit de leur souffrance.

 

02. L’abondance de contenus traitant de l’anxiété sur les réseaux sociaux, comme Instagram ou TikTok, permet aux gens de s’autodiagnostiquer, ce qui est un avantage considérable compte tenu du manque de ressources en santé mentale.

 

Réponse : Faux

Le stress ou un tempérament anxieux sont souvent confondus avec les troubles anxieux. Par exemple, l’anxiété générée par une entrevue d’embauche constitue une émotion normale et utile. L’anxiété nous informe sur une situation qui mérite notre vigilance pour échapper à un danger anticipé. Une fois l’entrevue passée, notre niveau d’anxiété diminue et finit par disparaître. En revanche, chez certaines personnes, une anxiété excessive demeure très envahissante et persiste, même si sa source a disparu (Lebeau et Lupien, 2019; Lupien, 2019). Il est aussi possible que l’anxiété n’ait pas d’origine précise.

Sonia Lupien (2020), chercheuse reconnue pour ses travaux sur le stress, soulève des préoccupations par rapport à la tendance croissante des gens à s’attribuer eux-mêmes un diagnostic de trouble anxieux, alors qu’en fait, ils ne sont que plus sensibles à la détection de menaces éventuelles. Le phénomène s’avère accentué par la panoplie de publications décrivant divers symptômes auxquels les internautes s’identifient, ce qui les amène à conclure à tort qu’ils souffrent d’un trouble mental. Or, l’évaluation et le diagnostic d’un trouble mental, comme le trouble anxieux, est complexe, nécessite plusieurs rencontres et demande un haut degré de connaissances et de compétences (OPQ, 2021).

 

03. Généralement, les personnes atteintes d’un trouble anxieux souffrent énormément et recherchent rapidement de l’aide professionnelle.

 

Réponse : Faux

Les troubles anxieux apparaissent généralement tôt dans la vie, si bien que plusieurs personnes qui en sont atteintes croient qu’il est normal de se sentir anxieux. Il peut leur être difficile de reconnaître qu’elles souffrent d’un trouble mental nécessitant une aide professionnelle et des traitements (Lesage, Bernèche et Bordeleau, 2010). Ces personnes peuvent éviter de parler de leur anxiété lorsqu’elles consultent un médecin. Généralement, un délai de plusieurs années s’écoule entre l’apparition d’un trouble anxieux et la demande d’aide ou de soins. Durant ce temps, les difficultés que rencontre la personne dans sa vie sociale, ses études ou son travail s’aggravent. Non traités, les troubles anxieux risquent d’évoluer vers la chronicité et favorisent l’apparition d’autres troubles mentaux, comme un trouble dépressif ou un trouble lié à l’alcool ou d’autres substances.  

 

04. On peut aider la personne atteinte d’un trouble anxieux en lui demandant de se calmer, en lui rappelant que tout ce qu’elle anticipe ne va pas se produire et en dédramatisant avec humour ses scénarios pessimistes.

 

Réponse : Faux

Ces interventions consistent à nier, à banaliser et à invalider l’anxiété ou les craintes ressenties par la personne. Elles entraînent de la culpabilité et de la honte. En fait, si la personne pouvait se calmer, elle le ferait. Nous pouvons aider la personne en l’encourageant à exprimer ses craintes, en validant ses émotions avec empathie, en nous montrant sensibles à ses inquiétudes et en lui démontrant notre intérêt. Lorsqu’une personne vivant une attaque de panique se présente à l’urgence, tous les membres de l’équipe doivent prendre sa détresse au sérieux, car après une réaction aussi intense, il lui est difficile de croire qu’elle n’a rien et de se sentir rassurée.

 

05. Offrir des soins de santé mentale pour des troubles mentaux courants, comme les troubles anxieux, est l’affaire de l’ensemble des infirmières et infirmiers, quel que soit leur milieu de pratique.

 

Réponse : Vrai

L’accès insuffisant à des soins de santé mentale est une préoccupation majeure au Québec, un problème auquel tous les plans d’action ministériels en santé mentale des dernières décennies ont tenté en vain de remédier. La récente publication Programme québécois pour les troubles mentaux : des autosoins à la psychothérapie met l’accent sur le repérage des troubles mentaux courants par l’ensemble des intervenants de la santé (Gouvernement du Québec, 2020). Le programme vise une trajectoire de services qui offre en premier lieu les traitements les moins intenses, les plus simples, les moins coûteux et dont l’efficacité a été démontrée. En l’absence de réponse significative, ou si l’état de la personne le nécessite, des traitements plus intenses ou plus spécialisés, comme la psychothérapie ou la pharmacothérapie, sont alors envisagés.

Dans ce contexte, il est d'autant plus important que les infirmières et infirmiers déploient leur leadership clinique afin d'améliorer le dépistage des troubles anxieux en évaluant la condition mentale des personnes, et ce, peu importe leur clientèle. Le dépistage ne permet pas de poser le diagnostic, mais d’orienter la personne, de façon à ce qu’une investigation complémentaire soit effectuée si le résultat du dépistage est positif (OPQ, 2021).

Rappelons que de nombreuses stratégies non spécialisées et non pharmacologiques demeurent malheureusement sous-utilisées en santé mentale malgré leurs bienfaits. Tout d’abord, une grande part de la mission des infirmières et infirmiers consiste à donner de l’enseignement (Ordre des infirmières et infirmiers du Québec [OIIQ], 2016). Une personne qui comprend le trouble anxieux dont elle est atteinte peut arriver à démystifier sa souffrance et à se sentir moins coupable. Elle est davantage en mesure de faire des choix judicieux pour sa santé, de découvrir le rôle qu’elle-même peut jouer pour améliorer sa condition et de s’y engager. Ses proches, s’ils sont bien informés, peuvent apporter un soutien approprié.

En s’appuyant sur des données probantes, les infirmières et infirmiers peuvent encourager les personnes à s’engager dans diverses activités d’autosoins telles que l’adoption de saines habitudes de vie, les exercices de relaxation et la participation à des groupes de méditation pleine conscience.

 

 

Pour en savoir plus sur les troubles anxieux

Ce sujet suscite en vous des questions? Il amène des discussions animées entre vos collègues? Ne manquez pas la chance d’en apprendre davantage en suivant la formation Troubles anxieux : un savoir pratique pour des soins optimaux

 


Références

Agence de la santé publique du Canada. (2015). Rapport du Système canadien de surveillance des maladies chroniques : les maladies mentales au Canada. Repéré à : https://www.canadiensensante.gc.ca/publications/diseases-conditions-maladies-affections/mental-illness-2015-maladies-mentales/alt/mental-illness-2015-maladies-mentales-fra.pdf

American Psychiatric Association [APA]. (2015). DSM-5 – Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. (Traduction française par M.-A. Crocq et J.-D. Guelfi et al). Paris : Elsevier Masson.

Gouvernement du Québec. (2020). Document de soutien pour le repérage, l’intervention et l’orientation pour les adultes présentant des symptômes associés au troubles mentaux fréquents dans les services sociaux généraux : Résumé des recommandations des étapes 1 et 2 du programme québécois pour les troubles mentaux des autosoins à la psychothérapie. Repéré à : https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-002840/

Lalonde, P., Pinard, G.F. et coll. (2016). Psychiatrie clinique. Approche bio-psycho-sociale. Tome I – Introduction à psychiatrie, déterminants bio-psycho-sociaux, syndromes cliniques et organisation des soins, 4e éd., Montréal : Chenelière Éducation.

Lebeau, J. et Lupien, S. (2019). Service de soins interdisciplinaires. Différencier le stress et l’anxiété. Repéré à https://www.servicesfamilio.ca/blogue/anxiete/

Lesage, A., Bernèche, F. et Bordeleau, M. (2010). Étude sur la santé mentale et le bien-être des adultes québécois : une synthèse pour soutenir l’action. Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (cycle 1.2), Québec, Institut de la statistique du Québec, 104 p.

Lupien, S. (2019). Prisonniers de l’anxiété. Zone Vidéo – Télé-Québec. Repéré à : https://www.telequebec.tv/documentaire/prisonniers-de-l-anxiete

Lupien, S. (2020). Par amour du stress. Mont-Tremblant : Éditions Va savoir.

Marchand, A., Letarte, A. et Seidah, A. (2018). La peur d’avoir peur. Longueuil : Éditions du Trécarré.

Office des professions du Québec [OPQ]. (2021). Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines – Guide explicatif. Repéré à : http://www.cmq.org/publications-pdf/p-1-2021-02-09-fr-guide-explicatif-loi-modifiant-code-profession-autres-dispositions-legislatives-domaine-sante-mentalerelations-humaines.pdf?t=1639008000036

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec [OIIQ]. (2016). Standards de pratique de l’infirmière dans le domaine de la santé mentale. Montréal : OIIQ.

Pour aller plus loin