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Fumer tabac et cannabis en combinaison : un enjeu au cœur de l’actualité

28 févr. 2018
Fumer tabac et cannabis en combinaison : un enjeu au cœur de l’actualité

Alors que la consommation de cannabis sera bientôt légalisée, cet article décrit certaines données à l’intention de ceux qui fument tabac et cannabis en combinaison.

 

Le cannabis est devenu un enjeu important pour les décideurs de politiques en santé, les autorités en santé publique, les cliniciens et le grand public, car la consommation de cannabis a récemment été légalisée pour les traitements médicaux et serait légalisée pour l’usage à des fins non médicales prochainement (Ordre des infirmières et infirmiers du Québec [OIIQ], 2017; Perrault, 2016).

 

Faire face à cet enjeu

En aidant les individus dans leur processus d’abandon du tabac, vous rencontrez inévitablement des personnes qui fument aussi du cannabis. Le lien entre les deux substances est expliqué partiellement par le moyen commun de consommation (inhalation) et par la tradition d’ajouter du tabac dans les joints de cannabis, mais aussi par le fait de fumer du tabac tout de suite après avoir fumé du cannabis.

 

Prévalence

L’ensemble des données internationales démontre que le taux de consommation de cannabis est plus élevé chez les fumeurs de tabac que chez les non-fumeurs.

 

Au Québec, l’Enquête québécoise sur la santé de la population 2014-2015 rapporte que le taux de consommation de cannabis était de 30,4 % chez les fumeurs réguliers de tabac et qu’il était de 9,6 % chez les non-fumeurs de tabac (Institut de la statistique du Québec, 2016). Ces données suggèrent que la consommation de tabac et de cannabis en combinaison pourrait requérir plus d’attention de la part des professionnels de la santé.

 

Effets nocifs de la fumée du tabac ou du cannabis

La consommation de tabac ou de cannabis augmente les risques d’effets nocifs pour la santé. Fumer du tabac augmente le risque de mortalité dû au cancer des poumons, aux maladies coronaires, à la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) ainsi qu’au tiers de tous des cancers (U.S. Department of Health and Human Services [USDHHS], 2014).

 

Un comité d’experts désigné par The National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine a trouvé des preuves importantes pour soutenir leur conclusion selon laquelle fumer du cannabis augmente les risques d’accidents d’automobile, d’épisodes de bronchite chronique, de naissances de faible poids et de l’apparition de schizophrénie (National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine [NASEM], 2017).

 

La consommation de cannabis peut aussi nuire à la cognition des individus et augmente le risque de dépendance à l’égard des drogues, y compris le tabac (NASEM, 2017). Bien que les chercheurs soupçonnent que le fait de fumer du tabac et du cannabis en combinaison augmente les risques d’effets nocifs pour la santé d’une manière cumulative ou synergique, il y a un manque de preuves importantes afin de tirer définitivement des conclusions (Meier et Hatsukami, 2016).

 

Les interventions : la cessation simultanée, clé du succès?

Il y a peu de preuves pour appuyer l’effet des interventions ciblant l’abandon des deux substances. Cependant, les preuves existantes ont une tendance à soutenir que les interventions pourraient cibler une cessation simultanée plutôt qu’une cessation d’une seule substance à la fois, dite séquentielle.

 

Une ligne directrice réputée pour les traitements de la dépendance au tabac a présenté des preuves suggérant que l’abandon du tabac pendant la période de sevrage des autres substances n’a pas un effet atténuant sur la cessation de ces substances (USDHHS, 2008). D’ailleurs, cette ligne directrice n’a pas fait de recommandations claires sur le fait de fumer du tabac et du cannabis en combinaison.

 

Trois études ont expérimenté l’effet d’une intervention du counseling sur l’abandon des deux substances (Becker, Haug, Kraemer, et Schaub, 2015; Hill et al., 2013; Lee et al., 2015). Les auteurs de ces études pilotes ont émis une hypothèse qui favorise la cessation simultanée du tabac et du cannabis, car des études antérieures font part de rechutes (l’individu recommence à fumer du tabac ou du cannabis) après avoir fait un effort pour abandonner le tabac ou le cannabis.

 

Les interventions sont basées sur des approches telles que les combinaisons de l’entretien motivationnel, de la thérapie cognitive comportementale et du traitement de remplacement de la nicotine. Dans ces études, la population consistait en des adultes sans antécédents psychiatriques, qui acceptaient de cesser leur consommation simultanée de tabac et de cannabis. Ces interventions étaient faisables, sécuritaires et acceptées par les participants (Becker, Haug, Kraemer, et Schaub, 2015; Hill et al., 2013; Lee et al., 2015).

 

Deux études montraient des réductions pré et post-intervention dans la fumée de tabac et de cannabis (Becker, Haug, Kraemer, et Schaub, 2015; Lee et al., 2015) et l’autre montrait une réduction seulement dans la consommation de tabac, sans que la consommation de cannabis ne soit touchée (Hill et al., 2013). Cependant, des limitations méthodologiques dans ces trois études n’ont pas permis de tirer des conclusions fiables sur l’efficacité d’une cessation simultanée versus séquentielle.

 

En guise de conclusion, la démonstration concernant l’abandon du tabac et du cannabis est en croissance, mais elle n’est pas encore assez sûre pour aboutir à des recommandations. Néanmoins, les infirmières peuvent intervenir auprès des fumeurs de tabac et de cannabis en s’inspirant de l’approche en soins infirmiers et des connaissances en counseling.

 

Partenariat entre infirmière et patient : une approche à considérer

Un partenariat collaboratif entre l’infirmière et le patient (Gottlieb, 2013) peut être établi en explorant les expériences du patient dans sa consommation de tabac et de cannabis et son intention d’abandonner cette consommation ou non. Il est recommandé d’appliquer cette intervention dite exploratoire avec de l’ouverture d’esprit et une attitude de non-jugement (OIIQ, 2006). Ensuite, les infirmières peuvent demander aux patients ce qu’ils pensent au sujet de l’abandon du tabac et du cannabis. Après avoir fait preuve d’écoute active, elles peuvent donner de l’information au sujet de l’importance d’abandonner ces deux substances, simultanément ou de façon séquentielle, selon l’ouverture et la disposition des patients à recevoir ces informations (Gottlieb, 2013; Miller et Rollnick, 2012).

 

Tabac et cannabis : un phénomène complexe

Finalement, dans la mesure où le patient est prêt à cesser de fumer, les infirmières sont invitées à discuter de façon collaborative avec lui des options d’aide pour l’abandon du tabac et/ou du cannabis avec des ressources appropriées. La fumée du tabac et du cannabis en combinaison est un phénomène complexe.

 

En conséquence, les infirmières sont appelées à favoriser la collaboration interprofessionnelle dans leur plan d’intervention pour le patient qui fume les deux substances afin de mieux répondre à ses besoins (OIIQ, 2015).

 

John William Kayser, infirmier clinicien en santé mentale, M. Sc. A.

Candidat au doctorat en sciences infirmières à l’Université de Montréal

Membre bénévole du conseil d'administration du Conseil québécois sur le tabac et la santé

Formateur à PsyMontreal inc. et à l’OIIQ

 

Cannabis à des fins thérapeutiques

 

Counseling en abandon du tabac et prescription infirmière des thérapies de remplacement de la nicotine

 

Cyberjournal Montréal/Laval Volume 8, numéro 5, automne 2017