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Fondation OIIQ

Infirmières en GMF : accompagnement précoce des personnes en soins palliatifs

Frédérique Morier

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01 mai 2018
Infirmières en GMF : accompagnement précoce des personnes en soins palliatifs

Au cours de l’année 2017 seulement, plus de 53 000 Québécois ont reçu un diagnostic de cancer. Au CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean, cinq infirmières et infirmiers de première ligne œuvrant dans un GMF de la région fournissent un accompagnement précoce aux personnes venant d’apprendre cette nouvelle bouleversante, afin de leur permettre de bénéficier aussitôt de soins palliatifs (nommés « soins d’accompagnement »).
 

Misant sur les nombreux savoirs des infirmières et infirmiers de proximité, ce projet pilote unique baptisé ACCEPt (Accompagnement, Communication, Compréhension via l’Expérience Pt), lancé à l’automne 2016, est le  lauréat de la subvention Pour mieux soigner 2018 de 225 000 $ attribuée par la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Grâce à ce soutien financier, les patients des 12 autres GMF de la région bénéficieront de soins d’accompagnement de la quarantaine d’infirmières cliniciennes qui y exercent et qui auront reçu la formation appropriée.

Dans un champ thérapeutique comme l’oncologie où les trajectoires de soins sont complexes et la prise en charge, les soins et les suivis surtout effectués en ambulatoire, il importait pour le CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean de concevoir une offre de services de première ligne consistant à amorcer l’accompagnement infirmier dès le diagnostic de cancer posé. La population desservie par les GMF du territoire devient la première au Québec à profiter de ce type d’accompagnement aussi tôt dans la trajectoire de soins.

« Dès l’annonce du diagnostic, une infirmière du GMF communique avec le patient afin de lui expliquer comment elle peut l’aider et le soutenir tout au long du continuum de soins », explique Sylvie Massé, directrice des soins infirmiers du CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean et chef de ce projet. Le service d’accompagnement par les infirmières en GMF pour les patients atteints de cancer est novateur et répond à un besoin des patients et des familles rencontrés, au cœur de ce projet. Selon un premier constat, confirmé par les patients, le terme « palliatif » fait référence à la mort et à la perte d’espoir. Pour cette raison, l’expression « soins d’accompagnement » a été choisie au lieu de « soins palliatifs ». Cette innovation, soit l’implantation d’un modèle optimal de pratique en première ligne chez les patients nouvellement atteints de cancer, s’appuie sur la littérature scientifique, l’expérience patient et les pratiques exemplaires (Temel et al, 2010; Zimmermann et al., 2014).

Accompagner pour mieux soigner

L’infirmière travaille en interdisciplinarité et coordonne les soins et services requis auprès des divers professionnels (travailleur social, IPS, etc.). Elle évalue la condition physique et mentale de la personne, exerce une surveillance clinique de son état, administre et ajuste des médicaments ou autres substances faisant l’objet d’une ordonnance, notamment pour le soulagement de la douleur. Ces activités sont réservées à l’infirmière. Elle s’enquiert aussi des besoins de la personne. « Le cancer est une période de grande insécurité, souligne Sylvie Massé. Avoir la possibilité d’appeler un professionnel de la santé, c’est très précieux pour les patients. » (Voir ci-dessous Rôle de l’infirmière en GMF dans l’accompagnement précoce des personnes atteintes de cancer)

L’accompagnement précoce de la personne est au centre du projet du CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean. « Le patient n’est jamais laissé à lui-même », explique Isabelle Boulianne, adjointe aux affaires universitaires au CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean. « L’infirmière du GMF fait le lien avec l’infirmière en oncologie, notamment en lui communiquant par écrit ou verbalement le contenu des échanges avec le patient, ce qui évite à ce dernier de devoir répéter les mêmes informations, une étape qui peut parfois se révéler épuisante. » « La communication écrite permet également aux professionnels du GMF d’être au fait du dossier du patient », ajoute Isabelle Boulianne.

« Tous les besoins des patients ne sont pas liés au diagnostic de cancer, mais ne sont pas moins importants », dit Sylvie Massé en évoquant la situation d’un homme ayant refusé de se soumettre à des traitements de chimiothérapie malgré un bon pronostic. Questionné par l’infirmière du GMF responsable du suivi sur les motifs d’un tel refus, il a répondu ne pas pouvoir laisser seule son épouse atteinte de la maladie d’Alzheimer et se déplacer dans une ville voisine pour recevoir les traitements exigés. Informée de cet obstacle, l’infirmière a entrepris des démarches afin de trouver un centre d’hébergement temporaire à l’épouse et ainsi permettre au patient de suivre les traitements nécessaires. Cette intervention illustre une autre facette de l’accompagnement infirmier centré sur les besoins de la personne. Lauréat de la subvention Pour mieux soigner 2018 de la Fondation de l’OIIQ, le projet du CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean a reçu, en 2017, le prix Innovation en soins palliatifs décerné par la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé.

Subvention de la Fondation : une nécessité

Sans le soutien financier de la Fondation de l’OIIQ, la croissance de ce projet pilote aurait pu être compromise et n’aurait pu se déployer sur l’ensemble du territoire. L’évaluation du projet pourrait ultimement mener à des changements dans la pratique des infirmières de proximité. L’équipe du projet du CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean est appuyée par les chercheuses Marie-Eve Poitras, de l’Université du Québec à Chicoutimi, et Dominique Tremblay, de l’Université de Sherbrooke, toutes deux affiliées au Centre de recherche Charles-Le Moyne - Saguenay–Lac-Saint-Jean sur les innovations en santé. 


Rôle de l’infirmière en GMF dans l’accompagnement précoce des personnes atteintes de cancer, projet du CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean
• Soulagement de la douleur
• Évaluation de l’anxiété, de la détresse, du sommeil et de la douleur 
• Dépistage de problématiques psychosociales et référence au besoin
• Suivi de la maladie chronique
• Accompagnement de la famille et du patient
• Navigation dans le système de santé

 


Références

Temel, J. S., Greer, J. A., Muzikansky, A., Gallagher, E. R., Admane, S., Jackson, V. A., . . . Lynch, T. J. (2010). Early palliative care for patients with metastatic non-small-cell lung cancer. New England Journal of Medicine, 363(8), 733-742.

Zimmermann, C., Swami, N., Krzyzanowska, M., Hannon, B., Leighl, N., Oza, A., . . . Lo, C. (2014). Early palliative care for patients with advanced cancer: A cluster-randomised controlled trial. Lancet, 383(9930), 1721-1730.

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