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Infirmières et infirmiers en pédiatrie sociale: un projet de transfert de connaissances

Par Diego Mena Martinez, M. A. (1) et Christian Dagenais, Ph. D. (2)

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01 janv. 2018
Infirmières et infirmiers en pédiatrie sociale: un projet de transfert de connaissances
Crédit Photo : Fondation du Dr Julien

Entre 2014 et 2016, 95 infirmières ont été formées à la pédiatrie sociale en communauté (PSC). Dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, 378 enfants ont ainsi bénéficié d’un suivi en soins infirmiers au Centre de pédiatrie sociale de la Fondation du Dr Julien. Une évaluation menée par l’Équipe de recherche Renard du Département de psychologie de l’Université de Montréal confirme que l’intégration d’infirmières dans les centres de pédiatrie sociale en communauté est bien accueillie par la majorité des infirmières, des médecins et des travailleuses sociales qui ont répondu à l’enquête (Dagenais, Guichard, Têtu, Dupont et Portfilio-Mathieu, 2017).

Le projet de formation et d’intégration des infirmières cliniciennes au sein des équipes de PSC, financé grâce à la subvention « Pour mieux soigner » versée par la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec en 2016, s’inscrivait dans la démarche d’acquisition et de transfert de connaissances de la Fondation. Il visait la formation de 100 infirmières et l’intégration d’une infirmière à temps plein au Centre de pédiatrie sociale d’Hochelaga-Maisonneuve, grâce à un partenariat avec la direction des soins infirmiers du CIUSSS de l’Est-del’Île-de-Montréal. L’évaluation du projet a permis de recueillir l’opinion des professionnels clés sur l’intégration des infirmières dans les centres de PSC et d’identifier les effets de la formation sur les infirmières formées.
 

Interventions infirmières plus ciblées

Des formations portant sur l’intervention en PSC ont été offertes sur des thèmes aussi variés que l’anxiété, le stress toxique ou les troubles d’attention et de comportement. L’expertise des conférenciers, de même que leur compétence et leurs connaissances appuyées par les dernières données probantes sont souvent mises de l’avant par les infirmières. « Ce que j’ai vraiment apprécié, c’est la présentation d’une chercheuse experte en stress toxique qui a présenté des données probantes sur l’impact du stress toxique chez les enfants. Des études, des recherches… Il y avait beaucoup d’exemples! » La mise en application des données probantes à partir de l’expérience concrète des formatrices et le recours à des mises en situation discutées en groupe ont aussi été appréciés par les infirmières. « Le fait d’avoir un cas clinique démontre la complexité et les nuances qu’il faut apporter à la théorie. »

La plupart des participantes disent avoir acquis une compréhension enrichie des problématiques liées au TDAH, aux troubles anxieux et au stress toxique dans le cadre de ces formations. Elles se sentent mieux outillées pour repérer certains symptômes et signes de souffrance psychologique chez les enfants. Plusieurs rapportent une prise de conscience quant à l’importance de faire preuve de prudence et de discernement au moment de faire une intervention de dépistage. Elles mentionnent qu’elles sont davantage en mesure d’établir des liens entre certaines problématiques et certains comportements. « Avant la formation, je me posais ces questions de façon plus instinctive. Mon approche est maintenant plus systémique puisque j’ai appris le lien entre les événements de vie et le développement de certains troubles. »

En plus des formations en salle, certaines infirmières ont eu l’occasion de participer à une journée de sensibilisation à la pratique en PSC en se joignant aux équipes de PSC dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve et à Lévis. Cette journée leur a permis d’acquérir les connaissances, les compétences et les attitudes nécessaires pour mieux intervenir auprès des enfants et des familles en situation de vulnérabilité. Elles ont notamment évoqué l’approche à adopter auprès des enfants et des familles et les connaissances sur les pathologies ou les problématiques de santé mentale. Enfin, cette journée a permis aussi d’acquérir des connaissances sur le fonctionnement de l’équipe de PSC et le travail en co-intervention.

 

Contribution à l’efficacité de l’équipe

La subvention Pour mieux soigner sou­tient le développement et l'émergence du rôle des infirmières navigatrices en santé mentale jeunesse. Selon Joanne Lavoie, « c’est en côtoyant les familles, en documentant le travail des infirmières navigatrices et en s'appuyant sur les Standards de pratique de l'infirmière dans le domaine de la santé mentale et les éléments clés du rôle de l’infirmière-pivot en oncologie que l’on peut y arriver ». Le volet recherche est déjà en cours afin d’identifier l’impact de ce rôle sur la clientèle à partir d’indicateurs sensibles en soins infirmiers.

Le rôle d’infirmière navigatrice en santé mentale jeunesse est prometteur. Ce titre est inspiré des capitaines de bateau. Ainsi, l’infirmière accompagne le jeune et sa famille, tout en agissant à titre de guide pour naviguer dans le dédale des soins et services. Ultimement, ce modèle sera exporté dans d’autres régions. Ce rôle pourrait aussi être adapté à d’autres problématiques de santé. C’est pourquoi la formation et le transfert des connais­sances sont au cœur du projet HoPE. Byanka Lagacé et Joanne Lavoie ont d’ailleurs eu l’occasion de présenter le rôle novateur de l’infirmière navigatrice en santé mentale jeunesse dans le cadre du colloque 2017 de l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en santé mentale.

Dans un volet de l’enquête qui reposait sur des entrevues auprès de six infirmières cliniciennes, de six médecins et de trois travailleuses sociales, l’un des commentaires les plus souvent entendus à propos de la valeur ajoutée de l’infirmière concerne l’image positive que renvoie l’infirmière aux enfants et aux familles. Plusieurs soulignent le fait qu’un suivi en santé est mieux perçu (moins menaçant) par la clientèle lorsqu’il est effectué par une infirmière. Par ailleurs, de façon presque unanime, les répondants qui collaborent déjà avec une infirmière constatent une nette amélioration de la qualité et de la continuité des suivis médicaux dans leur service.

Certaines ont aussi fait référence à une vision plus « large » ou « globale » des soins grâce à l’intégration d’une infirmière. Il y a désormais davantage d’intervenants autour d’une famille, ce qui rend « l’intervention optimale », donne la possibilité de « couvrir plus large sur le plan des besoins » et de « voir qui est le mieux placé pour intervenir auprès des familles ».

De plus, l’équipe d’évaluation a relevé des commentaires tels que ceux-ci : « Elle consolide l’équipe », « L’équipe est plus complète », « C’est un professionnel qu'il nous manquait ». Certains parlent d’une « belle complémentarité » des professionnels en présence dans un centre de PSC. Ce travail interdisciplinaire permet de « se soutenir entre collègues », de potentialiser la force d’action et ainsi, de couvrir plus largement et efficacement les besoins des enfants et des familles.

Ainsi, grâce à leurs connaissances, leurs compétences et leur expertise, les infirmières peuvent mieux occuper l’étendue de leur champ de pratique en assurant le suivi de la santé physique et mentale des enfants. « C’est une communauté de pratiques professionnelles qui se construit et qui permet aux participantes de s’enrichir mutuellement. »
 

Pistes d’action futures

L’évaluation de ce projet a aussi permis d’identifier six grands défis liés à l’intégration des infirmières dans les centres de PSC :

1) l’importance de définir les fonctions et le rôle de l’infirmière œuvrant en pédiatrie sociale;

2) la participation des infirmières aux rencontres cliniques;

3) la place de l’infirmière en collaboration professionnelle avec le tandem médecin/travailleuse sociale;

4) l’élaboration du profil de compétences de l’infirmière en PSC;

5) la formation en PSC aux infirmières (modalités de formation) et l’accompagnement dans l’intégration des infirmières aux équipes cliniques;

6) la sensibilisation des centres de PSC où il n’y a pas d’infirmière.
 

Tous ces défis ont été pris en considération par l’équipe de la Fondation du Dr Julien et une grande partie des réponses se trouve dans le document sur les modèles d’intégration de l’infirmière en PSC (Julien, Ouellet, Arla, Hivon et Mena, 2017).

Au terme de cette évaluation, la place de l’infirmière en PSC apparaît comme incontournable de la PSC et des services à la petite enfance compte tenu, d’une part, de la complexification des prises en charge et, d’autre part, des besoins non comblés de la population visée. Il s’agit toutefois d’une pratique en émergence qui nécessitera, comme toute pratique naissante, d’être mieux définie et plus structurée afin de pouvoir s’ajuster à un domaine d’intervention lui-même en évolution constante.

Par ce projet, la Fondation du Dr Julien témoigne d’une volonté affirmée de renouvellement du noyau professionnel des centres de PSC. L’intégration d’infirmières dans les centres de PSC contribuera au fonctionnement optimal des équipes de soins et au mieux-être des enfants et de leurs familles.


 


1. Diego Mena Martinez est directeur de transfert de connaissances à la Fondation du Dr Julien.

2. Christian Dagenais est professeur titulaire au Département de psychologie de l’Université de Montréal. 
 

Références

Dagenais, C., Guichard, A., Têtu, I., Dupont, D. et Portfilio-Mathieu, L. (2017). Évaluation du projet « Intégration des infirmières cliniciennes au sein du mouvement de la pédiatrie sociale en communauté du Québec » de la Fondation du Dr Julien. Synthèse des travaux d’évaluation. Équipe RENARD – Université de Montréal.

Julien, M., Ouellet, N., Arla, D., Hivon, M. et Mena, D. (2017). Modèles d’intégration de l’infirmière en pédiatrie sociale en communauté. Montréal : Fondation du Dr Julien.

 

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