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Isabelle Beaudoin, une gestionnaire engagée dans la sécurité culturelle

25 avr. 2022
Isabelle Beaudoin, une gestionnaire engagée dans la sécurité culturelle

Isabelle Beaudoin travaille jour après jour à créer un environnement sécuritaire dans son milieu de soins, et à tisser des liens de confiance avec la communauté anicinapek. Pour cette gestionnaire engagée dans la sécurité culturelle, tout a commencé par une étincelle de curiosité.

L’intérêt d’Isabelle Beaudoin pour les Premières Nations s’est éveillé quelques années après le début de sa carrière, lorsqu’elle s’est installée dans le village de Notre-Dame-du-Nord, situé à proximité de trois communautés anicinapek. « J’ai constaté que le racisme était omniprésent et exacerbé par la cohabitation des deux cultures. J’ai eu envie de comprendre la réalité des Autochtones », se souvient-elle.

Lorsqu’un poste s’est ouvert au Centre de santé Timiskaming First Nation en février 2012, elle a sauté sur l’occasion. Soucieuse d’adapter ses soins à la culture, elle s’est tournée vers le travailleur culturel du centre de santé pour bâtir ses programmes, organisant aussi des entrevues et des rencontres avec les membres de la communauté.

D’abord responsable des soins maternels et infantiles, elle a progressé pour devenir responsable des soins infirmiers, et travaille aujourd’hui en étroite collaboration avec le conseil de bande et la communauté.

 

« Dans tous mes programmes, je fais des liens avec la culture et je mets en valeur les pratiques traditionnelles en les associant à des données probantes. Par exemple, le tikinakan (planche porte-bébé) utilisé autrefois avait du bon, puisqu’on recommande aujourd’hui les lits fermes pour les jeunes enfants ». - Isabelle Beaudoin, inf., B. Sc. N.
Responsable des soins infirmiers au Centre de santé Timiskaming First Nation, en Abitibi-Témiscamingue

 

La sécurité culturelle au cœur de l’approche de soins

Au Centre de santé Timiskaming, la sécurité culturelle est intégrée à l’approche de soins. Tous les nouveaux employés reçoivent une formation de base sur la sécurité culturelle et le savoir-être. En tant que gestionnaire, Isabelle Beaudoin joue un rôle de mentor, exerçant son leadership pour aider son équipe à développer sa sensibilité et sa compétence en matière de sécurité culturelle. Comme le roulement de personnel est élevé, cette sensibilisation nécessite des efforts continuels.

« Ces deux aspects sont à la base de la confiance, d’un environnement sécuritaire. Au-delà des formations théoriques, le personnel doit comprendre le vécu des communautés, leur histoire et les traumatismes subis. Il est aussi primordial que chaque personne puisse discuter de ses expériences avec une ressource culturelle autochtone », croit Isabelle Beaudoin.

Pour créer cet espace d’expression, l’infirmière a instauré la pratique traditionnelle du cercle de parole, auquel prennent part les employés et un membre de la communauté. Les participants s’assoient en cercle dans une salle, à l’endroit de leur choix. La rencontre s’ouvre par une cérémonie de purification ou un chant, puis chaque personne prend la parole à son tour, à la réception du bâton de parole ou l’objet rituel qui circule autour du cercle. Tout le monde peut y exprimer ouvertement son vécu, ses questions et ses préjugés et avec l’aide de la personne-ressource autochtone, travailler à déconstruire ses croyances erronées et à trouver des solutions aux problèmes

Vers un système public plus sécuritaire

Isabelle Beaudoin travaille pour un centre de santé géré par le conseil de bande, où les membres de la communauté se sentent en sécurité. Elle constate toutefois que leur méfiance est grande envers le système de santé public.

L’infirmière se réjouit donc de l’énoncé de position de l’Ordre, intitulé Améliorer les soins aux Premières Nations et aux Inuit en contrant le racisme systémique, dévoilé en novembre 2021, et auquel elle a contribué. « Cet énoncé arrive au bon moment. Il ne doit pas rester sur le papier, mais se refléter sur le terrain. Pour ma part, je compte évaluer les pistes d’améliorations avec mon équipe. Nous allons tenir un cercle de parole pour que chaque membre donne son opinion. Je les implique autant que possible dans les prises de décision, car si j’essaie d’avancer seule, ça ne fonctionne pas. Le changement doit venir de mon groupe. Nous devons être en accord sur les interventions à mettre en place. »

Aux gestionnaires qui souhaitent également s’engager sur la voie de la sécurisation culturelle, elle conseille avant tout de créer une collaboration avec une personne-ressource autochtone qui les accompagnera dans ce processus.
« Toute personne ouverte à parler de sa culture, à discuter des vrais problèmes et à rechercher des solutions peut tenir ce rôle. Elle doit cependant avoir une certaine expérience de vie, avoir fait un cheminement pour guérir ses blessures et ses traumatismes. L’idéal, ce serait d’avoir une personne-ressource dans chaque unité de soins, capable d’entendre ce que les équipes perçoivent et ressentent, et de donner des explications dans une perspective autochtone », soutient Isabelle Beaudoin.

Pour elle, le développement d’un système de santé public culturellement sensible passe par chaque personne qui le compose. « Toute personne ouverte d’esprit a un rôle important à jouer. Je souhaite que chacune ait le courage, comme je l’ai fait, de prendre l’initiative d’aller vers un membre des Premières Nations pour affronter ses préjugés et en apprendre plus », conclut Isabelle Beaudoin.

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