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L'acuité des soins: Pour une prise en compte de toutes les activités infirmières

Nathalie Boëls

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01 sept. 2018
L'acuité des soins: Pour une prise en compte de toutes les activités infirmières

La Loi modifiant l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par l’abolition des agences régionales (Loi 10) a regroupé les établissements de santé en Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS). Les équipes des divers établissements ont donc dû apprendre à travailler ensemble. « Elles devaient trouver des solutions innovatrices pour maintenir ou améliorer la performance clinique. L’acuité des soins va dans ce sens », explique Francine Ducharme, doyenne de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.

Francine Ducharme s’exprimait lors de la 11e édition de l’événement Partenariat DSI-CII-FSI organisé plus tôt cette année par le CIUSSS de l’Est-de-Île-de-Montréal (CEMTL). Concept encore peu connu, l’acuité peut se définir comme « l’intensité des soins requis par un usager en tenant compte de ses caractéristiques physiques, psychologiques, sociales, spirituelles et environnementales », a expliqué Claudel Guillemette, directeur adjoint des soins infirmiers, volet des pratiques professionnelles et de l’excellence en soins infirmiers au CEMTL.

« D’un point de vue infirmier, ce concept prend en compte des activités infirmières peu ou pas documentées dans le dossier du patient (évaluation, jugement clinique, etc.) »

Les conférenciers et panélistes s’entendent pour dire que le concept d’acuité des soins peut être utilisé notamment pour mieux définir le rôle de chacun dans l’équipe. Il permet aussi de déterminer les ressources infirmières nécessaires par quart de travail et, ainsi, d’obtenir des données précises justifiant les ajustements de ressources humaines. Plus l’acuité des soins d’un patient est forte, plus les besoins en ressources infirmières seront grands.

D’un point de vue infirmier, ce concept prend en compte des activités infirmières peu ou pas documentées dans le dossier du patient (évaluation, jugement clinique, etc.).

Applications concrètes

Certains outils utilisant la méthode « Temps et mouvement » (Time and Motion) mesurent le temps requis pour chaque activité et chaque geste accompli avec un patient donné. Cette méthode quantitative s’adapte autant aux gestes cliniques qu’aux activités moins « visibles » de l’infirmière, comme la communication avec le patient et la famille, ou l’enseignement aux stagiaires.

L’équipe de Johanne Boileau, infirmière et directrice des soins infirmiers au CIUSSS du Centre-Ouest-de-Île-de-Montréal, a mesuré le temps requis pour les actes infirmiers dans une équipe de soins en médecine-chirurgie de l’Hôpital général juif, pour chaque quart de travail. L’outil employé, le Safer Nursing Care Tool, conçu en Angleterre et validé en contexte québécois, fournit des valeurs en équivalent temps complet. Ajustées selon le nombre de congés, d’admissions ou de transferts de patients (patient flow) et des indicateurs de qualité sensibles aux soins infirmiers, comme le jugement professionnel et le jugement clinique, les données obtenues se sont révélées utiles pour ajuster les effectifs infirmiers de l’équipe.

Cependant, selon les experts, le principal obstacle à une application accrue du concept d’acuité des soins demeure le manque d’outils de mesure disponibles. La plupart ont été créés dans d’autres pays et doivent être validés en contexte québécois avant d’être utilisables.

Lucie Tremblay, présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, qui était panéliste lors de cet événement, a rappelé la nécessité d’occuper pleinement son champ d’exercice. « On se souvient des propos de la professeure Johanne Déry au Congrès de l’OIIQ de 2017 : on fait seulement 50 % des activités pour lesquelles nous avons la formation, les connaissances, les compétences et l’expertise. Il faut viser une occupation optimale de notre champ d’exercice. Mais il faut le connaître, et cesser d’effectuer des tâches qui devraient être faites par d’autres. »