Chronique déontologique

L'administration de médicaments : rappel des obligations déontologiques

Joanne Létourneau, syndique

Sandra Moretti, conseillère à la consultation déontologique

Rappel des obligations déontologiques de l’infirmière lors de l’administration de médicaments

 

L'administration et l’ajustement des médicaments ou d’autres substances font partie des activités les plus fréquentes dans le quotidien d'une infirmière. Bien qu'elle puisse sembler technique, cette activité nécessite que l'infirmière possède les connaissances, les habiletés et le jugement clinique requis pour administrer et ajuster un médicament, mais également pour déterminer et ajuster le plan thérapeutique infirmier d'un client sous thérapie médicamenteuse, puis assurer la surveillance clinique appropriée.

 

Selon la Loi sur les infirmières et les infirmiers, l’administration et l’ajustement des médicaments ou d’autres substances ainsi que le mélange de substances en vue de compléter la préparation d’un médicament, selon une ordonnance (individuelle ou collective), font partie des activités réservées à l'infirmière. En ce qui concerne la pharmacothérapie, le rôle de l’infirmière ne se limite pas à l’administration ou à l’ajustement d’un médicament. En effet, l’évaluation de l’état de santé du client, la décision d’administrer ou non un médicament, la vérification des interactions médicamenteuses, la surveillance clinique pré et postadministration (effets secondaires ou indésirables, efficacité du médicament, etc.), l’enseignement et le suivi infirmier sont toutes des activités importantes liées au traitement pharmacologique dont l’infirmière est responsable.

 

La protection du public exige que l'infirmière respecte, en tout temps, les principes d'une administration sécuritaire des médicaments. L'infirmière doit éviter tout automatisme et prendre toutes les précautions possibles à cet égard. Un comportement négligent peut entraîner des conséquences graves pour le client, voire son décès.

 

Il est primordial de rappeler l’importance d’évaluer l’état de santé du client avant de lui administrer un médicament prescrit ou un PRN. Une récente publication de l’OIIQ concernant l’administration d’un PRN rappelle que l’évaluation de l’état de santé d’un client symptomatique permet d’en identifier la ou les causes et s’il y a présence de symptômes associés pour ensuite déterminer les interventions appropriées pouvant être d’ordre pharmacologique ou non, afin de répondre aux besoins cliniques du client.

 

L'article 45 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers précise que l'infirmière ne doit pas faire preuve de négligence lors de l'administration ou de l’ajustement d'un médicament ou d’une autre substance. À cette fin, elle doit, entre autres, avoir une connaissance suffisante du médicament ou de la substance et respecter les principes et méthodes concernant son administration.

 

L'analyse des situations problématiques liées à l'administration sécuritaire des médicaments révèle que les négligences touchent différentes étapes du processus, notamment le relevé de l'ordonnance médicale, l’évaluation de l’état de santé, l'administration du médicament ou de la substance et la surveillance clinique qui doit être effectuée par la suite. Les causes d'erreurs sont nombreuses. Nous vous rappelons les plus fréquentes :

  • Le manque de connaissances sur le médicament.
    L'administration sécuritaire d'un médicament nécessite que l'infirmière connaisse la classe du médicament, son mécanisme d'action, les principaux effets secondaires, les réactions thérapeutiques, les conditions d'administration, les doses usuelles, les contre-indications et les interactions médicamenteuses.

    L'infirmière qui administre un médicament sans le connaître suffisamment ne pourra pas prétendre agir de façon compétente, prudente et diligente, puisqu'elle ne sera pas en mesure de questionner si la sécurité du client pourrait être compromise, de même que de planifier et d'assurer la surveillance requise par l'état de santé du client.
  • L'omission de clarifier des ordonnances qui suscitent un questionnement.
    L'infirmière doit clarifier auprès du prescripteur toute situation de doute quant à une ordonnance, par exemple : une ordonnance illisible, incomplète, qui fait état d'un dosage inhabituel ou encore qu'elle juge inappropriée à la condition clinique du client à la suite de son évaluation.

  • Le non-respect des « 7 bons ».
    Selon la littérature et les informations acheminées à la Direction, Bureau du syndic au sujet de l'administration des médicaments, le non-respect de ces principes est à l'origine de nombreuses erreurs de médicaments. Ainsi, l'infirmière doit respecter minimalement les « 7 bons » :

    • le bon médicament;

    • la bonne dose;

    • le bon client;

    • la bonne voie d’administration;

    • le bon moment;

    • la bonne documentation;

    • la bonne surveillance.

      Rappelons toutefois que la mnémotechnique des « 7 bons » n’est qu’un des outils à la disposition des infirmières pour s’assurer d’avoir une pratique sécuritaire et qu’il en existe d’autres qui énoncent jusqu’à « 10 bons ».

  • L'utilisation d'une méthode de soins inappropriée.
    L'infirmière doit respecter les principes concernant la préparation des médicaments et leur méthode d'administration.
  • Le manque de surveillance.
    L'infirmière doit assurer la surveillance requise par le client à la suite de l'administration d'un médicament en vue de vérifier l’effet souhaité ou de déceler rapidement toute complication et d'ajuster le plan thérapeutique infirmier lorsque nécessaire.
  • L'inadéquation de la documentation.
    L'information erronée, l'omission et l'imprécision de celle-ci peuvent favoriser les erreurs de médicaments ou entraver un suivi nécessaire. L'infirmière doit donc inscrire les informations nécessaires dans les documents pertinents.

 

Et si une erreur survient?

Si une erreur de médicaments survient, l’article 12 du Code de déontologie précise que l'infirmière a l'obligation déontologique de dénoncer immédiatement tout incident ou accident qui résulte de son intervention (exemple : donner le mauvais médicament) ou de son omission (exemple : ne pas administrer un médicament prescrit) en vue de prendre sans délai les moyens nécessaires pour corriger la situation ou l'atténuer, ou encore remédier aux conséquences et en informer le prescripteur.

 

Rester vigilante

En raison des risques de préjudices inhérents à cette activité professionnelle, nous ne saurions trop insister sur la nécessité pour l'infirmière de toujours être vigilante et attentive à chacune des étapes de l'administration d'un médicament. Dans le doute ou l'ignorance, l'infirmière se doit de s'informer auprès de personnes compétentes et de consulter la documentation pertinente.

 

 

* Version remaniée et mise à jour de la chronique (oct. 2018): L'administration de médicaments: rappel des obligations déontologiques, publiée par Sylvie Truchon, le 1er décembre 2004. 

 


 

Loi sur les infirmières et les infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, art.36

Durant et al. VIP-Vigilance infirmière en pharmacothérapie. OIIQ. 2011

Potter & al.  Soins infirmiers - Fondements généraux, 4e édition – Tome 2. Chenelière Éducation. Montréal. 2016

Qui peut décider d’administrer un médicament PRN?, OIIQ, 02 mai 2018

Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, r.9

Potter & al.  Soins infirmiers - Fondements généraux, 4e édition – Tome 2. Chenelière Éducation. Montréal. 2016

Potter & al.  Soins infirmiers - Fondements généraux, 4e édition – Tome 2. Chenelière Éducation. Montréal. 2016

La dénonciation des incidents et accidents : une obligation déontologique, OIIQ, août 2018

Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, r.9, art.12