Chronique déontologique

L'administration des médicaments : rappel des obligations déontologiques

Joanne Létourneau, syndique

Sandra Moretti, conseillère à la consultation déontologique

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19 janv. 2021
L'administration des médicaments : rappel des obligations déontologiques

L'administration et l’ajustement des médicaments ou d’autres substances font partie des activités les plus fréquentes dans le quotidien d'une infirmière et d’un infirmier. Bien qu'elle puisse sembler technique, cette activité nécessite qu’ils possèdent les connaissances, les habiletés et le jugement clinique requis pour administrer et ajuster un médicament, mais également pour déterminer et ajuster le plan thérapeutique infirmier d'un client sous thérapie médicamenteuse, puis assurer la surveillance et le suivi cliniques requis.

Selon la Loi sur les infirmières et les infirmiers1, l’administration et l’ajustement des médicaments ou d’autres substances, lorsqu’ils font l’objet d’une ordonnance ainsi que le mélange de substances en vue de compléter la préparation d’un médicament, selon une ordonnance, font partie des activités réservées de l'infirmière et de l’infirmier. En ce qui concerne la pharmacothérapie, leur rôle ne se limite pas à l’administration ou à l’ajustement d’un médicament. En effet, l’évaluation de l’état de santé du client, la décision d’administrer ou non un médicament, la vérification des interactions médicamenteuses, la surveillance clinique pré et post-administration (effets secondaires ou indésirables, efficacité du médicament, etc.), l’enseignement et le suivi infirmier sont toutes des activités importantes liées au traitement pharmacologique2 dont l’infirmière et l’infirmier sont responsables.

La protection du public exige que ces derniers respectent, en tout temps, les principes d'une administration sécuritaire des médicaments3. Ils doivent se conformer à la Norme d’exercice - Administration sécuritaire des médicaments4. Les principes et les règles énoncés dans celle-ci constituent ce qui est minimalement attendu d’une infirmière et d’un infirmier compétents, prudents et diligents pour assurer la sécurité des clients à qui ils administrent des médicaments. Rappelons qu’un comportement négligent de leur part peut entraîner des conséquences graves pour le client, voire son décès.

Il est primordial de rappeler l’importance d’évaluer l’état de santé du client avant de lui administrer un médicament prescrit ou un PRN. Une récente publication de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) concernant l’administration d’un PRN5 rappelle que l’évaluation de l’état de santé d’un client symptomatique permet d’en identifier la ou les causes et de vérifier s’il y a présence de symptômes associés pour ensuite déterminer les interventions appropriées pouvant être d’ordre pharmacologique ou non, afin de répondre aux besoins cliniques du client.

L'article 45 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers6 précise que l'infirmière ou l’infirmier ne doit pas faire preuve de négligence lors de l'administration ou de l’ajustement d'un médicament ou d’une autre substance. À cette fin, ils doivent, entre autres, avoir une connaissance suffisante du médicament ou de la substance et respecter les principes et méthodes concernant son administration.

L'analyse des situations problématiques liées à l'administration sécuritaire des médicaments révèle que les négligences touchent différentes étapes du processus, notamment le relevé de l'ordonnance médicale, l’évaluation de l’état de santé, l'administration du médicament ou de la substance et la surveillance clinique qui doit être effectuée par la suite. Les causes d'erreurs sont nombreuses. Nous vous rappelons les plus fréquentes :

  • Le manque de connaissances du médicament. L’administration sécuritaire d’un médicament nécessite, de la part de l’infirmière et de l’infirmier, une connaissance suffisante du médicament, notamment ceux identifiés comme étant à risque dans leur milieu de soins.

    Pour agir de façon sécuritaire, ils doivent être en mesure de faire les liens cliniques entre les médicaments à administrer et la condition de santé du client à évaluer tout au long du processus d’administration. Ainsi, en connaissant le médicament et en évaluant la condition de santé du client, ils sont en mesure d’anticiper et de reconnaître les changements de l’état de santé du client.

  • L'omission de clarifier des ordonnances qui suscitent un questionnement. L'infirmière et l’infirmier doivent clarifier auprès du prescripteur toute situation de doute quant à une ordonnance7, par exemple : une ordonnance illisible, incomplète, qui fait état d'un dosage inhabituel ou encore jugée inappropriée à la condition clinique du client à la suite de son évaluation.

  • Le non-respect de l’ordonnance. L’infirmière et l’infirmier doivent administrer le médicament en respectant tous les éléments précisés dans l’ordonnance. Ils ne sont pas autorisés à en modifier le contenu. Ils doivent toutefois s’abstenir d’administrer le médicament lorsqu’il y a des risques pour le client et communiquer les constats de leur évaluation au prescripteur.

    Selon la littérature et les informations acheminées à la Direction, Bureau du syndic au sujet de l'administration des médicaments, le non-respect de l’ordonnance est à l'origine de nombreuses erreurs de médicaments.

  • L'utilisation d'une méthode de soins inappropriée. L'infirmière et l’infirmier doivent préparer et administrer le médicament en conformité avec les méthodes de soins à jour et les pratiques reconnues.

  • Le manque de surveillance. L'infirmière et l’infirmier doivent assurer la surveillance requise par le client à la suite de l'administration d'un médicament en vue de vérifier l’effet attendu et de déceler rapidement la présence d’effets indésirables ou des signes de toxicité et de prendre, sans délai, les mesures qui s’imposent.

  • L'inadéquation de la documentation. L'infirmière et l’infirmier doivent inscrire les renseignements pertinents liés au processus d’administration du médicament dans les outils de documentation prévus à cet effet. L'information erronée ainsi que l'omission et l'imprécision de celle-ci peuvent favoriser les erreurs de médicaments ou entraver un suivi nécessaire.

 

Et si une erreur survient?

Si une erreur quant à l’administration de médicaments survient, l’article 12 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers précise que ces derniers ont l'obligation déontologique de dénoncer immédiatement tout incident ou accident8 qui résulte de son intervention (exemple : donner le mauvais médicament) ou de son omission (exemple : ne pas administrer un médicament prescrit) en vue de prendre sans délai les moyens nécessaires pour corriger la situation ou l'atténuer, ou de encore remédier aux conséquences9 et d’en informer le prescripteur.

La vigilance en tout temps

En raison des risques de préjudices inhérents à cette activité professionnelle, nous ne saurions trop insister sur la nécessité pour l'infirmière et l’infirmier de toujours être vigilants et attentifs à chacune des étapes de l'administration d'un médicament. Dans le doute ou l'ignorance, ils sont tenus de s'informer auprès de personnes compétentes et de consulter la documentation pertinente.

Version remaniée et mise à jour de la chronique : L’administration de médicaments : rappel des obligations déontologiques, publiée par Joanne Létourneau et Sandra Moretti, octobre 2018.

En collaboration avec Julie Gélinas, conseillère à la qualité de la pratique à la Direction, développement et soutien professionnel

 

1 Loi sur les infirmières et les infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, art.36

3 Potter & al.  Soins infirmiers - Fondements généraux, 4e édition – Tome 2. Chenelière Éducation. Montréal. 2016

7 Potter & al.  Soins infirmiers - Fondements généraux, 4e édition – Tome 2. Chenelière Éducation. Montréal. 2016

9 Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, r.9, art.12