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Prix régionaux Innovation clinique Banque Nationale 2018 / Québec

L’expertise infirmière pour soutenir les victimes d’agression sexuelle

Par Catherine Crépeau

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03 sept. 2019
L’expertise infirmière pour soutenir les victimes d’agression sexuelle

À Québec, les victimes d’agressions sexuelles ont recours au service de trousses médicolégales assuré par une équipe composée d’une infirmière, d’un médecin et d’une intervenante sociale. L’infirmière y occupe une place centrale, puisque ses activités cliniques vont de l’évaluation téléphonique de la victime jusqu’à la liaison vers des services répondant spécifiquement à ses besoins.

Mis en œuvre en 2016, le projet intitulé « Une équipe d’infirmières pour un service de trousses médicolégales dans la région de Québec » est né de la volonté d’améliorer l’accessibilité au service de trousses médicolégales pour les victimes d’agression sexuelle. La stratégie retenue a été de miser sur la pleine utilisation du champ d’exercice des infirmières et infirmiers, y compris le droit de prescrire. « Nous avons voulu mettre à profit l’expertise infirmière et placer le bon professionnel au bon endroit tout au long de l’épisode de soins », explique Audrey Meloche, conseillère cadre en soins infirmiers au CIUSSS de la Capitale-Nationale , l’une des personnes à l’origine du projet.

Les infirmières réalisent jusqu’à 95 % de l’épisode de soins

Désormais, les appels des victimes d’agression sexuelle qui parviennent à Viol-Secours, partenaire de ce projet, sont dirigés vers les infirmières. Ces dernières s’occupent de l’évaluation téléphonique et de l’évaluation clinique de la victime, de la réalisation de la trousse médicolégale, des activités préventives, de la coordination des rendez-vous avec les partenaires, de la liaison vers d’autres services dans le réseau ou la communauté, ainsi que du suivi des résultats après l’intervention. Elles assument ainsi jusqu’à 95 % de l’épisode de soins.

« Sans le droit de prescrire, nous n’aurions pas réussi à implanter notre modèle », précise Audrey Meloche. Le droit de prescrire permet à l’infirmière de jouer son rôle en toute autonomie et d’offrir un service complet à la clientèle allant du dépistage jusqu’au suivi et au traitement dans le domaine de la santé publique. Ainsi l’infirmière peut offrir le service lors des périodes de découverture médicale et avoir recours à l’urgentologue seulement lorsque la situation nécessite des ordonnances médicales.

 

« Nous avons voulu mettre à profit l’expertise infirmière et placer le bon professionnel au bon endroit tout au long de l’épisode de soins. »

Une douzaine d’infirmières ont été formées au fonctionnement de la trousse, notamment aux techniques de prélèvement et à l’approche à privilégier auprès des victimes d’agression sexuelle, afin d’assurer un système de garde 24/7. L’équipe peut ainsi rencontrer les victimes dans un délai très court, afin de maximiser les chances d’obtenir un prélèvement d’ADN positif.

« Les écrits scientifiques démontrent que la prise en charge infirmière est plus holistique », souligne Maryse Mathieu, conseillère cadre en soins infirmiers, qui a collaboré de près au projet. L’infirmière n’évalue pas que les conséquences directes sur le plan physique; elle assure également une prise en charge globale de la personne en répondant à ses besoins de santé. »

Ce projet a également permis d’ajouter des services cliniques pendant et après l’intervention, dans le but notamment de permettre le suivi des tests de dépistage d’ITSS effectués au terme des périodes fenêtres, la coordination de la contraception d’urgence et la poursuite de la vaccination. Par ailleurs, de nouveaux services ont été développés à l’intention des hommes de 18 ans et plus conjointement avec le Centre de crise de Québec. En outre, une nouvelle offre de services verra le jour pour la clientèle transgenre.

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