Pratique professionnelle
Perspective infirmière | Automne 2022

L’infection fongique à Candida albicans en contexte d’allaitement

Mélanie Nadeau, inf., M. Sc., IBCLC et Marie-Josée Martel, inf., Ph. D.

L’infection fongique à Candida albicans en contexte d’allaitement
Développement professionnel continu | L’infection fongique à Candida albicans en contexte d’allaitement

La candidose mammaire, due au champignon Candida albicans, est une infection fongique pouvant affecter les femmes qui allaitent. et cette infection peut toucher de 5 à 10 % des bébés (Société canadienne de pédiatrie [SCP], 2021). Elle peut compromettre l’allaitement, qui est pourtant fortement recommandé pour ses bienfaits sur la santé et le développement du bébé. Or l’infirmière, dans le cadre de sa pratique, peut jouer un rôle crucial pour soutenir l’allaitement. Elle peut, en effet, évaluer l’état de santé de la mère et du bébé, déceler les signes de complication et intervenir efficacement, notamment lorsqu’elle détient le droit de prescrire dans le domaine « Problèmes de santé courants ».

Objectifs d’apprentissage
  1. Décrire les causes possibles de douleur liées à l’allaitement et reconnaître les signes et symptômes d’une infection fongique à Candida albicans chez la mère allaitante et le bébé.

  2. Mobiliser de nouvelles connaissances pour intervenir de façon plus efficace dans le dépistage, le traitement et le suivi de l’infection fongique à Candida albicans chez la mère allaitante et le bébé.

  3. Situer le rôle de l’infirmière et la prescription infirmière dans le continuum des soins de la dyade mère-bébé lors d’une problématique d’infection fongique en contexte d’allaitement maternel.

 

En 1991, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) ont lancé l’Initiative des hôpitaux amis des bébés (IHAB) (World Health Organization, UNICEF et Wellstart International, 1999). Son objectif est d’encourager les établissements assurant des services de maternité et de soins aux nouveaux-nés du monde entier à mettre en œuvre les « Dix conditions pour le succès de l’allaitement maternel » de l’OMS. Les établissements qui ont documenté leur pleine adhésion à ces dix conditions, ainsi que leur conformité au Code international de commercialisation des substituts du lait maternel (OMS, 1981; World Health Organization, 2017) et aux résolutions subséquentes de l’Assemblée mondiale de la Santé (le Code) (OMS, 1981), peuvent être désignés « amis des bébés ». Au Canada, l’IHAB est devenue l’Initiative des amis des bébés (IAB) afin d'inclure tous les milieux fréquentés par les parents et leurs enfants. Au Québec, l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins a été, en 1999, le premier hôpital certifié au Québec et au Canada (Gouvernement du Québec, 2010). Dans notre province, cette certification peut être accordée aux hôpitaux, aux maisons des naissances et aux CLSC (Gouvernement du Québec, 2021). Contrairement à la croyance populaire, l’IAB n’exerce pas de pression sur les mères afin qu’elles allaitent. L’IAB a un rôle unique à jouer en fournissant aux futures mères et à leurs bébés le soutien et l’encouragement nécessaires, au bon moment, pour que l’allaitement soit un succès (OMS/UNICEF, 2019).

Selon les données statistiques les plus récentes (Statistique Canada, 2022a), le taux d’allaitement maternel à la naissance est de 92,6 % au Québec chez les femmes de 18 à 34 ans. Comparativement au taux d’environ 64 % au début des années 1980 (McNally, Hendricks et Horowitz, 1985), il y a eu un bond impressionnant qui peut sans doute être attribué à un changement culturel mais aussi aux efforts de certains établissements du réseau de la santé et des services sociaux dans l’implantation de l’IAB. Selon Pérez-Escamilla, Martinez et Segura-Pérez (2016), l'adhésion aux dix étapes de l'IHAB a un impact positif sur les résultats de l'allaitement à court, moyen et long terme. Bien qu’au Québec une grande proportion de femmes initie l’allaitement maternel de leur nouveau-né, elles sont nombreuses à ne pas atteindre les recommandations officielles, soit l’allaitement maternel exclusif pour les six premiers mois de la vie et la poursuite de l’allaitement avec l’ajout d’aliments complémentaires jusqu’à deux ans et au-delà (Statistique Canada, 2020b). Les deux principales raisons que donnent les mères pour arrêter l'allaitement avant six mois sont le manque de lait et les difficultés à allaiter (Statistique Canada, 2022a). De plus, la douleur aux mamelons pousse souvent des femmes à cesser l’allaitement plus tôt que ce qu’elles avaient prévu (Berens et al., 2016). La candidose mammaire est justement une source de douleur rencontrée par les mères durant la période d’allaitement maternel. Les informations contenues dans cet article visent à satisfaire la condition 2 de l’IAB, soit de veiller à ce que les professionnels de la santé possèdent les connaissances, les compétences et les aptitudes nécessaires pour assurer un soutien à l’allaitement (OMS/UNICEF, 2019).