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Déontologie

L’infirmière et l’usage ou l’abus de substances intoxicantes : responsabilités déontologiques

Par Joanne Létourneau, inf., M. Sc., syndique, Myriam Brisson, inf., M. Sc., directrice adjointe – déontologie, syndique adjointe, Magali Michaud, inf., B. Sc. inf., avocate, syndique adjointe, Stéphanie Vézina, inf., M. Sc., syndique adjointe, et Sandra Moretti, inf., M. Sc. inf., conseillère à la consultation déontologique

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10 janv. 2020
L’infirmière et l’usage ou l’abus de substances intoxicantes : responsabilités déontologiques

L’usage ou l’abus de substances intoxicantes touchent la profession infirmière tout comme la population en général.

Le fait, pour une infirmière, d’exercer la profession tout en étant sous l’influence de substances intoxicantes constitue un problème grave et complexe puisqu’il affecte ses facultés, la met ainsi en danger de même que la clientèle, les collègues et l’organisation.

L’article 13 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers précise que « l’infirmière ou l’infirmier ne peut s’approprier des médicaments ou autres substances, notamment des stupéfiants, une préparation narcotique ou anesthésique ou tout autre bien appartenant à une personne avec laquelle il est en rapport dans l’exercice de sa profession ».

Le terme « s’approprier » implique qu’une personne acquiert le bien d’autrui. L’infirmière aux prises avec un problème de dépendance est susceptible de s’approprier des substances appartenant à son employeur (p. ex., dans le système de distribution de la médication) ou à la clientèle dans les cas de soins à domicile. Le vol peut s’effectuer directement, notamment en prenant des ampoules complètes, ou indirectement, en prenant des doses restantes qui devaient être détruites. Différentes stratégies ou divers subterfuges sont utilisés pour ce faire. Une infirmière peut se proposer constamment pour administrer les analgésiques aux clients de ses collègues ou encore inscrire de fausses informations dans les dossiers des clients, dans les systèmes automatisés de distribution de médicaments ou sur les feuilles de contrôle de drogues contrôlées.

Parfois, la substitution, c’est-à-dire le remplacement d’une substance par autre chose comme de l’eau stérile ou de la solution saline, est employée pour s’approprier des substances. Vous est-il possible d’imaginer qu’un client souffrant des suites d’une chirurgie orthopédique reçoive une injection de solution saline plutôt qu’un narcotique pour soulager sa douleur? Ce geste portant directement préjudice au client, les sanctions imposées par le Conseil de discipline à une infirmière reconnue coupable d’avoir substitué des produits sont importantes afin d’être exemplaires et dissuasives.

 

 


Références

«Code de déontologie des infirmières et infirmiers», RLRQ, c. I-8, r. 9.

«Infirmières et infirmiers (Ordre professionnel des) c. Goupil», [2017] CanLII 24575.

Letourneau, J. et Deschenes, L. (2015). «Reconnaître les signes d’abus de substances intoxicantes: pour une intervention précoce». Le Point en administration de la santé et des services sociaux, 10(4).

Benhaberou-Brun, D. (2019). «Le cannabis et ses effets psychotropes». Perspective infirmière, 16(3), 65-67.

«Code de déontologie des infirmières et infirmiers», RLRQ, c. I-8, r. 9

«Infirmières et infirmiers (Ordre professionnel des) c. Chartrand», [2018] CanLII 70257.

«Infirmières infirmiers (Ordre professionnel des) c. Gaudreault», [2017] CanLII 29161.

«Infirmières et infirmiers (Ordre professionnel des) c. Giroux», [2009] CanLII 80109.

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