Pratique professionnelle

 

Espace de ressources pour l'infirmière et l'infirmier

 

Fondation OIIQ

La Clinique des femmes de l’Outaouais. Une alliée des femmes dans la planification des naissances

Frédérique Morier

|
01 sept. 2018
La Clinique des femmes de l’Outaouais. Une alliée des femmes dans la planification des naissances
© Shutterstock/De Diego Cervo

Située dans un quartier tranquille de Gatineau, la Clinique des femmes de l’Outaouais n’attire pas l’attention. Pourtant, derrière ses portes, la vie de milliers de femmes y est transformée chaque année. « Chaque femme peut prendre les bonnes décisions pour elle. Ce que l’on prône ici, c’est le libre choix, et on prend le temps d’expliquer les choses pour qu’il en soit ainsi », souligne Patricia LaRue, directrice générale de cette Clinique qui repose sur l’expertise infirmière.

Utilisant une approche très humaine centrée sur les femmes et respectueuse de leur réalité, la dizaine d’infirmières exerçant à la Clinique propose des services de santé en planification des naissances à diverses clientèles, dont les nouvelles arrivantes non encore dotées de leur carte d’assurance maladie – clientèle particulièrement vulnérable –, et les femmes sans médecin de famille. Des avortements y sont pratiqués grâce à la collaboration de plusieurs médecins et la contraception y est aussi enseignée.

« Tous les jours, je sens que je fais une réelle différence pour les patientes, constate Lola McNamara, infirmière-chef de la Clinique. Je peux prendre le temps d’écouter leurs préoccupations et je les accompagne au cours d’une étape de leur vie qui n’est pas facile. »

Une subvention qui porte ses fruits

En février 2018, la Clinique a pu compter sur le soutien de la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) puisqu’elle a reçu le prix Coup de cœur leadership, accompagné d’une bourse de 25 000 $. La Fondation de l’OIIQ a pour mission de promouvoir l’avancement des sciences infirmières et des soins infirmiers au bénéfice des patients. « Nous étions très fières de recevoir ce prix, car notre approche repose entièrement sur l’expertise infirmière, explique Patricia LaRue. Nous constatons les besoins de la clientèle en matière de santé sexuelle et nous avons des solutions à lui proposer. Le soutien de la Fondation contribue à nous permettre d’agir. »

Ce financement a permis aux infirmières de la Clinique de se déplacer dans différents milieux pour y donner l’enseignement sur la contraception. Elles se sont notamment rendues dans un centre d’éducation aux adultes accueillant de nouvelles arrivantes, dans un centre pour les mères adolescentes et dans une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence.

Patricia LaRue précise l’importance de ces enseignements : « Dans certaines relations de couple, la grossesse représente une forme de contrôle pour un conjoint violent. En enseignant toutes les méthodes de contraception, on donne de l’autonomie aux femmes. On défait aussi les mythes sur l’avortement. Lorsqu’elles nous entendent, elles se sentent davantage en sécurité. »

 

« Chaque femme peut prendre les bonnes décisions pour elle. Ce que l’on prône ici, c’est le libre choix, et on prend le temps d’expliquer les choses pour qu’il en soit ainsi. »

Patricia LaRue,
Directrice générale de la Clinique des femmes de l’Outaouais

Le degré de vulnérabilité varie d’une patiente à l’autre, mais toutes reçoivent le même accompagnement. Pour travailler à la Clinique, il faut faire preuve d’ouverture d’esprit et laisser tomber ses préjugés, que ce soit envers la religion ou l’utilisation de drogues injectables. Sarah Charbonneau, infirmière clinicienne, rappelle toutefois la nécessité de rester réaliste dans le désir d’aider. « On a un rôle d’enseignement important auprès de notre clientèle, mais on ne peut pas imposer notre vision. » Elle voit comme un privilège de pouvoir accompagner la clientèle vulnérable, souvent ostracisée. « Toute personne a droit à des soins humains et de qualité, estime-t-elle. Je veux contribuer à défaire les préjugés. »

Une approche sans jugement

Les infirmières de la Clinique des femmes de l’Outaouais insistent sur l’autonomie de leur pratique, qui bénéficie à la clientèle. L’infirmière clinicienne Natacha Meilleur peut en témoigner. « Plus que jamais, je sens que j’utilise mon potentiel infirmier, car je peux prendre des décisions pour le mieux-être de ma clientèle sans devoir toujours consulter un médecin. J’ai aussi un numéro de prescripteur, ce qui me permet de mieux servir mes patientes. »

La Clinique occupe une place spéciale dans sa vie. Étudiante, elle y a subi un avortement. « Je ne me suis pas sentie jugée. Au contraire, je me suis sentie comprise et cela a mis un baume sur mon sentiment de culpabilité. C’est un moment marquant de ma vie. Je n’ai jamais oublié tout ce que les infirmières ont fait pour moi en m’accompagnant dans cette épreuve. J’ai eu envie à mon tour d’occuper ce rôle important. »

La prescription infirmière

Le droit de prescrire apporte un degré d’autonomie supplémentaire aux infirmières de la Clinique. Pour l’infirmière Anick Provencher, cela se traduit par un service de proximité accru pour la clientèle. « C’est un pas important pour la profession. La prescription infirmière nous permet d’être proactives, particulièrement dans les situations de dépannage. »

Sa collègue Sarah Charbonneau acquiesce : « Nous offrons des soins de proximité et nos patientes nous font confiance. Nous avons la formation, l’expertise et le jugement pour les accompagner. Nous sommes dans une relation d’aide où nous évaluons aussi la condition physique et mentale de la personne. »

Poursuivant leurs activités habituelles, les infirmières de la Clinique continueront aussi de rencontrer des femmes et toutes les personnes nécessitant leur expertise en santé sexuelle.