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Perspective infirmière | Printemps 2021

La phlébotomie thérapeutique

Dalila Benhaberou-Brun, B. Sc. inf., B. Sc., M. Sc.

La phlébotomie thérapeutique
Pratique clinique | La phlébotomie thérapeutique

Pratiquée dans les cliniques spécialisées des centres hospitaliers et dans les CLSC par du personnel formé, laphlébotomie thérapeutique a pour objectif l’abaissement de la ferritine sérique ainsi que du taux d’hématocrite ou d’hémoglobine. Ce traitement est fondamental dans les pathologies comme l’hémochromatose. Voyons en quoi consiste cette procédure.

La phlébotomie thérapeutique, aussi appelée « saignée rouge » ou « soustraction sanguine », se pratique couramment aujourd’hui (Cook, 2010). L’indication la plus répandue pour cette procédure demeure l’hémochromatose héréditaire, une affection génétique qui se caractérise par l’accumulation de fer dans l’organisme; la maladie de Vaquez est un autre exemple de pathologie traitée par phlébotomie (Société canadienne de l’hémochromatose, 2014; Société canadienne du cancer, 2016; Zubair, 2014). Dans les cas où une quantité de fer importante de plus de 250 mg doit être retirée en une seule fois, la phlébotomie thérapeutique peut être exécutée par érythraphérèse; les hématies sont alors prélevées, tandis que le plasma est réinjecté. Nous n’aborderons ici que la procédure la plus simple.

Les principaux effets recherchés sont la déplétion en globules rouges qui transportent le fer, la stimulation compensatrice de la moelle osseuse et la diminution subséquente de la ferritine (INSERM, 2017). La saignée devrait être reportée si la pression artérielle systolique est inférieure à 100 mmHg, ou si le pouls est inférieur à 50 battements par minute ou supérieur à 100 battements par minute. Enfin, la procédure ne peut pas être pratiquée si le patient est anémique, s’il n’a pas mangé ou s’il présente des symptômes infectieux.

Avant toute intervention, la professionnelle vérifie les résultats sanguins et la prescription précisant le volume à extraire, comme déterminé par les valeurs visées de ferritine, d’hématocrite et d’hémoglobine. La quantité totale de sang à extraire est de 400 mL chez la femme et de 500 mL chez l’homme. Dans tous les cas, elle ne devrait pas dépasser les 7 mL/kg de poids corporel.

Avant la procédure

Avant la phlébotomie thérapeutique, le patient doit avoir bu au moins un demi-litre de liquide pour maintenir un volume circulant de façon à limiter la fatigue et les risques d’hypotension; en vue de prévenir les malaises, il n’est pas recommandé d’être à jeun.

L’infirmière doit d’abord mesurer les signes vitaux. La trousse de phlébotomie thérapeutique comprend une aiguille de gros calibre, habituellement de 17 G, reliée par une tubulure à un sac collecteur d’une capacité d’environ 500 mL. Une valve anti-reflux, réduisant le risque d’embolie pulmonaire, fait partie du montage.

Une fois qu’elle a installé le patient en position semi-assise ou allongée, l’infirmière choisit un gros tronc veineux dans le pli du coude pour permettre un écoulement constant de sang (FERIF, 2016). La technique utilisée ressemble à celle du prélèvement veineux. Une fois l’accès obtenu, l’infirmière doit s’assurer de garder l’aiguille parallèlement à la peau au moyen d’un diachylon, dans le but d’éviter la perforation du vaisseau. La professionnelle ouvre ensuite la valve anti-reflux et retire le garrot pour maintenir un écoulement régulier du sang dans le sac collecteur disposé en déclive. Le patient peut aussi pratiquer un pompage avec son poing afin d’augmenter le débit.

De sorte qu’elle soit à même de dépister les malaises, vertiges ou pertes de connaissance, l’infirmière doit demeurer aux côtés du patient pendant les 15 à 20 minutes que dure la procédure.

Après la procédure

Après la phlébotomie thérapeutique, le patient doit rester au repos pendant environ 30 minutes et boire du liquide afin de remplacer le volume de sang perdu (Hamilton Health Sciences, 2019; Société de leucémie et lymphome du Canada, nd). Le pansement appliqué au site de ponction est gardé en place plusieurs heures. L’infirmière doit vérifier la pression artérielle et le pouls avant le départ du patient. Elle lui rappellera de ne pas fumer dans les deux heures suivant la séance et de ne pratiquer aucun effort physique pendant 24 heures. Tout le matériel utilisé et le sang prélevé sont habituellement détruits selon la procédure de l’établissement.

Un traitement à vie

Le traitement de l’hémochromatose comprend deux phases. Durant la phase de déplétion, il peut être justifié de pratiquer jusqu’à deux phlébotomies hebdomadaires pendant une période allant d’un à deux ans. La phase d’entretien, quant à elle, requiert des saignées plus espacées, mensuelles ou trimestrielles, selon les résultats des bilans sanguins. Advenant un problème cardiaque où la phlébotomie ne peut être pratiquée, un traitement médicamenteux par chélation du fer peut être proposé. Dans certains cas, si leur condition médicale le permet pendant la phase d’entretien, les patients peuvent aussi donner leur sang, en plus de se soumettre aux saignées (Société canadienne du sang, 2020).

Dans le cas de l’hémochromatose, la phlébotomie est une procédure qui peut durer toute la vie. Elle prévient les complications hépatiques et améliore significativement la qualité de vie et les chances de survie des personnes atteintes.


Références

Cook, L. S. (2010). «Therapeutic phlebotomy: A review of diagnoses and treatment considerations». Journal of Infusion Nursing, 33(2), 81-88.

FERIF/URPS – Infi rmiers libéraux en Île-de-France. (2016). «Réalisation d’une saignée par un infirmier libéral». Repéré à http://media.wix.com/ugd/599fc5_9d1fcef6dece431d8fcbee47c35acd2d.pdf

Hamilton Health Sciences–Patient Education. (2018). «Care before and after your phlebotomy». Hamilton, ON: Hamilton Health Sciences. Repéré à http://www.hamiltonhealthsciences.ca/documents/Patient%20Education/PhlebotomyCare-th.pdf

Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). (2017). «Hémochromatose: contrôler la ferritine ne suffirait pas». Rennes, FR: INSERM. Repéré à https://www.inserm.fr/hemochromatose-controler-la-ferritine-ne-suffirait-pas

Société canadienne de l’hémochromatose. (2013). «Hémocromatose – Traitement». Repéré à https://www.toomuchiron.ca/fr/traitement/

Société canadienne de l’hémochromatose. (2014). «Hémochromatose héréditaire». Repéré à https://www.toomuchiron.ca/wp-content/uploads/2014/05/Brochure_Fran%C3%A7ais.pdf

Société canadienne du cancer. (n.d.). «Maladie de Vaquez». Repéré à http://www.cancer.ca/fr-ca/cancer-information/cancer-type/leukemia/leukemia/polycythemia-vera/?region=qc

Société canadienne du sang. (n.d.). «Hémochromatose et don de sang». Repéré à https://blood.ca/fr/sang/hemochromatose

Société de leucémie et lymphome du Canada. (n.d.). «Phlébotomie». Repéré à http://www.sllcanada.org/neoplasmes-myeloproliferatifs/maladie-de-vaquez/traitement/phlebotomie

Zubair, A. (2014). «Therapeutic phlebotomy». Clinical Liver Disease, 4(5), 102-106.

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