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La prise en charge de la douleur aiguë et de l’anxiété chez l’enfant

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

Émilie Lavallée, inf., M. Sc., Marie-Pier Paradis, inf., B. Sc. et Julie Paquette, inf., M. Sc.

La prise en charge de la douleur aiguë et de l’anxiété chez l’enfant

L’infirmière et l’infirmier occupent un rôle essentiel dans la prévention et la prise en charge de la douleur aiguë et de l’anxiété chez les enfants. Le contexte actuel, combinant la vaccination des enfants contre la COVID-19 et l’augmentation marquée des activités hospitalières en milieu pédiatrique, justifie de repenser et d’optimiser l’approche auprès des enfants. Une prise de conscience des pratiques actuelles et l’acquisition de nouvelles connaissances sont des facteurs clés pour améliorer l’expérience de soins des enfants (Alley, 2001; Oakes, 2011; Trottier et al., 2019).

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01. Les enfants exposés à des procédures ou à des événements douloureux et anxiogènes peuvent en subir des conséquences à court, moyen et long terme.

 

Réponse : Vrai

Des enfants qui subissent des procédures ou des événements douloureux et anxiogènes peuvent développer, entre autres, une phobie des aiguilles, un évitement des soins médicaux, un seuil de douleur bas et une réponse prolongée et inappropriée face à la douleur (Duvivier, 2017; Duvivier et Paquette, 2019; Kennedy, Luhman et Zempsky, 2008; Young, 2005). Ces conséquences dépendent de plusieurs facteurs, notamment la fréquence de l’exposition à la douleur et l’âge développemental de l’enfant à ces moments. Bien qu’il ne soit pas possible de prédire si des conséquences surviendront, il est possible d’agir en prévention.

 

02. Il est recommandé de s’excuser auprès d’un enfant, après une procédure douloureuse ou anxiogène.

 

Réponse : Faux

Bien que cela puisse sembler une bonne chose à faire, cela peut créer de la confusion chez l’enfant et altérer le lien de confiance qui l’unit à l’équipe de soins (Blount et al., 2009). Le professionnel doit garder en tête qu’il n’a pas l’intention de faire mal à l’enfant. Cependant, il doit s’assurer de tout mettre en place pour prévenir et prendre en charge la douleur et l’anxiété de l’enfant. L’empathie exprimée en s’excusant ou en rassurant l’enfant (par ex. : « Je suis désolé », « C’est presque fini ») augmente plutôt son sentiment de détresse. En recevant ce message, l’enfant limite son utilisation de stratégies d’adaptation efficaces. À l’opposé, faire preuve d’humour, recourir à une distraction adaptée à l’âge de l’enfant et adopter un langage approprié permettent de diminuer la douleur et l’anxiété ressenties par l’enfant (Birnie et al., 2018, Chambers, Craig et Bennett, 2002).

 

03. La durée totale d’une procédure est généralement plus courte lorsque le professionnel adopte une approche adaptée à l’enfant, combinant des moyens préventifs, physiques, psychologiques et pharmacologiques.

 

Réponse : Vrai

Pour diverses raisons, une approche adaptée à l’enfant peut réduire la durée d’une procédure. Par exemple, il est démontré que la durée d’une ponction veineuse pourrait être réduite de 60 %, alors que la présence du professionnel au chevet pourrait être réduite de 40 %, au moyen de méthodes de gestion de la douleur et de l’anxiété appropriées (Friedrichsdorf et al., 2018). Plusieurs éléments, comme le nombre d’échecs de la procédure, le nombre de professionnels requis au chevet, le niveau d’implication du parent dans le positionnement et la distraction de son enfant, de même que la qualité de la collaboration de l’enfant peuvent entre autres expliquer l’impact significatif de l’approche sur la durée de la procédure.

 

04. Les enfants ont tendance à surévaluer leur douleur. L’évaluation de la douleur réalisée par une infirmière ou un infirmier est donc plus fiable que celle rapportée par un enfant.

 

Réponse : Faux

L’auto-évaluation de la douleur (par l’enfant) est à privilégier dès qu’elle est possible, en fonction du stade développemental, du contexte et des caractéristiques de l’enfant. Par exemple, un enfant de trois ans pourrait exprimer et localiser sa douleur, mais ne pas offrir des descriptions suffisantes en termes de qualité et d’intensité de la douleur (Martin et al., 2019). Par ailleurs, lorsque la douleur est évaluée par une tierce personne, celle-ci est généralement minimisée (Brudvick et al., 2017). Dans certains cas, il peut être utile de combiner l’auto-évaluation et l’hétéro-évaluation par le professionnel et le parent. Ce dernier pourrait entre autres décrire le comportement de son enfant en temps normal et en situation de douleur. En somme, l’utilisation d’une approche d’évaluation globale de la douleur (par ex. : PQRSTU), incluant une échelle d’intensité de la douleur validée pour l’âge et les caractéristiques de l’enfant, maximise la qualité de cette évaluation.

 

05. Il est normal de rencontrer de la résistance et de l’opposition aux soins chez les enfants.

 

Réponse : Faux

Quoique l’opposition aux soins soit souvent banalisée chez l’enfant, celle-ci témoigne d’un écart entre les besoins de l’enfant et l’approche du professionnel (Walco et Cassidy, 2000). La résistance et l’opposition aux soins sont généralement la conséquence d’un soin inadapté à l’enfant ou d’une succession de soins inadaptés par le passé. L’enfant peut réagir en adoptant des comportements d’opposition verbale ou physique. La poursuite de l’intervention dans ce contexte peut augmenter la détresse dans l’instant présent et à l’avenir (Lombart et Ballée, 2016). Bien que l’opposition ne puisse pas toujours être évitée, il y a lieu de se questionner si des méthodes appropriées peuvent être ou ont été envisagées.

06. Un enfant de six ans doit recevoir un vaccin en milieu scolaire. Puisqu’il est très calme, il n’est pas nécessaire de lui expliquer le déroulement de la procédure. Ainsi, il n’anticipera pas la douleur et gardera son calme.

 

Réponse : Faux

La prise en charge de la douleur aiguë et de l’anxiété doit inclure une approche globale, soit la combinaison de moyens préventifs, physiques, psychologiques et pharmacologiques (Trottier et al., 2019). De plus, l’expression de la douleur et de l’anxiété chez les enfants varie, certains enfants peuvent être très agités et d’autres, stoïques face à un ressenti comparable. La peur et le milieu de soins sont toutefois des facteurs influençant la perception de la douleur et les réactions à celle-ci (Melzack, 2005; Merck et McElfresh, 2019). Entre autres moyens préventifs, il est possible de préparer l’enfant aux étapes à venir en s’informant de ses appréhensions, en lui expliquant dans un langage approprié le déroulement de la procédure, en lui proposant un positionnement et une distraction de même qu’en lui offrant l’occasion de faire des choix raisonnables. La capacité d’adaptation de l’enfant, l’efficacité des stratégies utilisées durant la procédure et l’expérience globale de l’enfant sont à considérer (Jubinville et al., 2013; Margolis et al., 1998).

 

Pour en savoir davantage, une formation spécifique intitulée « La prise en charge de la douleur aiguë chez l'enfant âgé de 0 à 17 ans » est disponible sur l’environnement numérique d’apprentissage (ENA) de formation continue partagée.

 

Références

Alley, L.G. (2001). «The influence of an organizational pain management policy on nurses' pain management practices». Oncology Nursing Forum, 28(5), 867-874.

Birnie, K.A., Noel, M., Chambers, C.T., Uman, L.S. et Parker, J.A. (2018). «Psychological interventions for needle?related procedural pain and distress in children and adolescents». Cochrane Database of Systematic Reviews, 10.

Blount, R.L., Zempsky, W.T., Jaaniste, T., Evans, S., Cohen, L.L., … Zelter, L.K. (2009). «Management of pain and distress due to medical procedures». Dans M.C. Roberts et R.G. Steele (dir.), Handbook of pediatric psychology (4e éd.). New York: Guilford Press.

Brudvik, C., Moutte, S.-D., Baste, V. et Morken, T. (2017). «A comparison of pain assessment by physicians, parents and children in an outpatient setting». Emergency Medicine Journal, 34, 138-144.

Chambers, C.T., Craig, K.D. et Bennett, S.M. (2002). «The impact of maternal behavior on children's pain experience: An experimental analysis». Journal of Pediatric Psychology, 27, 293-301.

Duvivier, A. (2017). «Traitement de la douleur aiguë chez le jeune enfant hospitalisé: État des lieux et piste de solution» [Mémoire de maîtrise]. Sherbrooke, QC: Savoirs?-Université de Sherbrooke. Repéré à https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/9937?show=full

Duvivier, A. et Paquette, J. (2019). «L'évaluation et le soulagement de la douleur». Dans J. Ball et R. Bindler (dir.), Soins infirmiers en pédiatrie (3e éd.) (p. 423-448). Saint-Laurent, QC: Éditions du Renouveau pédagogique.

Friedrichsdorf, S.J., Eulla, D., Weidnerc, C. et Postiera, A. (2018). «A hospital-wide initiative to eliminate or reduce needle pain in children using lean methodology». Repéré à https://insights.ovid.com/crossref?an=01938936-201809001-00009

Kennedy, R., Luhmann, J. et Zempsky, W. (2008). «Clinical implications of unmanaged needle-insertion pain and distress in children». Pediatrics, 122, S1130-S1133.

Jubinville, P., Le May, S., Charette, S. et Lachance Fiola, J. (2013). «Interventions to promote pediatric nurses' management of procedural pain». Communication présentée au 9th International Symposium on Pediatric Pain, Stockholm.

Lombart, B. et Ballée, C. (2016). «Éviter la contention de l'enfant lors des soins». SPARADRAP. Repéré à https://www.sparadrap.org/professionnels/eviter-et-soulager-peur-et-douleur/eviter-la-contention-de-lenfant-lors-des-soins

Margolis, J.O., Ginsberg, B., Dear, G.D., Ross, A.K., Goral, J.E. et Bailey, A.G. (1998). «Paediatric preoperative teaching: Effets at induction and postoperatively». Paediatric Anaesthesia, 8(1), 17-23.

Martin, S.D., Maxtin, M., Smalling, K. et Park, S. (2019). «Pain assessment and management in children». Dans M.J. Hockenberry, D. Wilson et C.C. Rodgers (éd.), Wong's nursing care of infants and children (11e éd.), (p. 143-148). St-Louis, Mo: Elsevier.

Melzack, R. (2005). «Evolution of the neuromatrix theory of pain: The Prithvi Raj Lecture. Presented at the 3rd World Congress of World Institute of Pain, Barcelona 2004». Pain Practice, 5(2), 85-94.

Merck, T. et McElfresh, B. (2019). «Family-centered care of the child during illness and hospitalization». Dans M.J. Hockenberry, D. Wilson et C.C. Rodgers (éd.), Wong's Nursing Care of Infants and Children (11e éd.). St-Louis, Mo: Elsevier.

Oakes, L.L. (2011). «Compact clinical guide to infant and child pain management: An evidence-based approach for nurses». New York: Springer.

Trottier, E.D., Doré-Bergeron, M.-J., Chauvin-Kimoff, L., Baerg, K. et Ali, S. (2019). «La gestion de la douleur et de l'anxiété chez les enfants lors de brèves interventions diagnostiques et thérapeutiques». Paediatrics & Child Health, 24(8), 509-535.

Walco, G.A. et Cassidy, R.C. (2000). «The ethics of pain control in neonates and infants». Dans K.J.S. Anand, B.J. Steven et P.J. McGrath (dir.). Pain in neonates (2e éd.). Amsterdam: Elsevier Science.

Young, K.D. (2005). «Pediatric procedural pain», Annals of Emergency Medicine, 45(2), 160-171.