Nouvelles

 

Actualités, chroniques et éditoriaux de l'Ordre

 

Éditorial du président

La profession prend sa destinée en main

28 mai 2021
La profession prend sa destinée en main

Si à la veille des États généraux, je me suis montré excité à l’idée de participer au plus grand chantier sur la profession infirmière tenu depuis 25 ans, je le suis encore plus aujourd’hui. La qualité des échanges, le niveau d’engagement envers la profession, la cohérence dans les propos, notre détermination à faire reconnaître notre expertise ainsi que la capacité des participants à se projeter dans l’avenir au nom de la relève m’ont fort impressionné.

Quelque 1 000 personnes étaient rassemblées, représentant tous les milieux, fidèles au rendez-vous lancé par l’Ordre, ses partenaires et les commissaires indépendants, Francine Ducharme et Robert Salois. Notre objectif :  discuter des grands enjeux de la profession tout en mettant de côté nos intérêts personnels, corporatifs ou politiques.

Reconnaissance de l’expertise infirmière, organisation du travail, formation initiale et développement professionnel ont fait l’objet d’échanges bien soutenus. Les 19 pistes d’action proposées par les commissaires se sont ainsi trouvées sous la loupe. Nous avons alors ensemble jeté les bases de ce que nous estimions être des pistes d’action incontournables pour l’avenir de la profession. Permettez-moi de partager brièvement avec vous quelques réflexions sur les échanges que nous avons eus lors des États généraux. Je vous invite à consulter notre site Internet pour avoir accès à la priorisation des pistes d’action.

Matières à réflexion

Force est d’admettre que la promotion en amont des États généraux incitant les infirmières et infirmiers à participer a été bien reçue. La voix infirmière s’est vraiment fait entendre pendant ces deux journées. Les échanges ont été francs et nous avons fait plus d’un constat nous poussant à passer à l’action. Plusieurs ont mentionné par ailleurs qu’il était temps pour les infirmières et infirmiers de prendre en main la situation et de cesser d’attendre après les autres pour améliorer leur sort. J’ajouterais que cet état d’esprit a teinté la plupart des travaux réalisés lors des États généraux. Même si l’on dit que la pandémie avait exacerbé les problématiques, elle n’explique pas tout. La pandémie semble avoir le dos large. À ce sujet, une participante s’est exprimée ainsi : Nous sommes aujourd’hui 80 000 infirmières - Sommes-nous en pénurie d’infirmières ou en pénurie de soins infirmiers? À mon avis, c’est l’une des questions à se poser!

De plus, il semble se dégager un consensus sur le fait qu’il est urgent d’améliorer les conditions d’exercice de la profession et d’offrir du soutien clinique aux infirmières et infirmiers de la relève et aussi aux infirmières plus expérimentées. La profession s’en trouverait alors valorisée, notre champ d’exercice serait reconnu et la profession aurait, en conséquence, une image renouvelée qui soutiendrait ainsi l’attractivité et la rétention des infirmières et infirmiers dans le réseau public de la santé.

Malgré la complexité de la thématique portant sur la spécialisation et l’innovation infirmières, les discussions ont été fort éloquentes. Même si dans l’esprit des participants, la contribution des ICS ne fait aucun doute en ce qui concerne la mise en œuvre de soutien clinique afin d’offrir un accès à des experts en soins infirmiers, nous devons choisir attentivement les spécialités que nous souhaitons voir naître. Les choix que nous aurons à faire doivent être en lien avec les besoins en santé de la population.

Un autre constat fort pertinent : il faudrait travailler sur d’autres modèles de soins et cesser de favoriser le modèle hospitalocentrique, pour ainsi mieux recourir à l’expertise infirmière, laquelle s’avère un puissant levier en ce qui a trait aux soins de proximité et à la prévention, notamment auprès des clientèles plus vulnérables.

Le sujet de la formation initiale et du développement professionnel a capté l’attention des participants. Il en est ressorti clairement que la formation initiale devait être revue et rehaussée, au niveau tant collégial qu’universitaire. Une harmonisation et une standardisation des programmes sont requises quant au contenu et au profil de sortie à la grandeur de la province.

Les participants ont clairement mis en priorité le baccalauréat comme future norme d’entrée à la profession. Fait marquant, le parcours DEC-BAC est aussi jugé comme une valeur ajoutée et doit être maintenu, mais, encore ici, l’harmonisation entre cégep et université doit être assurée.

Pour ce qui est du développement professionnel, les participants sont en général d’accord pour l’implantation d’un plan de développement professionnel. Nous devons cependant accroître l’offre de formation continue. Les employeurs sont aussi interpellés; des mesures facilitantes devraient être instaurées, qui permettraient aux infirmières et infirmiers de faire leur auto-évaluation dans le but d’identifier les besoins perçus et démontrés et de se créer un portfolio en lien avec leurs responsabilités professionnelles.

Rassurer les infirmières et infirmiers

Sans surprise, des mesures transitoires sont essentielles pour soutenir la mise en œuvre de la nouvelle norme d’entrée.  Elle n’est cependant pas sans susciter plusieurs questionnements. À titre de président de l’Ordre, j’entends bien que nous devons rassurer les membres. Tout changement à ce niveau se fera dans le respect des infirmières et infirmiers en poste et des étudiantes et étudiants en cours de formation. Des clauses de droits acquis viendront assurer une transition en douceur, qui aura pour effet de maintenir l’effectif infirmier en place. Nous devrons aussi nous préoccuper de l’accès à la formation universitaire dans toutes les régions du Québec. Il faudra aussi se soucier de l’accès à des programmes de formation favorisant la conciliation études-famille et mettre en place des incitatifs financiers favorisant les études universitaires.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué au succès de cet événement. Le rapport des commissaires est très attendu. Il sera déposé au Comité des partenaires, composé de 14 organisations infirmières, à la fin de l’été et rendu public au début de l’automne.