Pratique professionnelle

 

Espace de ressources pour l'infirmière et l'infirmier

 

Chronique déontologique

La qualité du langage - Regard professionnel

Joanne Létourneau, syndique

Le langage est la faculté d'expression qui permet aux êtres humains de communiquer entre eux. La qualité du langage, notamment le choix des mots utilisés, influencera leurs interactions. Un langage correct, rigoureux et de bon ton témoigne d'un respect à l'égard de son auditoire. Ainsi, le vouvoiement est considéré comme une marque de politesse et de respect. À l'inverse, le tutoiement peut être perçu comme une marque de familiarité excessive. Par ailleurs, un niveau de langage vulgaire est jugé grossier, alors que les jurons ou blasphèmes sont perçus comme des propos offensants, parfois même agressants.

Des clients et des infirmières se disent choqués d'entendre des infirmières, des étudiantes, des externes en soins infirmiers ou encore des candidates à l’exercice de la profession infirmière blasphémer ou utiliser un langage familier, voire vulgaire.

Rappelons qu'un des principaux outils de communication de l'infirmière est sa façon de s'exprimer. Son niveau de langage traduit son degré de professionnalisme dans ses interactions auprès de la clientèle et dans ses échanges avec les collègues, et ce, tant dans un milieu de soins que dans un milieu d'enseignement.

En ce qui concerne l'utilisation de jurons ou de blasphèmes dans un contexte professionnel, le Conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec mentionnait, dans la décision Hémond, que « [...] le fait de blasphémer devant un patient suite à l'incapacité de procéder à un prélèvement sanguin doit être assimilé à de la violence verbale [...] »1.

Dans la décision Langevin2 du Conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, l’infirmière s’est vu imposer une radiation temporaire de deux mois pour avoir eu, à plusieurs reprises, un comportement qui allait à l’encontre de ce qui est généralement admis dans l’exercice de la profession, notamment en tenant des propos inappropriés en présence de clients ou qui pouvaient être entendus par ces derniers. En plus de dévaloriser l’image de la profession, un client qui entend une infirmière crier ou blasphémer peut perdre confiance en cette dernière.

En ce qui a trait à la qualité du langage, le Tribunal des professions se prononçait ainsi dans le jugement Bervin Gilbert : « [...] la brusquerie à l'égard des patients, un langage incorrect à leur endroit ne seront jamais acceptables dans l'exercice de la profession d'infirmière ou d'infirmier. Les bénéficiaires sont dans une position d'extrême dépendance lorsqu'ils ont besoin de soins médicaux et ceux qui sont appelés à les leur prodiguer doivent le faire avec tact, empathie et la plus grande délicatesse possible [...] »3.

À titre de professionnelles, nous devons donc être attentives à notre façon de nous exprimer. C'est un gage de relations respectueuses.

** Version remaniée et mise à jour de la chronique (août 2018) : La qualité du langage – regard professionnel, du 1er avril 2009, publiée par Sylvie Truchon.

 

1 Infirmières et infirmiers c. Hémond, 2006 CanLII 82002 (QCCDOII)

2 Infirmières et infirmiers c. Langevin,2015 CanLII 58558 (QC CDOII)

3 Bervin Gilbert c. Morgan, 1995 CanLII 10887 (QCTP)
LINTERNAUTE ENCYCLOPÉDIE. Dictionnaire de la langue française, [En ligne] (2018-07-18)
SOCIÉTÉ Radio-Canada. La qualité du français à Radio-Canada. Principes directeurs, 37 p., (2018-07-18) http://ici.radio-canada.ca/television/politique_linguistique/politique-linguistique.pdf