Éditorial du président
Publié dans Perspective infirmière, numéro de mai-juin 2019. Texte actualisé le 2 mai 2019, pour tenir compte d’une avancée importante dans le dossier des IPS.

Le monde change, le Québec change et nous aussi!

Luc Mathieu, inf., D.B.A., président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

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02 mai 2019
Le monde change, le Québec change et nous aussi!
© Jimmy Hamelin

Depuis plusieurs années, exercer la profession infirmière comporte son lot de défis. À preuve, les enjeux liés à notre profession font régulièrement la une des médias. Nous avons l’admiration et la reconnaissance du public, et pourtant, notre quotidien reste empreint de difficultés systémiques.

 

Il est vrai que les enjeux du monde de la santé sont complexes et requièrent, pour être solutionnés, non seulement l’engagement des parties prenantes, mais aussi la volonté politique du gouvernement. L’évolution rapide de l’enjeu du diagnostic pour les IPS en fait foi. La ministre de la Santé et des Services sociaux a fait preuve d’un leadership sans précédent sur cette question, comme en témoigne l’annonce d’une avancée importante dans le dossier des IPS le 1er mai 2019. Nous saluons cette détermination de la ministre à faire avancer la profession en vue d'améliorer l'accès aux soins pour la population du Québec.

Néanmoins, plusieurs questions restent toujours en suspens depuis des années. Débutons avec la prestation sécuritaire des soins. Depuis 2015, l'OIIQ plaide afin que des mesures assurant une prestation sécuritaire des soins soient mises en œuvre. S’il est exact de dire que de meilleurs ratios sont une façon d'y arriver, l'OIIQ considère qu'une prestation sécuritaire des soins est aussi influencée par d'autres facteurs comme l'utilisation optimale du champ d'exercice infirmier et un modèle d'organisation des soins qui mettent de l'avant l'expertise des infirmières et infirmiers. Cependant, reconnaissons qu'il est difficile de planifier une prestation sécuritaire lorsque, année après année, un autre problème - l'imposition du temps supplémentaire obligatoire - revient hanter les infirmières et infirmiers.

Sans compter qu'en 2018, des recherches en sciences infirmières ont démontré que seulement la moitié des activités réservées en soins infirmiers sont exercées. Devant l'ampleur des besoins en santé, nous n’avons pas les moyens de ne pas utiliser cette expertise. Il s'avère important de revoir nos façons d'exercer.

Ajoutons à cela que l'enjeu de la formation initiale n'est toujours pas résolu après des années de représentations et de recherches universitaires récentes, qui font la démonstration que les besoins en santé évoluent et qu'une formation scientifique universitaire serait plus à même de répondre aux besoins en santé de plus en plus complexes des Québécois.

Pourquoi notre profession ne réussit-elle pas à se propulser et à prendre sa place? Pourtant, il y a maintenant plus de 15 ans, la Loi 90 nous a offert des leviers importants qui sont venus enrichir notre champ d'exercice et reconnaître les expertises infirmières. Peut-être qu'en tant que société, nous n'avons pas pris le temps de nous arrêter et de réfléchir à la mise en œuvre d’un plan stratégique, préférant agir plus rapidement, à bâtons rompus.

Nous sommes à même de constater que nous avons besoin d'une vision globale afin de répondre à la question : qu'est-ce qu'exercer la profession infirmière de nos jours? Il nous faudra nécessairement prendre le temps de répondre à cette question incontournable pour l'avenir de notre profession. Nous devons dès aujourd'hui faire les premiers pas en vue de mettre en commun nos réflexions, nos expériences et nos projets. Nous devons planifier aujourd’hui pour mener notre profession à bon port dans l’objectif de mieux soigner la population en optimisant l'utilisation des expertises infirmières.

Afin de jeter les premiers jalons de cette profonde réflexion, l'OIIQ se propose d'amorcer le mouvement. Dans la foulée de son processus de planification stratégique 2020-2023, à l’aube de ses 100 ans, l’OIIQ consulte actuellement l’ensemble de ses parties prenantes pour mettre en lumière les enjeux de notre profession et les priorités qui doivent être mises de l’avant. Nous voulons connaître la vision de nos partenaires et voir comment, dans le cadre de notre mission de protection du public, nous pouvons contribuer à faire évoluer les enjeux de notre profession.

Nous faisons le constat que tous les acteurs doivent maintenant se réunir et développer une vision commune en vue de donner à la profession infirmière les lettres de noblesse qu'elle attend depuis trop longtemps, au bénéfice de la population québécoise.

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