Pratique professionnelle

 

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Éditorial du président
Perspective infirmière | Été - rentrée 2021

Les citoyennes et citoyens ont beaucoup à dire – à nous de les entendre

Luc Mathieu, inf., D.B.A.

Les citoyennes et citoyens ont beaucoup à dire – à nous de les entendre
Éditorial | Les citoyennes et citoyens ont beaucoup à dire – à nous de les entendre

En tant qu’ordre professionnel, vous le savez, nous avons le mandat de protéger le public. En 2018, à mon arrivée à la présidence de l’Ordre, cette responsabilité a pris tout son sens pour moi.

Certes, nous avions à notre portée des mécanismes de protection du public efficaces visant le contrôle de la compétence et de l’intégrité des membres de la profession, tels que le processus d’admission à la profession, la surveillance de l’exercice, le développement professionnel, l’encadrement réglementaire et le contrôle de l’exercice illégal. Mais déjà, je me disais que la protection du public dépassait ce cadre. Malgré la présence de tous ces leviers, j’ai abordé la question sous un nouvel angle.

Si nous voulons effectivement protéger le public, il nous faut aller à la rencontre des principales personnes concernées : les citoyennes et les citoyens. Nous devons les entendre sur la profession infirmière et ses enjeux, afin de connaître leurs préoccupations, leur perception et leur avis. Pour y arriver, nous devons disposer de mécanismes de prise de contact. Le public est malheureusement trop souvent absent de nos structures et de nos comités de travail. À quelle occasion l’entendons-nous? Quelle place lui accordons-nous? Que pense-t-il de l’expertise infirmière et de la contribution des infirmières et infirmiers dans le réseau de la santé? Que sait-il, ce public, sur la profession infirmière et ses activités réservées, activités que l’État a jugées à haut risque de préjudice? Le public en général ne connaît de la profession que ce que les médias rapportent : temps supplémentaire obligatoire, épuisement, congés de maladie et pénurie, pour ne nommer que ces enjeux. Finalement, j’en ai conclu que le public n’a pas suffisamment accès aux informations clés en vue de se prononcer, de faire connaître ses attentes. Pourtant, son avis est incontournable pour faire évoluer notre société.

Qui de mieux placé qu’un ordre professionnel pour sensibiliser et informer le public sur les enjeux de la profession infirmière? Notre seul intérêt est de veiller à la compétence et à l’intégrité des infirmières et infirmiers. Nous n’avons pas de considérations budgétaires, nous ne sommes pas l’employeur. Nous n’avons pas de relations hiérarchiques avec les membres de la profession, nous ne sommes pas les gestionnaires. Nous avons cependant le devoir de nous assurer que le public a accès à des professionnels qui ont toutes les compétences pour répondre aux besoins en santé de la population. À partir de ce constat, les dés en étaient jetés. Nous allions consulter des représentants des citoyennes et citoyens afin d’obtenir leur avis sur le recours à l’expertise infirmière dans le système de santé actuel, en leur donnant accès à des experts du domaine infirmier et de la santé auxquels ils pourraient adresser toutes leurs questions avant de se prononcer.

La parole citoyenne, indispensable en matière de soins de santé au 21e siècle

Les États généraux se sont présentés comme l’occasion idéale d’amorcer une expérience citoyenne à l’OIIQ. Nul doute pour moi que les citoyennes et citoyens devaient y tenir une place de choix afin de faire entendre leur voix. Nous avons donc opté pour la mise en place d’un jury citoyen indépendant de l’OIIQ.

Dans le cadre des États généraux, nous avons souhaité obtenir l’avis de ce jury sur la question suivante : croyez-vous que l’on puisse mieux recourir aux compétences infirmières pour mieux soigner? Si oui, à quelles conditions? Si non, pourquoi? Pour assurer son indépendance, nous avons mandaté l’Institut du Nouveau Monde qui a géré tout le processus de sélection et d’apprentissage de ce jury ainsi que la formulation de son avis qui, somme toute, rejoint la vision des infirmières et infirmiers qui ont participé aux États généraux. Oui, on doit mieux recourir à l’expertise infirmière. L’avis citoyen fait état notamment du fait qu’une amélioration s’impose quant aux conditions d’exercice, à la gestion du réseau de la santé et à l’organisation du travail. On y fait aussi mention que l’on doit rehausser le niveau de formation des infirmières et infirmiers au baccalauréat et celui des infirmières et infirmiers auxiliaires au DEC.

Je suis fortement impressionné par le travail de ces personnes. Elles ont su capter, en quelques heures (un total de 24 heures de rencontres), les réels enjeux de la profession. Je vous garantis que dorénavant, la participation citoyenne fera partie de nos processus. La forme de participation reste toutefois à définir; nous y travaillerons en cours d’année. D’ailleurs, nous devrions interpeller les citoyennes et les citoyens pour leur demander comment ils voient la suite! À bientôt!

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