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Perspective infirmière | Printemps 2021

Les dernières lignes directrices dans le traitement de l’infection au Clostridium difficile

Dalila Benhaberou-Brun, B. Sc. inf., B. Sc., M. Sc.

Les dernières lignes directrices dans le traitement de l’infection au Clostridium difficile
Pharmacovigilance | Les dernières lignes directrices dans le traitement de l’infection au Clostridium difficile

Annuellement au Canada, l’infection au Clostridium difficile (IDC) touche près de 38 000 personnes. Selon l’Institut national de santé publique du Québec, sur les 1 741 cas déclarés en 2018-2019 au Québec, 197 personnes sont décédées après 30 jours (Institut national de la santé publique du Québec, 2019). Un bien lourd tribut à payer! Une étude publiée en juin 2018 par un groupe d’experts canadiens, dirigée par la Dre Vivian G. Loo du Centre hospitalier universitaire de santé McGill, présente les dernières lignes directrices pour traiter les épisodes initiaux et les récidives de cette infection (Loo et al., 2018).

Le Clostridium difficile

Le Clostridium difficile, également connu sous le nom de C. difficile, est une bactérie présente dans la flore intestinale. Environ 5 % de la population serait porteuse de la bactérie sans que cela n’affecte sa santé. Pour les autres, l’infection se manifeste par de la diarrhée — on parle de diarrhée associée au C. difficile (DACD) — de la fièvre et des crampes abdominales. Cette maladie nosocomiale touche principalement les personnes âgées souffrant de multiples comorbidités. Les individus en bonne santé, eux, présentent peu de risque d’être contaminés. En plus des décès, les conséquences les plus sévères de l’infection au C. difficile sont l’inflammation intestinale et la déshydratation. Dans les cas les plus graves, cela nécessite le recours à de lourdes chirurgies digestives, à des transferts aux soins intensifs et à de multiples réadmissions à l’hôpital, et occasionne ainsi des coûts annuels exorbitants de 280 millions de dollars au Canada (INSPQ, 2017).

Un des moyens de prévention de cette infection nosocomiale repose sur le lavage de mains à l’eau et au savon, puisque les gels à base d’alcool sont inefficaces contre les spores de C. difficile. Une fois que l’ICD est déclarée, les précautions habituelles doivent être mises en place avec l’isolement de la personne infectée et le port de l’équipement de protection individuelle (EPI), soit les gants et une blouse à manches longues pour les soignants (INESSS, 2017a). Si un lavabo n’est pas accessible avant de sortir de la chambre, l’infirmière utilisera un désinfectant pour les mains, puis procédera un lavage à l’eau et au savon dès que possible. Depuis une quinzaine d’années, une souche hyper virulente (BI/NAP1/027), apparue en Amérique du Nord et dans plusieurs pays européens, serait responsable de véritables épidémies. Au Canada, les programmes de prévention ont heureusement permis de faire diminuer de moitié le nombre de cas, passant de 7,9/10 000 jours-patients en 2011 à 4,3/10 000 jours-patients en 2015. On déplore malgré tout un taux de mortalité de 5,7 % à 30 jours, une augmentation de la durée d’hospitalisation d’environ 3,6 jours par épisode de diarrhées et un plus grand risque de récidives. Au Québec, la situation s’est améliorée ces dernières années avec un taux d’incidence en baisse à 3,7 par 10 000 jours-présence (INSPQ, 2019).

Une des premières conclusions de l’article est qu’il n’existe aucun consensus pour caractériser la sévérité de l’ICD. En effet, les résultats de laboratoire concernant le compte de leucocytes ou la créatinine sérique et les symptômes cliniques tels que l’hypotension ou le mégacôlon ne peuvent pas toujours être évalués chez les patients. La catégorisation de l’infection reste donc soumise au jugement du clinicien qui établira le diagnostic de l’ICD et déterminera alors s’il s’agit d’un cas léger, modéré ou sévère.

Le traitement

Le groupe de 15 experts canadiens, dirigé par la Dre Loo, a émis des recommandations pour les traitements en fonction de la population de patients et de la sévérité des symptômes observés. Pour les personnes adultes, que l’épisode d’infection soit léger ou modéré et que son occurrence soit primaire ou récidivante, le médicament de première intention est la vancomycine per os quatre fois par jour pendant une période variant de 10 à 14 jours. Pour les cas plus sévères, deux études ont démontré qu’une dose plus élevée d’antibiotique était bénéfique pour contrôler efficacement les symptômes. En ce qui concerne les enfants, le clinicien choisira entre le métronidazole et la vancomycine per os pour des périodes de traitement de 10 jours. Les Tableaux 1 et 2 résument les principales conclusions des experts.

 


Références

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). (2017a). «Efficacité et innocuité des probiotiques en prévention des diarrhées associées à Clostridium difficile». Repéré à https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Traitement/INESSS_Resume_RS_probiotiques.pdf

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). (2017b). «Mise à jour du guide d’usage optimal pour le traitement de la diarrhée ou de la colite associée à Clostridium difficile». Repéré à https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/Traitement/INESSS_Rapport_support_au_GUO_C.difficile.pdf

Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). (2017). «Diarrhées associées au Clostridium difficile – Résultats de surveillance 2016-2017». Repéré à https://www.inspq.qc.ca/infections-nosocomiales/spin/dacd/surveillance-2016-2017

Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). (2019). «Diarrhées associées au Clostridium difficile – Résultats de surveillance 2018-2019». Repéré à https://www.inspq.qc.ca/infections-nosocomiales/spin/dacd/surveillance-2018-2019

Loo, V. G, Davis, I., Embil, J., Evans, G. A., Hota, S., Lee, C., … Valiquette, L. (2018). «Association of Medical Microbiology and Infectious Disease Canada treatment practice guidelines for Clostridium difficile infection». Official Journal of the Association of Medical Microbiology and Infectious Disease Canada, 3(2), 71?92. Repéré à https://doi.org/10.3138/jammi.2018.02.13

Van Nood, E., Vrieze, A., Nieuwdorp, M., Fuentes, S., Zoetendal, E. G., de Vos, W., … Keller, J. J. (2013). «Duodenal infusion of donor feces for recurrent Clostridium difficile». The New England Journal of Medicine, 368(5), 407?415. Repéré à https://doi.org/10.1056/NEJMoa1205037

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