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Pratique infirmière

Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence

21 mars 2018
Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence

Notez que cet article est tout d’abord paru dans le Cyberjournal de l’Ordre des infirmières et infirmiers de la Mauricie et Centre-du-Québec, 7(1), 2018.
 

Un défi sur les unités de soins de courte durée

 

"J’ouvre les yeux. Que s’est-il passé? Où suis-je? Étendue sur une civière qui roule à pleine vitesse dans un long corridor aux murs gris, les lumières du plafond défilent et m’aveuglent. J’entends des voix qui prononcent des mots que je ne comprends pas et qui mentionnent un nom que je crois connaître… ou peut-être pas, je ne sais plus.

On s’arrête dans une chambre, il y a déjà quelqu’un, je ne le connais pas. J’ai peur. Deux inconnus me transfèrent dans un lit, mais pourquoi? Je sais marcher, vous savez!

Qu’est-ce que je fais maintenant? Je n’ai personne avec qui parler, j’ai un livre, mais j’ai oublié comment lire, je voudrais me promener, mais on m’a dit que ce n’était pas possible, il semble que je vais tomber. J’ai envie, mais… À qui dois-je en parler? De toute façon, j’ai oublié comment le demander."

 

Voilà ce qui se passe dans les pensées d’un usager âgé atteint de démence. Chaque instant représente un combat contre la réalité. Chaque tâche devient un sommet infranchissable et chaque nouveauté est déstabilisante. Alors que vous et moi avons près de 25 000 mots pour exprimer nos besoins, nos désirs, nos émotions (Florin, 2010), les gens ayant une atteinte cognitive importante n’en ont plus qu’une dizaine. Dix mots pour faire comprendre à des étrangers qu’ils ont envie d’aller à la salle de bain ou pour exprimer une douleur vive au siège lorsqu’ils sont assis. Dix mots pour exprimer la tristesse qu’ils ressentent après avoir perdu leur partenaire des cinquante dernières années ou pour verbaliser la peur qu’ils ont d’être seuls.

Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD) sont présents dans 90 % des cas de démence et dans un fort pourcentage, un besoin de base non comblé en est la cause (Brocker, 2005). Voici les différents besoins de base qui pourraient être non comblés, donc potentiellement être à la source de SCPD :


Les besoins de base

  • Élimination (urine, selle, fécalome, diarrhée, globe vésical)
  • Faim, soif
  • Inconfort (positionnement, température ambiante, bruit…)
  • Sommeil
  • Douleur
  • Besoin de stimulation
  • Besoin de contact social
  • Sexualité, intimité
  • Dépendance (alcool, drogue, médicaments, tabac…)
  • Besoin de prothèses (auditive, dentaire, lunettes)

 

Considérer l’individu derrière la maladie

Bien qu’une panoplie d’éléments interfèrent avec le bien-être de l’usager (changement de milieu, roulement du personnel, soins médicaux…), ce dernier n’ayant plus la capacité de s’exprimer clairement pourrait aussi bien frapper le personnel pour communiquer une douleur ou errer dans les corridors pour trouver un peu de réconfort quelque part.

Dans de telles circonstances, le mandat des infirmières est d’assurer le respect et la dignité de la personne, de considérer l’individu derrière la maladie. C’est par la satisfaction des besoins de base, une approche adaptée, la stimulation, la réminiscence et la diversion qu’il sera possible d’y arriver (Voyer, 2013). Sourire, discuter avec l’usager, l’impliquer dans les soins, encourager la famille à être présente, stimuler la mémoire à long terme en parlant de vieux souvenirs, initier un programme de mobilité et un horaire d’élimination sont toutes des actions pouvant réduire les SCPD. Il n’en reste pas moins qu’une évaluation en interdisciplinarité est la façon la plus adéquate et efficace d’établir un plan d’intervention (Voyer, 2013).

 

Approche centrée sur le bien-être de l’usager

Les interventions de l’infirmière auprès de cette clientèle particulière sont déterminantes. C’est grâce à une approche centrée sur le bien-être de l’usager qu’il est possible de réduire le temps de séjour des aînés sur une unité de soins de courte durée, et ainsi freiner l’évolution de la maladie et les symptômes associés. Par le fait même, le quotidien des usagers ainsi que celui de l’équipe soignante seront beaucoup plus agréables.

Par son leadership, l’infirmière contribue donc à améliorer la qualité des soins en influençant ses pairs à adopter une attitude et une approche adaptées (Association des infirmières et infirmiers du Canada, 2009). Elle a la responsabilité d’assurer la continuité des soins pour que les efforts de tous soient dirigés vers un même objectif. Également, elle doit impérativement connaître le dossier de l’usager dans son entièreté afin d’être en mesure de déceler tout changement de comportement et ainsi, déterminer un plan d’action personnalisé et adéquat. L’infirmière a l’occasion de mettre ses connaissances à jour de façon régulière et donc, par conséquent, de les transmettre à l’équipe de soins qui gravite autour d’elle. Ainsi, elle pourra informer ses collègues, mais également les proches de l’usager, sur les particularités de certaines démences et sur les symptômes associés. (Voyer, 2013).

Enfin, bien qu’il s’agisse ici d’un grand défi, la sensibilisation de l’équipe à cette nouvelle réalité et la rigueur dans l’évaluation des comportements de l’usager sont essentielles. Être bien outillé pour y faire face permet, au final, une meilleure qualité dans les soins prodigués; et l’usager en sort grand gagnant.

Roxane Gélinas, inf., B. Sc.

 

 


Présentation de l’auteure Roxane Gélinas

Roxane Gélinas travaille à la Direction adjointe du Soutien et développement des pratiques professionnelles en soins infirmiers et d'assistance et prévention des infections, au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR).

Son expertise se situe principalement sur le plan des troubles de comportement chez la clientèle atteinte de démence. Étant témoin de la maladresse du personnel face à cette clientèle, à plusieurs reprises, elle constate que l’une des principales difficultés provient du manque de connaissance de celle-ci.

 

Bibliographie

ASSOCIATION DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS DU CANADA (2009). Le leadership de la profession infirmière, Énoncé de position.

BROCKER, P. et coll. (2005). Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence : description et prise en charge, Revue de Gériatrie, Tome 30, N°4

FLORIN, A. (2010). Le développement du lexique et l’aide aux apprentissages, Enfances & Psy 2 (47)

VOYER, Philippe  (2013). Soins infirmiers aux aînés en perte d’autonomie,  ERPI compétences infirmières, 2e édition : Saint-Laurent (Québec).