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Martine Duperval. La santé mentale au coeur de l’humain

Louise Bouchard

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01 janv. 2019
Martine Duperval. La santé mentale au coeur de l’humain

Infirmière en santé mentale à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal, Martine Duperval œuvre en soins infirmiers depuis une douzaine d’années et poursuit ses études au baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de Montréal. Également mentore de la comédienne Florence Longpré dans la deuxième saison de la websérie Stagiaire d’un jour, elle répond à nos questions sur son expertise en santé mentale.

Comment avez-vous commencé à vous intéresser à la santé mentale?

Je m’y intéresse depuis toujours. Je suis attirée par tout ce qui est marginal, différent, et j’ai une manière de penser qui est hors normes. Et c’est un peu ça, la santé mentale : c’est le tabou et le mystère.

Et cette tournure d’esprit est propice à l’exercice de votre profession?

Tout à fait, parce que je n’ai pas tendance à porter des jugements sur la façon d’être des gens. Je cherche plutôt à comprendre ce qui se passe dans leur tête.

Comment décrivez-vous l’activité réservée qui consiste à « évaluer la condition physique et mentale d’une personne symptomatique », en particulier le volet mental?

C’est l’évaluation des symptômes et de leur intensité. Chez quelqu’un qui souffre de maladie mentale, plusieurs symptômes se manifestent de façon non verbale. On observe l’apparence physique et l’hygiène : sont-elles adéquates ou négligées? On évalue la capacité du visage à exprimer les émotions : l’affect est-il mobilisable? Autrement dit : l’émotion exprimée s’adapte-t-elle aux situations? Aussi, quel est l’état émotionnel de la personne? Son regard est-il fuyant ou fixe? Quel est son niveau d’activité psychomotrice? On observe aussi la façon dont la personne nous parle, ce qu’elle nous dit… Si elle parle, bien sûr, car ce n’est pas toujours le cas. C’est grâce à cette évaluation que l’on peut déterminer quels sont les bons gestes à poser.

Et c’est une activité importante dans votre journée de travail?

Avec les patients de l’unité de psychiatrie, la situation peut changer du tout au tout en quelques secondes! Nous travaillons auprès de gens sensibles, qui réagissent fortement à ce qui leur arrive et à ce qui les entoure. En santé mentale, il faut ajuster fréquemment le plan thérapeutique, ce qui implique l’évaluation de la condition mentale.

Pourquoi la santé mentale est-elle encore un aspect méconnu des soins infirmiers?

D’une part, parce qu’en comparaison avec la maladie physique, la maladie mentale est plus difficile à comprendre et à accepter. D’autre part, parce que les idées préconçues et les jugements sont encore bien ancrés. Il y a une certaine résistance à l’égard des comportements hors normes et antisociaux.

Existe-t-il des particularités dans les soins en santé mentale prodigués auprès des personnes d’origines culturelles différentes?

Dans certaines cultures, la maladie mentale n’existe pas. La condition est vue comme le résultat d’une possession par un démon ou un mauvais esprit qu’il faut exorciser! C’est un défi de faire comprendre aux gens qu’il faut traiter cette condition comme on le ferait avec une maladie physique. Souvent, le problème provient de l’entourage, qui se sent désemparé. Il faut faire preuve d’ouverture d’esprit pour entrer dans le cadre culturel des gens, leur faire comprendre qu’il s’agit d’une maladie et que nous leur offrons du soutien.

Que conseillez-vous aux infirmières qui souhaitent développer leurs compétences en santé mentale?

Il faut faire preuve de curiosité et développer ses connaissances en santé mentale, mais aussi dans les autres domaines de la santé qui peuvent interagir avec la santé mentale. Par exemple, mes connaissances sur le diabète doivent être à jour, car il y a une forte comorbidité diabétique chez les personnes atteintes de schizophrénie. Il faut aussi développer ses aptitudes en communication, parce que les infirmières en santé mentale ont notamment pour rôle de relayer l’information dans les équipes interdisciplinaires. Il faut aussi savoir être attentif au langage non verbal, qui peut en dire beaucoup, à sa manière.

Vous êtes mentore dans la websérie Stagiaire d’un jour, mais avez-vous eu, vous aussi, des mentors dans la profession?

Oui et j’en ai encore. J’ai la chance de travailler avec des infirmières expérimentées qui sont généreuses dans le partage de connaissances. C’est inspirant et important parce que, sur le terrain, ça ne se passe pas toujours comme dans les livres!

La comédienne Florence Longpré a été jumelée à l’infirmière en santé mentale Martine Duperval pour un épisode de la deuxième saison de la websérie Stagiaire d’un jour diffusée sur tout.tv à compter du 23 janvier.

 

 

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