Pratique professionnelle

 

Espace de ressources pour l'infirmière et l'infirmier

 

Chronique déontologique

Médias sociaux : avant de publier ou de partager…

Joanne Létourneau, syndique
Myriam Brisson, directrice adjointe – déontologie et syndique adjointe
Yannicke Boucher, syndique adjointe
Marie-Ève Côté, syndique adjointe
Sandra Moretti, conseillère à la consultation déontologique

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15 oct. 2020
Médias sociaux : avant de publier ou de partager…

Dans l’actualité récente, certains ordres professionnels ont dû intervenir auprès de leurs membres à la suite de commentaires exprimés par ceux-ci sur les médias sociaux. Nous croyons donc opportun de faire un rappel des devoirs et obligations déontologiques en lien avec l’utilisation des médias sociaux.

L’infirmière ou l’infirmier qui choisit de s’exprimer sur les médias sociaux ou autres espaces publics doit le faire en s’assurant de respecter en tout temps le Code de déontologie des infirmières et infirmiers. En effet, lorsqu'une personne adhère à une profession, elle s'engage à en respecter les valeurs1 ainsi que les règles de conduite établies. Tout en tenant compte de ses propres valeurs et convictions, l'infirmière ou l’infirmier se doit de répondre aux exigences de sa profession2. La prudence est donc de mise lors de publications sur les médias sociaux.

Le Code de déontologie des infirmières et infirmiers spécifie que l’infirmière ou l’infirmier ne peut poser un acte ou avoir un comportement qui va à l’encontre de ce qui est généralement admis dans l’exercice de la profession ou qui est susceptible de dévaloriser l’image de la profession3. De plus, il mentionne que l’infirmière ou l’infirmier doit s’abstenir d’exprimer des avis ou de donner des conseils incomplets ou non fondés. À cette fin, l’infirmière ou l’infirmier doit chercher à avoir une connaissance complète des faits avant de donner un avis ou un conseil4.

Mais encore… Est-ce que les commentaires publiés sur les médias sociaux relèvent de la vie privée?

Non! En effet, tel que cité dans la décision Psychoéducateurs (Ordre professionnel des) c. Gaudefroy, « [27] … la jurisprudence reconnaît qu’un professionnel peut être tenu disciplinairement responsable pour un acte posé dans le cadre de sa vie privée s’il y a un lien avec l’exercice de la profession ou s’il porte atteinte à l’honneur et dignité ou la discipline de celle-ci » 5.  

Il faut toujours garder en tête que les groupes dits « privés » sur les réseaux sociaux, tels que Facebook ou autres, relèvent du domaine public, notamment parce qu’ils sont diffusés et visibles aux amis de l’utilisateur. Comme mentionné dans cette même décision, « [40] …ce qui se retrouve sur un compte Facebook ne fait pas partie du domaine privé puisqu’une multitude de personnes peuvent y avoir accès. [42] Les propos sur une page Facebook, parce qu’ils sont diffusés et visibles aux amis de l’utilisateur, sont de nature publique, peu importe les paramètres privés ou publics de la page de l’utilisateur »6. Par conséquent, puisqu’une publication sur un réseau social devient accessible à un vaste public, la possible perte de contrôle qu’elle implique, par exemple de ne pas pouvoir la retirer, doit être prise en considération. En effet, il demeure possible qu’un utilisateur ayant accès à votre publication décide d’enregistrer celle-ci et de la diffuser en votre nom, et ce, sans votre consentement. Autrement dit, il devient donc difficile, voire impossible de retirer totalement vos propos.

Si une personne inscrite au Tableau de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec publie ou partage les propos d’un tiers et qu’il est possible de l’identifier comme étant membre de la profession infirmière, elle doit s’assurer que les propos respectent ses obligations déontologiques. Dans le cas contraire, il est préférable qu’elle s’abstienne de partager ou de publier des propos. En effet, quelles que soient ses valeurs et croyances en lien avec un sujet qu’elle souhaite commenter, elle doit faire preuve d’un sens critique relativement aux messages véhiculés par divers groupes, réfuter les mythes et donner de l’information fondée sur les meilleures pratiques et les résultats probants de sources reconnues. Considérant qu’un des éléments du champ d’exercice de la profession consiste à prévenir la maladie et que le bien-être des clients est au cœur même de l’exercice de la profession, en tout temps, lorsque l’infirmière et l’infirmier s’expriment sur des médias sociaux, ils ne peuvent donc pas occulter des éléments de compréhension ni appuyer leurs explications sur leurs croyances personnelles7.

Des balises, incluant un aide-mémoire8, pour l’utilisation judicieuse des médias sociaux sont présentées dans la chronique déontologique Médias sociaux et la pratique infirmière.  

Enfin, il faut vous rappeler que les réseaux sociaux permettent une diffusion rapide et instantanée de l’information. Il n’est pas toujours adéquat de partager ses états d’âme sans avoir pris le temps de bien évaluer la portée des commentaires publiés. Il est de la responsabilité de l’infirmière ou de l’infirmier de vérifier la crédibilité de ses sources et de s’assurer que le message véhiculé respecte ses obligations déontologiques.

 

1 Valeurs de la profession infirmière, OIIQ

2 Valeurs personnelles et professionnelles - Regard déontologique, OIIQ

3 Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, r. 9, art.3

4 Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, r. 9, art.15

5 Psychoéducateurs (Ordre professionnel des) c. Gaudefroy, 2016 CanLII 15502 (QC CDPPQ)

6 Id, paragraphes 40 et 42

7 Protéger le public par la promotion de la vaccination, OIIQ

8 Aide-mémoire : pour une utilisation judicieuse des médias sociaux