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Perspective infirmière | Hiver 2021

Médias sociaux et pratique infirmière

Joanne Létourneau, inf., M. Sc., syndique, Éric Roy, inf., B. Sc., LL. M., syndic adjoint et Sandra Moretti, inf., M. Sc. inf., conseillère à la consultation déontologique

Médias sociaux et pratique infirmière
Déontologie | Médias sociaux et pratique infirmière

Les différentes plateformes de communication, y compris les médias et réseaux sociaux, offrent aux professionnels de la santé plusieurs avantages comme l’accès à des contenus éducatifs, l’optimisation de la collaboration interprofessionnelle ou encore la capacité de communiquer facilement et rapidement.

Plusieurs établissements, associations professionnelles ou ordres professionnels mettent à profit les différentes plateformes pour promouvoir leurs activités ou leurs prises de position stratégiques sur certaines questions. D’ailleurs, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) est présent sur les réseaux sociaux par l’entremise de ses pages Facebook, Instagram, Twitter et LinkedIn qu’il alimente, en plus de rendre disponibles des contenus vidéo sur le média social qu’est YouTube.

Il faut cependant garder en tête que les médias et réseaux sociaux ont des caractéristiques propres. Ils sont directs et spontanés et bénéficient d’une grande vitesse de diffusion et de réaction aux différents contenus publiés. De surcroît, l’impression d’anonymat derrière le clavier n’est que pure illusion, car l’information diffusée circule dans l’espace public.

Lorsque les infirmières s’expriment sur les médias et réseaux sociaux, à titre tant personnel que professionnel, elles doivent, comme tout citoyen, agir dans le respect de la dignité, de la réputation et de la vie privée d’autrui (Charte des droits et libertés de la personne). Elles doivent de plus s’assurer que leur comportement est conforme à leurs obligations déontologiques, notamment celles relatives à l’image et à la crédibilité de la profession, au secret des renseignements de nature confidentielle et aux limites de la relation professionnelle.

Les mises en situation qui suivent permettent également de répondre à certaines interrogations que les infirmières peuvent avoir au sujet de l’utilisation des médias et réseaux sociaux.

Situation 1

Vous recevez une « demande d’amitié » sur Facebook d’une personne dont le nom vous est familier. Il s’agit en effet d’un client qui a récemment obtenu son congé après que vous lui avez prodigué des soins pendant plusieurs semaines lors de son séjour au centre de réadaptation où vous exercez. Vous vous demandez si vous pouvez accepter cette demande.
L’infirmière est responsable d’établir les limites de la relation professionnelle et de s’assurer qu’elles sont respectées, peu importe le mode de communication utilisé. Afin de prendre une décision éclairée à cet égard, les infirmières doivent se référer à l’article 38 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers qui précise que :

  • Pendant la durée de la relation professionnelle, l’infirmière ou l’infirmier ne peut établir de liens d’amitié, intimes, amoureux ou sexuels avec le client.
  • Pour déterminer la durée de la relation professionnelle, l’infirmière ou l’infirmier doit tenir compte, notamment, de la vulnérabilité du client, de son problème de santé, de la durée de l’épisode de soins et de la probabilité d’avoir à redonner des soins à ce client.

Dans la présente situation, à la lumière des obligations prévues à cet article, vous devez donc vous abstenir d’établir un lien amical avec ce client à qui vous avez récemment prodigué des soins pendant plusieurs semaines et ne pas donner suite à cette « demande d’amitié » sur Facebook.

Situation 2

Dans l’optique de développer vos connaissances et votre réseau professionnel, vous êtes membre d’un groupe d’infirmières sur Facebook qui exercent, tout comme vous, à l’urgence. Vous constatez cependant que des consœurs discutent des soins qu’elles ont prodigués à un client qu’elles identifient par son nom de famille. Est-ce permis?
La plupart des gens agissent avec prudence lorsqu’ils communiquent sur les sites de médias et de réseaux sociaux. Toutefois, il n’est pas rare que se développe, au fil du temps et au contact des autres participants, un sentiment de sécurité trompeur. En effet, cette complicité virtuelle jumelée à l’impression que les conversations tenues dans un groupe d’échange entre professionnels demeureront confidentielles, peut inciter les infirmières à discuter ouvertement des soins et services prodigués à certains clients.

Cependant, l’article 36 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers exige des infirmières qu’elles s’abstiennent de tenir des conversations indiscrètes ou d’y participer, y compris sur les réseaux sociaux, au sujet d’un client et des services qui lui sont rendus. Dans le présent exemple, afin de respecter leurs obligations en matière de protection du secret professionnel*, vos consœurs ne doivent donc pas discuter des soins dispensés à ce client qu’elles identifient par son nom de famille.

Situation 3

En début d’année scolaire, un quotidien publie un article rédigé par l’Institut national de santé publique du Québec exposant les bienfaits de la vaccination chez les enfants, que vous partagez sur votre compte Twitter. Une de vos très bonnes amies réagit à votre gazouillis et affirme s’opposer fermement à la vaccination, qu’elle déconseille d’ailleurs vivement, puisque celle-ci causerait le développement de l’autisme. Sachant qu’il s’agit d’une affirmation erronée, vous lui répondez en message privé pour lui signifier, sans mettre de gants blancs, votre désaccord envers ses propos. Froissée, votre amie transfère à tous ses contacts votre réponse qu’elle juge offensante, d’autant plus qu’elle a été rédigée par une infirmière.

Cette situation montre bien en quoi l’utilisation des médias sociaux requiert de la prudence alors que la frontière entre la vie personnelle et la vie professionnelle est très mince. En effet, des messages destinés à un seul interlocuteur peuvent être relayés à de multiples personnes et ainsi revêtir un caractère public. Par conséquent, les infirmières qui décident de s’exprimer sur les médias et réseaux sociaux doivent bien choisir les mots qu’elles utilisent.

En effet, comme le prévoit l’article 3 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers, les infirmières ne peuvent poser un acte ou avoir un comportement qui est susceptible de dévaloriser l’image de la profession; la confiance du public envers la profession pourrait par conséquent être minée. Ainsi, tenir des propos déplacés dans les médias et réseaux sociaux peut entraîner des conséquences sur le plan professionnel.

En somme, la façon dont les médias et réseaux sociaux sont utilisés par les infirmières, tant dans leur vie personnelle que dans leur vie professionnelle, soulève de nouveaux défis. La prudence est de rigueur alors que l’infirmière doit réfléchir à la pertinence de ses propos et des informations qu’elle partage, de même qu’aux répercussions et conséquences (CIQ, 2015) que ceux-ci peuvent occasionner. Il est important de se rappeler que, dans ce contexte, l’infirmière est toujours soumise à ses obligations déontologiques.

*De nombreuses chroniques portant sur le secret professionnel ont été rédigées ces dernières années. 

Version remaniée et mise à jour des chroniques : « Gérer son image virtuelle … un enjeu professionnel », 6 mars 2014 par Sylvie Truchon en collaboration avec Myriam Brisson et Éric Roy, et « Médias sociaux et pratique infirmière », 1er décembre 2009 par Sylvie Truchon.


Références

«Charte des droits et libertés de la personne», RLRQ, c. C-12, a. 4, 5.

«Code de déontologie des infirmières et infirmiers», RLRQ, c. I-8, r. 9.

Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ). (2015). «L’utilisation des médias sociaux: entre l’éthique et la déontologie».

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) (2014). «Aide-mémoire: pour une utilisation judicieuse des médias sociaux». Repéré à https://www.oiiq.org/documents/20147/1457822/tableaux-chronique-deonto.pdf/d945283e-2c58-093d-e81e-f7ec403c0ccc

Sirois, S. et Battah, A. (2017). «Les médias sociaux et la déontologie». LabExpert, 8(2), 8-15. [Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec]

Vachon, R. (2015). «Un nouvel ami Facebook?», Psychologie Québec, 32(5), 19-21.

Pour aller plus loin