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Perspective infirmière | novembre-décembre 2020

Natasha Desmarteau : Pour l’avancement de la pratique en prévention et contrôle des infections

Catherine Crépeau  

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12 nov. 2020
Natasha Desmarteau : Pour l’avancement de la pratique en prévention et contrôle des infections
Portrait | Natasha Desmarteau - Pour l’avancement de la pratique en prévention et contrôle des infections

La COVID-19 a propulsé à l’avant-scène les infirmières en prévention et contrôle des infections (PCI), dont le travail était jusque-là peu connu de la population. Parmi ces expertes, on compte Natasha Desmarteau, conseillère en soins infirmiers responsable du dossier des infections nosocomiales et éclosions à la Direction de santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Elle est aussi présidente de l’Association des infirmières en prévention des infections (AIPI), qui regroupe plusieurs centaines d’infirmières de partout dans la province.

La première vague de l’infection au SARS-CoV-2 s’est immiscée au Québec discrètement et s’est répandue plus rapidement que la capacité du système de santé à la contrôler, mettant les équipes de santé publique, les équipes de PCI, les soignants et tout le réseau de la santé sur le pied de guerre. « Nous étions en communication continue avec tous les établissements et la sécurité publique. Les semaines de 70 à 75 heures étaient monnaie courante. Puis, en juillet, le réseau a connu une certaine accalmie. Nous étions alors sur l’adrénaline depuis quatre mois, mais il n’était pas question de relâcher nos efforts, car nous devions nous préparer à l’arrivée de la deuxième vague », raconte Natasha Desmarteau.

La première vague aura cependant eu comme conséquences de rétablir l’importance de maîtriser les savoirs et les compétences propres à la PCI, en plus de favoriser le développement professionnel dans ce domaine d’expertise méconnu jusqu’alors. « La pandémie a mis de l’avant l’aspect essentiel de la PCI », souligne-t-elle.

 

« L’ensemble des infirmières et infirmiers ont accompli un travail titanesque depuis le début de la pandémie. Ils doivent être fiers de leur expertise, du rôle essentiel qu’ils occupent et de leur immense contribution professionnelle et humaine à protéger et à soigner la population. » - Natasha Desmarteau.

 

Un domaine d’expertise

Natasha Desmarteau ne fait pas partie des personnes qui, dès l’enfance, se voyaient devenir infirmières. C’est plutôt sous les recommandations d’un conseiller en orientation qu’elle prend la mesure de son potentiel à exercer la profession. Elle abandonne le programme de sciences humaines et s’inscrit à la technique de soins infirmiers du Cégep de Sainte-Foy. Elle entreprend sa carrière à l’Hôpital Saint-Sacrement auprès de la clientèle des grands brûlés ainsi qu’à l’urgence et aux soins intensifs.

Elle obtient par la suite un poste en CLSC, dont l’horaire plus stable lui offre les conditions gagnantes pour poursuivre ses études en sciences infirmières à l’Université du Québec à Rimouski. Pendant les cinq années suivantes, elle mène sa pratique à temps plein, étudie à temps partiel… et donne naissance à ses deux enfants. Elle se consacre également à l’enseignement auprès des infirmières et infirmières auxiliaires.

En 2008, un poste de conseillère en PCI suscite son intérêt. Natasha Desmarteau y voit l’occasion rêvée de relever un nouveau défi professionnel et de continuer de développer ses connaissances et ses compétences, tout en apportant une contribution significative à la qualité des soins aux usagers. Certes, ses nouvelles responsabilités l’amènent à passer d’un rôle de soignante à celui de consultante, mais elles lui permettent d’agir à plus grande échelle en élaborant, en collaboration avec des équipes, des procédures, des protocoles et des politiques à l’intention des professionnels de la santé et des prestataires de services œuvrant dans les établissements de santé. « Mes actions se trouvaient alors à avoir une plus grande portée, mais je savais aussi que la PCI était un immense domaine d’expertise qui, comme tous les autres, exige une mise à jour en continu des connaissances. »

Elle s’est donc inscrite au D.E.S.S. en prévention et contrôle des infections, dont elle est diplômée depuis janvier 2020, pour approfondir sa compréhension des aspects cliniques, environnementaux et organisationnels de la PCI et devenir infirmière clinicienne spécialisée.

Depuis 2018, elle est responsable du dossier des infections nosocomiales et éclosions à la Direction de la santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale. À ce titre, elle effectue la vigie et la surveillance à l’échelle régionale et agit comme conseillère auprès des cinq établissements du CIUSSS, notamment lors d’éclosions.

Innovation et leadership

Natasha Desmarteau est animée par un objectif : contribuer à l’avancement de la pratique des infirmières en PCI – pratique qui requiert des connaissances diversifiées, notamment en épidémiologie, en microbiologie, en maladies infectieuses ainsi qu’en analyse de risque. « Ce domaine d’expertise exige de rester au fait des plus récents résultats scientifiques et des lignes directrices, tout en démontrant les habiletés de communication nécessaires afin de transmettre les recommandations aux acteurs clés, puis de mobiliser ces derniers en vue de leur application », explique Natasha Desmarteau.

Au quotidien, les infirmières œuvrant en PCI ont pour mission de prévenir la transmission des infections dans les établissements. Elles s’assurent que les mesures de PCI sont appliquées – hygiène des mains, désinfection ou stérilisation du matériel et port de l’équipement de protection individuelle – et font de l’accompagnement auprès des prestataires de services pour l’application des procédures, protocoles et politiques de PCI.

Ces responsabilités demandent conviction et créativité. « Environ 80 % des professionnels et soignants adhèrent à ces différents documents, mais il y a toujours 20 % qui y sont réfractaires… Il faut pouvoir alors compter sur des leaders positifs et identifier les stratégies visant l’adoption des bonnes pratiques. Or, la PCI est trop souvent perçue comme quelque chose de facultatif, une étape supplémentaire, alors que, tout au contraire, elle devrait faire partie intégrante de tout protocole et de toute procédure. »

S’il est possible de trouver un seul point positif à la pandémie de COVID- 19, il s’agit certainement d’avoir mis en évidence l’importance des mesures de PCI dans les milieux de soins. « Comme ce virus peut s’attaquer aussi aux soignants, ils se sentent vulnérables et ont donc plus tendance à porter les équipements de protection individuelle. Une infection comme la gastro-entérite n’implique pas un tel niveau de menace », observe Natasha Desmarteau, en soulignant que les membres des équipes soignantes qui ont été infectés ne l’ont pas été forcément lors de la prestation de soins, mais aussi entre eux lorsqu’ils étaient au poste de garde, dans les salles de repas ou à l’extérieur, où le port adéquat des ÉPI était parfois relâché. « Aujourd’hui, les professionnels de la santé et les prestataires de services œuvrant dans les établissements de santé se sont ajustés et les mesures de PCI sont beaucoup mieux respectées. Ferons-nous le même constat après la deuxième vague? Cela devra être évalué. »

L’évolution des connaissances sur la COVID-19 est à l’origine du plus grand défi des équipes en PCI. « Dès le début de la pandémie, les directives ministérielles ont évolué presque quotidiennement à la lumière des nouvelles connaissances, raconte Natasha Desmarteau. Nous devions alors rapidement transmettre les nouvelles directives dans les établissements tout en mettant à jour les outils nécessaires pour faciliter leur application et faire l’arrimage avec les établissements de santé. Ces changements survenus à un rythme soutenu ont demandé une capacité d’adaptation hors du commun des équipes soignantes sur le terrain et ont suscité chez elles beaucoup de stress et d’incertitude. L’ensemble des infirmières et infirmiers – pas seulement en PCI! – ont accompli un travail titanesque depuis le début de la pandémie. Ils doivent être fi ers de leur expertise, du rôle essentiel qu’ils occupent et de leur immense contribution professionnelle et humaine à protéger et à soigner la population. »

Des enseignements à tirer

Natasha Desmarteau espère que des enseignements seront tirés des derniers mois et que les mesures de PCI, comme l’hygiène des mains, entre autres, soient appliquées de façon rigoureuse dans les établissements. « Ces gestes font partie intégrante de soins de qualité et sécuritaires. » Elle souhaite aussi que l’hygiène des mains et l’étiquette respiratoire deviennent des réflexes pour la population. « Nous avons beaucoup appris de la pandémie et nous continuons d’apprendre. Mais il faut maintenir notre vigilance à tous les égards. »

C’est la volonté de faire reconnaître les pratiques en PCI et de promouvoir le développement professionnel dans ce domaine d’expertise qui ont conduit Natasha Desmarteau à la présidence de l’AIPI. Par cet engagement qui s’ajoute à sa pratique infirmière, elle vise à contribuer au positionnement de la PCI auprès des instances de la santé, tout en soutenant les compétences des infirmières affectées à la PCI et des différents acteurs du réseau. Une mission hautement d’actualité!