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« Nous sommes arrivés à la partie la plus étroite de l’entonnoir » : la profession infirmière désormais en mode solutions

07 mai 2021
« Nous sommes arrivés à la partie la plus étroite de l’entonnoir » : la profession infirmière désormais en mode solutions

Marie Grégoire, véritable « cheffe d'orchestre » des États généraux, fait le point sur les audiences publiques qui se sont tenues en avril et revient sur la programmation des 20 et 21 mai.

Les audiences publiques ont pris fin il y a quelques semaines. En quoi l’exercice consistait-il?

Durant le processus de consultation qui s’est amorcé en janvier dernier, la participation a été fantastique, puisque ce sont plus de 600 contributions qui ont été enregistrées, que ce soit sous forme de commentaires, d’avis ou de mémoires. Autant vous dire que Mme Ducharme et M. Salois, qui agissent à titre de commissaires des États généraux de la profession infirmière, ont eu du matériel à se mettre sous la dent! Après avoir pris connaissance de l’ensemble des soumissions, les audiences publiques ont été pour eux l’occasion d’échanger de vive voix avec les auteurs, qu’ils soient représentants d’associations infirmières ou de directions de soins infirmiers (DSI), porte-parole syndicaux ou d’établissements de formation, ou encore porteurs de projets innovants. C'était non seulement l’occasion d’approfondir les sujets traités par les dépositaires, mais également de poser les « questions qui tuent » pour reprendre l’expression de M. Salois : quelles sont les différentes perspectives en présence? Qu'est-ce qui permet ici une position tranchée et définitive, tandis que le consensus est moins évident là? Quels sont les potentiels angles morts? Quelles réalités sous-tendent chaque position et quelles expériences terrain nourrissent les propositions qui les accompagnent?

Quel a été votre ressenti, au sortir de ces sept journées d’audiences et quels enjeux ont retenu votre attention?

Croyez-moi, ç’a été extrêmement enrichissant tant la diversité de points de vue était au rendez-vous et tant l’engagement des différents interlocuteurs était palpable et contagieux. Nous étions évidemment passablement inquiets de voir l’aspect virtuel décourager la participation ou diluer les échanges, mais non! La profession infirmière était au rendez-vous, et ç’a en outre permis aux acteurs en régions éloignées d'avoir voix au chapitre, ce qui est capital puisque les enjeux de santé ne sont bien entendu pas les mêmes à Montréal et sur la Côte-Nord.

Parlant d’enjeux, tous les sujets abordés étaient évidemment hautement pertinents, qu’il s’agisse d’organisation des soins, d’innovation ou de formation. Mais à titre personnel et pour avoir travaillé dans le milieu, je dois dire que celui de la technologie m’a particulièrement interpellée. Tout le monde s’entend sur le fait que celle-ci pourrait être un outil formidable pour assurer une présence accrue et de qualité des infirmières et infirmiers auprès des patients en les libérant des fameuses « tâches connexes », mais comme en témoignait l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en systèmes et technologies de l'information (AQIIST), les patients eux-mêmes sont mieux équipés en la matière que le terrain! Moi, je vous avoue qu’entendre ça en 2021, ça me jette un peu à terre. Certains ont toutefois indiqué que la COVID-19 avait été un accélérateur de changement : c’est une bonne chose, mais il faudra assurément appuyer sur l’accélérateur une fois sortis de la crise, et ça viendra aussi avec son lot de défis.

Bref, en ce qui me concerne, les audiences ont été l’occasion de constater à quel point nous sommes arrivés à la partie la plus étroite de l’entonnoir, pour reprendre mon image de la dernière fois : les problématiques sont dorénavant cernées, les enjeux sont identifiés, les consensus se dessinent et les participants arrivent avec des pistes de solutions très concrètes qui permettront aux commissaires d'être adéquatement outillés pour préparer les États généraux des 20 et 21 mai prochain. J’ai senti que la profession infirmière était assurément prête à se tourner vers l’avenir et à se projeter dans l’action, et ça, c'est inspirant et motivant!

Expliquez-nous comment se dérouleront les deux journées que dureront les États généraux de la profession infirmière.

La journée du 20 mai débutera avec le mot d’ouverture du président de l’OIIQ et des commissaires, avant de se poursuivre avec la présentation du jury citoyen, qui viendra nous faire part d’un avis unanime à l’issue de ses travaux visant à déterminer comment optimiser le recours à l’expertise infirmière, travaux menés sous la houlette de l’Institut du Nouveau Monde (INM) en parallèle de la consultation publique. Je me fais personnellement une hâte de connaître leur vision du rôle des infirmières et infirmiers du 21e siècle, car s’il existe un dénominateur commun entre toutes les personnes qui seront présentes aux États généraux, c’est bien que nous sommes tous, un jour, amenés à être patients.

Par la suite, le bal des ateliers est lancé ! Les participants, qui auront choisi lors de leur inscription la thématique sur laquelle ils souhaitent se pencher, seront répartis dans des salles virtuelles d’une dizaine de personnes chaque, auxquelles ils seront invités à débattre des différentes priorités mises de l'avant par les commissaires à la suite de l'analyse des avis, mémoires et commentaires, ainsi qu’à la lumière des audiences publiques. Des animateurs les accompagneront tout au long de ce processus et seront ensuite responsables de relayer les conclusions de la table qui leur aura été attitrée, afin que les commissaires et moi-même puissions colliger les résultats et séquencer les propositions qui seront présentées le lendemain lors des assemblées plénières.

Quant à la journée du 21 mai, et bien ce sera l’heure de grande vérité ! Le travail de défrichage et de priorisation aura été fait en amont, l’ordre et le temps à allouer aux différentes propositions auront été déterminés en fonction de l’importance qu’elles auront pris dans les discussions la veille, et les votes pourront enfin se tenir afin déterminer clairement les éléments qui se retrouveront dans le rapport des commissaires, cette fameuse feuille de route de la profession infirmière du 21e siècle!

Comment anticipez-vous ce rendez-vous historique de la profession infirmière, à tout juste deux semaines de sa tenue?

Avec grande fébrilité, du moins à titre d’animatrice ! J’agis un peu comme la cheffe d’orchestre d’une grande équipe qui a abattu une besogne monumentale, et ça, c'est un grand privilège et ça me porte, car j’ai pu au fil des mois rencontré des gens engagés, dont les témoignages éloquents ont repoussé pour moi l’horizon des possibles en matière de santé au Québec. Cette voix mérite d'être entendue et amplifiée, et c’est une chance exceptionnelle que de pouvoir être impliquée là-dedans. À l’inverse — et paradoxalement pour les mêmes raisons —, je me sens tout à fait rassurée en tant que citoyenne : la profession infirmière a répondu présent au rendez-vous, et il ne fait plus l’ombre d’un doute à mes yeux qu’elle sera là pour répondre aux défis du 21e siècle!

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