Pratique professionnelle

 

Espace de ressources pour l'infirmière et l'infirmier

 

En bref
Nouvelle réglementation

Des avancées majeures pour les IPS

Caroline Roy, Inf., M. Sc., Martine Maillé, Inf., M. Sc., Adm., et Carol-Anne Langlois, Inf., M. Sc.

|
01 mai 2018
Des avancées majeures pour les IPS

Nouvelles classes de spécialités, nouvelles activités cliniques, abolition des listes pour les activités de prescription, voilà quelques-unes des avancées contenues dans la nouvelle réglementation encadrant la pratique des infirmières praticiennes spécialisées (IPS), en vigueur depuis le 8 mars 2018.

Résultat d’efforts conjoints de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et du Collège des médecins du Québec (CMQ), cette refonte réglementaire majeure vise à optimiser le rôle professionnel des IPS en élargissant leur offre de services à d’autres clientèles cibles, afin de mieux répondre à la croissance des besoins de santé de la population et contribuer à résoudre les problèmes d’accès.

La nouvelle réglementation prévoit que l’IPS, pour exercer ses activités médicales, doit travailler en partenariat avec un ou des médecins, afin de promouvoir la collaboration interprofessionnelle et ainsi de proposer une offre de services concertée, adaptée et centrée sur la personne et ses proches. Le partenariat constitue une entente écrite formelle entre l’IPS et un ou plusieurs médecins (médecins de famille ou autres spécialistes), un département ou un service clinique, par laquelle ils conviennent de travailler en étroite collaboration afin d’atteindre des objectifs communs en matière de suivi de clientèle. 

En date du 31 mars 2018, on comptait quelque 486 IPS au Québec, une statistique en croissance constante. Le ministère de la Santé et des Services sociaux s’est d’ailleurs engagé à en intégrer 2 000 dans le réseau de la santé d’ici 2024-2025.

Qu'est-ce qu'une IPS?

L’IPS est une infirmière détentrice d’une maîtrise en sciences infirmières combinée avec un diplôme d’études supérieures en sciences médicales et qui a réussi un examen professionnel de spécialité pour détenir un certificat de spécialiste d’infirmière praticienne spécialisée. Elle détient des connaissances et des habiletés de niveau avancé afin d’effectuer un processus de raisonnement clinique visant à répondre aux problèmes de santé d’une clientèle particulière.

Les IPS combinent une pratique infirmière avancée et l’exercice des cinq activités médicales suivantes (Décret 84-2018) :
• prescrire des examens diagnostiques;
• utiliser des techniques diagnostiques invasives ou présentant des risques de préjudice;
• prescrire des médicaments et d’autres substances;
• prescrire des traitements médicaux;
• utiliser des techniques ou appliquer des traitements médicaux, invasifs ou présentant des risques de préjudice.

Cinq classes de spécialité

La nouvelle réglementation réitère l’existence des IPS en soins de première ligne et en néonatalogie, regroupe sous le titre d’IPS en soins aux adultes les spécialités de cardiologie et de néphrologie, et crée deux nouvelles spécialités : santé mentale et soins pédiatriques.

IPS en soins de première ligne (IPSPL)

L’IPSPL exerce auprès d’une clientèle de tous âges nécessitant des soins de première ligne et présentant un problème de santé courant ou une maladie chronique, ayant besoin d’un suivi de grossesse (normale ou à faible risque), ou de soins palliatifs (pour la personne hébergée dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée). Soulignons que les centres de protection de l’enfance et de la jeunesse ainsi que les CHSLD sont deux nouveaux lieux de pratique pour l’IPSPL. Autre nouveauté, l’IPSPL peut dorénavant amorcer le traitement pour six problèmes de santé chronique, soit le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie, l’asthme, les maladies pulmonaires obstructives chroniques et l’hypothyroïdie, et ce, sans qu’un diagnostic final ait été établi au préalable par le médecin. Cette avancée marquante favorise un accès accru aux
services de santé pour la population. En effet, selon l’Institut de la statistique du Québec (2016), près de la moitié des personnes âgées de 15 ans et plus ont au moins un problème de santé chronique et le quart en cumulent deux ou plus.

IPS en soins aux adultes (IPSSA)

L’IPSSA assure des soins infirmiers et médicaux à des adultes présentant un problème de santé complexe et nécessitant des soins de deuxième ou de troisième ligne. L’IPSSA intègre désormais les spécialités d’IPS en cardiologie et en néphrologie, mais peut développer des compétences dans d’autres domaines tels que la médecine interne, les neurosciences et l’oncologie. Elle peut exercer dans les centres hospitaliers, en cliniques externes, en cliniques spécialisées et, pour certains soins complexes, à domicile.

IPS en néonatalogie (IPSNN)

L’IPSNN prodigue des soins infirmiers et médicaux à des nouveau-nés, prématurés ou à terme, qui présentent un problème de santé complexe faisant l’objet minimalement d’un diagnostic provisoire, et ce, à différents stades de la période périnatale : consultation prénatale, au moment de la naissance, aux soins intensifs ou en soins intermédiaires. Elle offre ses services en partenariat avec les parents, mais aussi avec les proches et la
communauté. Alors qu’elle exerçait jusqu’à ce jour uniquement en centre ultraspécialisé (troisième ligne), l’IPSNN étend sa pratique aux établissements de deuxième ligne et aux cliniques externes.

IPS en santé mentale (IPSSM)

Dans le cadre de cette spécialité, l’IPSSM dispense des soins infirmiers et médicaux spécialisés auprès des personnes de tous âges présentant un trouble mental, y compris d’utilisation de substances, et coordonne les transitions entre les différents services en santé mentale. Elle peut exercer en soins de proximité (première ligne), en soins spécialisés ou en soins ultraspécialisés.

IPS en soins pédiatriques (IPSSP)

L’IPSSP assure des soins infirmiers et médicaux à une clientèle pédiatrique présentant un problème de santé complexe et nécessitant des services de deuxième ou de troisième ligne. Elle peut développer des compétences dans différents domaines, par exemple la cardiologie, la pneumologie ou l’hémato-oncologie. Comme l’IPSSA, l’IPSSP peut exercer dans les centres hospitaliers, en cliniques externes, en cliniques spécialisées et, pour certains soins complexes, à domicile.

Abolition des listes de médicaments

Les activités de prescription des IPS ne sont plus circonscrites à une liste de médicaments, à des règles d’utilisation de médicaments et à des règles de soins médicaux. Grâce à ce changement procurant plus de souplesse, les IPS peuvent ajuster leur pratique clinique à l’évolution des connaissances scientifiques.

Comité consultatif sur la pratique des IPS

La réglementation prévoit la création d’un comité composé de représentants de l’OIIQ et du CMQ, ainsi que d’IPS et de médecins. Son mandat consiste à examiner de façon générale la qualité de la pratique clinique de l’IPS et à recommander de nouvelles pratiques cliniques en réponse à l’évolution des connaissances scientifiques et aux données probantes.

Les lignes directrices établissant les modalités de pratique pour chaque spécialité sont disponibles sur le site de l’OIIQ.

 

Le nouvel encadrement réglementaire en six points

1.  Nouveaux lieux de pratique pour les IPSPL et les IPSNN.
2. Création de trois nouvelles classes de spécialités : IPSSA (intégrant cardiologie et néphrologie), IPSSM et IPSSP.
3. Nouvelles activités pour les IPSPL, qui pourront désormais amorcer le traitement pour six problèmes de santé chroniques.
4. Abolition des listes de médicaments, des règles d’utilisation de médicaments et des règles de soins médicaux spécifiques à l’IPS.
5. Élaboration d’une entente de partenariat écrite pour toutes les IPS avec un ou des médecins, ou avec un ou des services cliniques.
6. Création d’un comité consultatif OIIQ-CMQ sur la pratique de l’IPS ayant pour mandat d’assurer le suivi de l’évolution de cette pratique.

 

Pour plus d’information, consultez les pages sur les IPS dans ce site Web.

Références

Décret 84-2018, Gazette officielle du Québec.
Institut de la statistique du Québec. (2016). L’autogestion des maladies chroniques, l’état de santé et l’utilisation des services hospitaliers : exploration de données d’enquêtes populationnelles. Zoom santé, (55), 1-20.

Les auteures

Caroline Roy, Pratique infirmière avancée et relations avec les partenaires, à la Direction Développement et soutien professionnel de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Martine Maillé, Conseillère à la qualité de la pratique, Direction Développement et soutien professionnel, OIIQ.

Carol-Anne Langlois, Conseillère à la qualité de la pratique, Direction Développement et soutien professionnel, OIIQ.

 

 

Pour aller plus loin