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Éditorial du président

Pénurie d’effectifs infirmiers au Québec? Le temps est venu de faire le point.

16 nov. 2018
Pénurie d’effectifs infirmiers au Québec? Le temps est venu de faire le point.
Crédit : Université de Sherbrooke

C’est avec fierté et détermination que j’ai amorcé mon mandat de président de l’OIIQ le 5 novembre dernier. Je tiens à remercier tous les membres du Conseil d’administration pour la confiance qu’ils m’ont témoignée. Lors de ce premier mandat, je m’inscrirai dans la continuité des projets de l’OIIQ tout en apportant une nouvelle vision qui teintera les dossiers de l’Ordre.

Je peux d’ores et déjà vous dire que je fais miennes les priorités retenues dans la planification stratégique 2015-2020. Il y a cependant trois dossiers qui retiennent particulièrement mon attention : le rehaussement de la formation initiale, le positionnement public de l’OIIQ et la pratique avancée. Aujourd’hui, l’actualité me dicte de me prononcer sur l’enjeu de la formation initiale.
 

La pénurie et la formation initiale des infirmières et infirmiers

La question de la pénurie d’infirmières et infirmiers québécois occupe l’espace public de façon récurrente depuis le début de l’année. Selon le portrait des effectifs rendu public le 23 octobre dernier, il est difficile pour l’OIIQ de conclure à une pénurie lorsque nos statistiques affirment que nous délivrons, pour la septième année consécutive, plus de 3 000 nouveaux permis par année.

Considérons les faits suivants :

  • 58,5 % de l’effectif travaille à temps complet,
  • 20 % seulement de la relève travaille à temps complet.

Déjà, l’hypothèse de la pénurie s’effrite.

D’un côté, l’Ordre constate qu’il y a un potentiel d’infirmières et infirmiers disponibles à l’emploi au Québec. De l’autre, plus de la moitié des établissements du réseau de la santé du Québec partent en campagne de recrutement en France avec une cible d’embauche de 333 membres de la profession infirmière en raison, notamment, d’un manque d’infirmières cliniciennes et infirmiers cliniciens.

Alors, que se passe-t-il?

Pourquoi aller recruter en France alors que 80 % de la relève ne travaille qu’à temps partiel? L’on entend en coulisse que les établissements souhaitent embaucher des infirmières cliniciennes et infirmiers cliniciens qui répondraient mieux aux besoins du réseau de la santé, compte tenu de leur formation universitaire qui serait plus en adéquation avec les besoins de santé de plus en plus complexes de la population.

Cette pénurie serait-elle le symptôme d’un enjeu non réglé au Québec? Pour enrichir notre analyse, on peut aussi considérer le fait que 93 % des diplômés du baccalauréat en sciences infirmières occupent un emploi à la fin de l’année de l’obtention du permis, alors que c’est le cas de 85 % des diplômés du DEC, soit une différence de huit points de pourcentage.

Ces vagues de recrutement en France viennent soulever de nouveau la question de la formation requise pour l’obtention d’un permis d’exercice de la profession infirmière.
 

Formation collégiale et universitaire

Il n’est pas question ici d’opposer la formation collégiale à la formation universitaire, ni de porter un jugement sur la qualité de l’enseignement au collégial. Cette formation est par ailleurs excellente, je suis moi-même titulaire d’un DEC en soins infirmiers. Là n’est pas l’enjeu et ce ne serait pas une façon constructive d’aborder cette question d’une importance fondamentale pour la profession et la prestation des soins offerts à la population. La formation offerte au DEC est très bonne; elle est tout simplement incomplète, car plusieurs compétences dont celles en soins critiques et en soins dans la communauté n’y sont pas enseignées. Ces compétences sont plutôt développées dans le cadre de la formation universitaire; c’est ce qui a été convenu entre les niveaux d’enseignement collégial et universitaire lors de la mise en place du continuum de formation DEC-BAC au début des années 2000.

Depuis 2012, le dossier du rehaussement de la formation initiale est demeuré sans réponse. Il est temps aujourd’hui de travailler avec toutes les parties prenantes afin de faire le point sur cette question. Il faut dès maintenant planifier ce rehaussement de sorte que l’ensemble des infirmières et infirmiers de demain puissent recevoir une formation qui leur permet de répondre aux besoins du réseau de la santé. Rappelons que le Québec fait figure d’exception : les infirmières et infirmiers dans le reste du Canada sont titulaires d’un baccalauréat.

Je le réitère, la formation collégiale fait partie de la solution. Tous les étudiants qui veulent faire carrière dans la profession infirmière ont et auront à passer par le niveau collégial. Tous les profils sont bons : deux ans en pré-collégial et trois années à l’université ou trois ans en soins infirmiers et deux ans en formation universitaire (passerelle DEC-BAC). Il faut cinq ans aujourd’hui pour acquérir une formation complète!

À titre de président de l’OIIQ, je prends l’engagement de travailler sur ce dossier avec les parties concernées. C’est la mission d’un ordre professionnel de s’assurer que les compétences de ses membres répondent aux besoins du public.

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