Communiqué de presse

Portrait national de l’effectif infirmier 2019-2020

21 oct. 2020
Portrait national de l’effectif infirmier 2019-2020

Le nombre d’infirmières et d’infirmiers n’a jamais été aussi élevé au Québec. Mais pourquoi alors cette pénurie sur le terrain? 

Luc Mathieu, président de l’OIIQ 

Montréal, le 21 octobre 2020 — L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a dévoilé aujourd’hui que 78 204 infirmières et infirmiers étaient inscrits au Tableau de l’OIIQ en 2019-2020. Parmi ces derniers, 4 153 étaient de nouveaux membres et 1 260 membres ont fait un retour à la profession – soit deux nombres records. Parmi les personnes qui ont effectué un retour à la profession, on en compte une centaine qui se sont réinscrites au Tableau au cours du mois de mars afin de se joindre aux efforts de lutte contre la pandémie actuelle de COVID-19. Cette tendance s’est maintenue, voire accrue, en 2020-2021.

 

Croissance de 2,2 % : un effectif infirmier accru de quelque 1 600 infirmières et infirmiers

Au 31 mars 2020, date à laquelle sont comptabilisées les données de l’année 2019-2020, 73 090 membres déclaraient un emploi en soins infirmiers au Québec, comparativement à 71 487 en 2018-2019. Il s’agit d’une augmentation de 2,2 % de l’effectif infirmier, soit le taux de croissance le plus élevé des 20 dernières années. Notons que le réseau de la santé et des services sociaux employait 84,8 % de l’effectif provincial, soit 61 946, au 31 mars 2020; tant cette proportion que ce nombre enregistrent également une croissance.

Selon Luc Mathieu, président de l’OIIQ, le Québec n’a jamais compté autant d’infirmières et d’infirmiers malgré des conditions d’exercice difficiles. « Il est urgent de comprendre d’où provient la pénurie sur le terrain. Par ailleurs, l’OIIQ prévoit déjà une baisse des permis délivrés pour l’année en cours et à moyen terme. Nous remarquons que depuis une dizaine d’années, les inscriptions dans le programme de technique en soins infirmiers diminuent graduellement, ce qui représente une baisse de 24 % des inscriptions depuis 2009-2010. De plus, en raison de la pandémie, nous avons accueilli moins d’infirmières et d’infirmiers diplômés hors Québec » a précisé, Luc Mathieu.

La profession est à la croisée des chemins. Le temps est venu de réunir les différents acteurs et d’analyser sous différents angles la situation. Il faut nécessairement repenser l’organisation des soins au Québec afin de valoriser la profession infirmière, un levier incontournable pour assurer l’accès aux soins de santé.

 

Quelques enjeux concernant la profession infirmière

Temps complet et temps partiel : une proportion à revoir?

La proportion de l’effectif infirmier déclarant travailler à temps complet se situe à 61,7 %. Le taux d’emploi à temps partiel, quant à lui, s’établit à 33,6 %. Cela signifie que le tiers de l’effectif infirmier travaille à temps partiel. Nous devons faire une réflexion sur cette situation. Du côté de la relève, on constate que seulement 32 % des nouveaux diplômés travaillent à temps complet. Nous devons aussi nous pencher sur cette réalité. Avons-nous un moyen de changer la situation et, si tel est le cas, comment?

Plusieurs facteurs viennent influencer l’effet de pénurie d’effectifs infirmiers : l’organisation des soins, les conditions de travail, les heures supplémentaires obligatoires, l’encadrement adéquat de la relève, le manque de postes à temps complet et attractifs, la valorisation de la profession ainsi que les activités non infirmières demandées aux infirmières et infirmiers. Des études démontrent en effet qu’ils ne réalisent que 50 % des activités autorisées dans leur champ de pratique. Tous ces éléments sont des facteurs qu’il faut prendre en considération lorsqu’il s’agit d’analyser le phénomène de la pénurie d’effectifs infirmiers.

 

L’influence de la formation : un meilleur taux d’emploi chez les diplômés d’un baccalauréat initial

L’OIIQ a délivré près de 4 200 permis d’exercice en 2019-2020. Parmi les nouveaux titulaires de permis, 615 sont diplômés du baccalauréat initial et 888 ont fait leur formation initiale à l’extérieur du Québec; dans les deux derniers cas, comme pour le nombre total de permis délivrés, il s’agit des nombres les plus élevés jamais enregistrés. Parmi les diplômés hors Québec, nous comptons près de 350 infirmières et infirmiers diplômés de France, dont la formation est reconnue comme équivalente au baccalauréat pour l’accès aux postes d’infirmières cliniciennes et d’infirmiers cliniciens dans le réseau.

L’accès au marché de l’emploi favorise les diplômés universitaires. En effet, le taux d’emploi de la relève diplômée du baccalauréat initial en sciences infirmières se situe à 94 % en 2019-2020, comparativement à 89 % pour la relève titulaire d’un diplôme d’études collégial (DEC), soit un écart de 5 points de pourcentage. Cette situation perdure depuis au moins cinq ans. Encore une fois, nous devons analyser plus en profondeur ces résultats. Il est primordial de travailler de concert avec le ministère de la Santé et des Services sociaux afin de voir ce qui explique cette tendance. Non seulement la relève diplômée au baccalauréat intègre plus facilement le marché du travail, mais son taux de diplomation en trois ans est de 58 %, contre 32 % pour les titulaires d’un DEC. Au total, après cinq ans, presque 80 % auront obtenu leur diplôme, contre seulement 56 % pour les titulaires d’un DEC.

La proportion totale de l’effectif titulaire d’un baccalauréat en sciences infirmières augmente graduellement et se situe à 48 % au 31 mars 2020. Cette proportion est plus élevée chez les jeunes : elle atteint 56 % chez les moins de 40 ans. Cet engouement des plus jeunes pour la formation universitaire peut-il laisser entendre que cette formation les prépare mieux aux défis actuels du marché du travail?

 

La plus forte croissance du nombre d’IPS depuis 2015-2016

Au 31 mars 2020, l’OIIQ comptait 701 IPS, soit quelque 140 de plus que l’année précédente; il s’agit d’une croissance de 25 %. La majorité des IPS, soit 568, sont spécialisés en soins de première ligne, mais on compte aussi des IPS en soins aux adultes (88) et en néonatalogie (24), ainsi que des IPS dans deux nouvelles spécialités, soit les soins pédiatriques (2) et la santé mentale (19). La croissance devrait s’accélérer au cours des prochaines années, puisqu’un peu plus de 600 membres de l’OIIQ sont présentement en formation pour devenir IPS, toutes spécialités confondues. Afin de maintenir le niveau de croissance, il est essentiel de pouvoir compter sur un bassin en nombre suffisant d’infirmières et d’infirmiers titulaires d’un baccalauréat en sciences infirmières, puisqu’il s’agit d’une condition pour entreprendre les études de deuxième cycle menant à l’obtention du certificat de spécialiste.

 

Pour en savoir davantage :

 

À propos de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

L’OIIQ est le plus grand ordre professionnel dans le domaine de la santé au Québec. Il est régi par la Loi sur les infirmières et les infirmiers et par le Code des professions. L’OIIQ est également guidé par ses valeurs de gouvernance que sont la confiance, la bienveillance, le respect et l’équité. Il compte quelque 78 000 membres et quelque 16 000 étudiants immatriculés. Sa mission est d’assurer la protection du public par et avec les infirmières et infirmiers, tout en veillant à l’amélioration de la santé des Québécois. L’OIIQ a également pour mandat d’assurer la compétence et l’intégrité des infirmières et infirmiers du Québec ainsi que de contribuer à la promotion d’une pratique infirmière de qualité.