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Prix et distinction
Grand Prix Innovation clinique Banque Nationale 2017

Pour les femmes vivant une fausse couche et leur partenaire

Par Nathalie Boëls

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01 janv. 2018
Pour les femmes vivant une fausse couche et leur partenaire

Le projet baptisé « Transformation des pratiques pour une prise en charge optimale de la femme qui vit une fausse couche à l’urgence et de son partenaire » est né du constat de Serge Gauvreau, infirmier et coordonnateur clinicoadministratif des salles d’urgence du CISSS de l’Outaouais. Avant la mise en place du projet, les femmes évoquaient plusieurs déceptions dans leur prise en charge à l'urgence.

« En 2015, je recevais jusqu’à cinq plaintes par mois de femmes enceintes qui venaient à l’urgence avec les symptômes d’une fausse couche », explique Serge Gauvreau. Elles évoquaient la banalisation des risques de fausse couche par l’infirmière de triage, le temps d’attente très long, la mise de côté de leur partenaire et le manque d’informations sur le suivi et les ressources existantes après leur sortie de l’urgence. « Une fausse couche dans les vingt premières semaines de grossesse, c’est traumatisant. Notre objectif est de transformer l’expérience de ces femmes, de ces couples et des intervenants à l’urgence », explique Francine de Montigny, infirmière et professeure titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Francine de Montigny et Chantal Verdon, infirmière et professeure à l’UQO, ont donc interrogé par sondage 251 femmes et 183 infirmières des urgences. Elles ont aussi rencontré en entrevue 70 femmes et 40 hommes de quatre régions du Québec. Les couples ont soulevé plusieurs problèmes dans leur prise en charge à l’urgence : manque d’informations médicales sur le déroulement de la fausse couche, sur la disposition du foetus, sur les suites de la fausse couche, sur le moment approprié pour entreprendre une autre grossesse, etc.


Une intervention plus humaine

Les chercheures ont donc conçu une formation réflexive de quatre heures qui s’arrime aux besoins des intervenants. En début d’atelier, les animatrices prennent le temps d’écouter ce que chacun trouve difficile dans sa prise en charge des fausses couches à l’urgence. « C’est un moment d’apprentissage personnel sur ce que la rencontre avec quelqu’un qui souffre fait résonner en eux et aussi sur leurs attentes dans leur travail », dit Chantal Verdon. Ils réfléchissent ensuite à la manière d’accompagner la femme et son partenaire. « On ne demande pas aux infirmières de l’urgence de faire plus, mais de faire différemment. Les petits gestes font la différence », ajoute-telle.

Les croyances des participants sont ébranlées. « Ils réalisent que les parents ne demandent pas nécessairement du temps, mais qu’un contact visuel, de la chaleur dans la voix peut faire une différence. C’est de créer une relation. Elle sera aidante et thérapeutique par elle-même. » Depuis la mise en place de cette formation, Serge Gauvreau a reçu une seule plainte en 18 mois. « L’intervention est plus humaine. Le personnel infirmier accorde une importance à l’expérience des couples et les dirige, lorsque cela est possible, vers une salle privée. »
 

Le Grand prix Innovation clinique 2017 Banque Nationale a été remis à deux projets ex aequo. 


  

 

De gauche à droite : François-Régis Fréchette, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Outaouais, Chantal Verdon, professeure agrégée à l’Université du Québec en Outaouais, Francine de Montigny, professeure titulaire, Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles et Serge Gauvreau, coordonnateur clinico-administratif des salles d’urgence.
De gauche à droite : François-Régis Fréchette, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Outaouais, Chantal Verdon, professeure agrégée à l’Université du Québec en Outaouais, Francine de Montigny, professeure titulaire, Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles et Serge Gauvreau, coordonnateur clinico-administratif des salles d’urgence.

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