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Survol

Proches aidants. Proportion élevée de symptômes dépressifs

Nathalie Boëls

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31 oct. 2018
Proches aidants. Proportion élevée de symptômes dépressifs

La santé des proches aidants peut se dégrader quand ils s’occupent d’une personne ayant été hospitalisée en soins critiques. Cette conclusion s’est imposée aux chercheurs du Groupe canadien de recherche en soins intensifs qui ont suivi pendant sept ans 238 proches aidants s’étant dévoués auprès d’une personne ayant été hospitalisée pendant au moins sept jours dans une unité de soins intensifs (Cameron et al., 2016).

L’objectif de l’étude était de documenter leurs symptômes dépressifs, leur bien-être psychologique, leur qualité de vie, leur sentiment d’avoir le contrôle sur leur vie et les conséquences pour eux de devoir s’occuper d’autrui tout en menant leurs propres activités.

Les données des chercheurs proviennent de l’hôpital et de questionnaires remplis par les proches aidants sept jours puis trois, six et douze mois après la sortie du patient de l’unité de soins intensifs. L’âge moyen des proches aidants était de 53 ans, 70 % étaient des femmes et 61 % s’occupaient d’un conjoint ou d’une conjointe. Un pourcentage élevé d’entre eux (67 % initialement et 43 % au bout d’un an) ont déclaré de hauts niveaux de symptômes dépressifs. Ces symptômes diminuent dans l’année chez 84 % d’entre eux.

Les symptômes de dépression et de mal-être psychologique sont plus marqués chez les proches aidants plus jeunes, chez ceux pour qui soutenir un proche occasionne davantage de répercussions sur leurs autres activités, qui reçoivent moins de soutien et qui ont l’impression d’avoir moins de contrôle sur leur vie. Ceux dont la santé physique a été la plus affectée donnaient davantage de soins, étaient plus âgés et avaient un revenu familial annuel inférieur à 50 000 $.

« Nous tenons trop souvent pour acquis la santé des proches aidants. »

Besoins du proche aidant

« Nous sommes conscients du stress vécu par nos patients aux soins intensifs, mais nous tenons trop souvent pour acquis la santé de leurs proches aidants, déplore le Dr Ken Flegel, professeur de médecine à l’Université McGill, dans un éditorial du Canadian Medical Association Journal. […] Nos patients sont soulagés par la médication, parfois par le sommeil. Mais leurs proches aidants, eux, doivent soudainement faire face à la nécessité de répondre aux besoins d’un être cher en même temps qu’à leurs propres besoins. » (Flegel, 2017).

Il est impossible d’empêcher tout stress chez un proche aidant, mais on peut le diminuer, ajoute-t-il. « La première chose à faire, comme professionnel de la santé, est de déterminer qui est le proche aidant et de lui demander comment il fait face à la situation. » On discutera avec lui de l’importance de rester bien portant, conseille le Dr Flegel, car la présence du proche aidant en soi est un facteur contribuant à la guérison du patient. Le proche aidant doit donc admettre qu’il est tout à fait légitime de s’occuper de soi.

De plus, les rencontres du patient et du proche aidant ensemble avec le professionnel de la santé sont importantes afin que les deux entendent et comprennent la même information.

« Les rencontres avec le proche aidant seul le sont tout autant, afin de donner à ce dernier l’assurance que ses préoccupations sont comprises, qu’il a la capacité de fournir certains soins requis et qu’il est formé pour le faire. De l’information claire sur le diagnostic, le pronostic et les décisions à prendre doivent être fournies tôt au proche aidant et uniquement par des professionnels de la santé faisant partie de l’équipe soignante du patient. » Enfin, il est important qu’il ait accès à du répit, à du soutien (émotionnel, matériel, informationnel) et à une liste de ressources auxquelles il peut faire appel au besoin.


Références

Cameron, J. I., Chu, L. M., Matte, A., Tomlinson, G., Chan, L., Thomas, C., . . . Herridge, M. S. (2016, 12 mai). «One-year outcomes in caregivers of critically ill patients». New England Journal of Medicine, 374(19), 1831-1841.
Flegel, K. (2017). «Spousal stress in acute illness». Canadian Medical Association Journal, 189(3), E98.