Chronique déontologique

Protéger le public par la promotion de la vaccination

Joanne Létourneau, syndique
Myriam Brisson, directrice adjointe – déontologie / syndique adjointe

|
29 mai 2019

L’actualité récente a mis en lumière des enjeux de santé publique et d’immunisation liés au défaut de procéder à la vaccination de la population afin de prévenir des décès et des complications liés à certaines maladies infectieuses. Un des éléments du champ d’exercice des infirmières consiste à prévenir la maladie. Le législateur, en réservant l’activité de « procéder la vaccination dans le cadre d’une activité découlant de l’application de la Loi sur la santé publique[1] », attribue aux infirmières un rôle et une responsabilité indéniables dans l’éducation à la population, la promotion des programmes de vaccination et la protection de la population contre les maladies évitables par la vaccination. Le libellé de l’activité réservée énonce une condition d’application : l’infirmière l’exerce dans le cadre d’une activité découlant de l’application de la Loi sur la santé publique[2]. Toutefois, l’infirmière se doit aussi de respecter d’autres dispositions de la Loi sur la santé publique, du Code civil du Québec et du Code de déontologie des infirmières et infirmiers, ainsi que des règles de soins infirmiers et du mode d’organisation régionale des services de vaccination[3].

Qu’en est-il des devoirs et obligations déontologiques des infirmières en lien avec la vaccination?

Le Code de déontologie des infirmières et infirmiers indique que l’infirmière doit exercer sa profession selon les normes de pratique et les principes scientifiques généralement reconnus[4]. Elle doit donc, quelles que soient ses propres valeurs et croyances en matière de vaccination, faire preuve d’un sens critique relativement aux messages véhiculés par divers groupes anti-vaccination, réfuter les mythes et donner de l’information fondée sur les meilleures pratiques et les résultats probants. L’infirmière doit se rappeler que le bien-être du client doit être au cœur de sa pratique et qu’elle ne peut donc pas occulter des éléments de compréhension ni appuyer ses explications sur ses croyances personnelles. De plus, pour assurer pleinement son rôle de promotion de la vaccination auprès de la population, elle doit assurer la mise à jour et le développement de ses compétences professionnelles[5].

L’infirmière a également l’obligation de fournir à son client toutes les informations et les explications nécessaires à sa compréhension, et ce, afin d’obtenir son consentement libre et éclairé[6]. S’il s’agit d’un enfant de moins de 14 ans, le consentement du titulaire de l’autorité parentale est obligatoire[7]. Enfin, après avoir fourni au client les informations requises sur, entres autres, les avantages de la vaccination et les risques liés à la maladie que les vaccins permettent de prévenir, l’infirmière doit respecter, si tel est le cas, la décision du client de ne pas se faire vacciner[8].

En faisant la promotion de la vaccination ainsi qu’en se protégeant elles-mêmes et en protégeant leur clientèle des maladies infectieuses, les infirmières assument pleinement leur rôle et leurs responsabilités auprès de la population du Québec[9].

 


[1] Loi sur les infirmières et les infirmiers, RLRQ c. I-8, art. 36. 

[2] Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Le champ d’exercice et les activités réservées des infirmières et infirmiers, 3e édition, Montréal, 2016, p. 63, en ligne : https://www.oiiq.org/documents/20147/237836/1466_doc.pdf.

[3] Vaccination : pour une prise de décision éclairée de la clientèle

[4] Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ c. I-8, r.9, art. 18.

[5] Id., art. 18.

[6] Id., art. 40 et 41.

[7] La vaccination en cinq points

[8] Code de déontologie des infirmières et infirmiers, préc., note 4, art. 30.

[9] Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Protéger la population par la vaccination : Une contribution essentielle de l’infirmière, Prise de position, Montréal, Direction des services aux clientèles et des communications, OIIQ, 2007.