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Congrès OIIQ : l'expertise infirmière en action

22 nov. 2022
Congrès OIIQ : l'expertise infirmière en action

Si la pandémie a ébranlé le système de la santé, la crise sanitaire a aussi donné aux infirmières et infirmiers l’impulsion de se mobiliser pour en relever les défis et déployer leurs compétences. C’est d’ailleurs sous le thème « L’expertise infirmière en action » que s’est déroulé le Congrès 2022 de l’Ordre, le 22 novembre dernier, au Palais des congrès de Montréal.

Plus de 3 000 participantes et participants, en virtuel ou sur place, se sont penchés sur cette question lors de ce grand rendez-vous, qui représente le plus important rassemblement infirmier au Québec. « Dans la société québécoise, les infirmières et infirmiers sont encore trop souvent reconnus pour leur dévouement et leurs qualités humaines, plutôt que pour leur expertise », a souligné l’animatrice, Marie-France Bazzo, à l’ouverture du Congrès.

« Votre expertise, vous la puisez dans vos savoirs à la fois théoriques et pratiques, a rappelé l’animatrice. Vous la développez grâce à votre expérience clinique tout au long de votre formation et de votre carrière. » Les infirmières et infirmiers ont tout à gagner à faire briller leur expertise et à la faire reconnaître à sa juste valeur. À toutes les étapes de leur cheminement, ils peuvent saisir les occasions de l’affirmer et de l’élargir, par exemple en s’impliquant dans la formation de la relève, en partageant leurs connaissances, en prenant part à des projets innovants ou en jouant un rôle de leader pour améliorer les soins.

Conçu pour les infirmières et infirmiers d’aujourd’hui et de demain, le Congrès leur a donc permis de découvrir, d’apprendre, de s’inspirer et d’acquérir de nouveaux outils pour faire face aux défis de santé de la population québécoise.

Un panel sur l’avenir de la profession

En matinée, le panel « L’audace d’y croire, droit devant! » a réuni six actrices et acteurs du monde infirmier impliqués dans les transformations actuelles du système de santé. « Alors que le gouvernement du Québec est en train de repenser ce système, les infirmières et infirmiers sont déterminés à contribuer à ces changements à la hauteur de leur expertise », a rappelé le président de l’Ordre, Luc Mathieu. «  Contrairement à ce que l’on a déjà vu dans le passé, c’est toute la profession qui est mobilisée aujourd’hui. La pandémie est venue exacerber certains problèmes et a incité les infirmières et infirmiers à passer à l’action. »

Ainsi, en moins d’un an, plusieurs initiatives ont pris forme, comme la tenue d’États généraux ayant mené à la création de l’Alliance pour l’avenir des soins infirmiers au Québec. Cette organisation réunit les voix de 24 associations et experts du secteur des soins infirmiers. Elle porte les 31 recommandations découlant des États généraux concernant le soutien clinique et la réorganisation du travail par l’utilisation du plein champ de pratique des infirmières et infirmiers, a résumé William Tessier, porte-parole de l’Alliance.

Ce regroupement plaide notamment pour un rehaussement de la formation afin que le diplôme universitaire devienne la porte d’entrée à la profession. « Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les cas se complexifient. Les soins ont changé, et nous devons miser sur une formation qui évolue au rythme de la médecine moderne. Il nous faut aussi un référentiel de compétences et des programmes de résidences pour accompagner les infirmières et infirmiers de la relève », a-t-il plaidé.

Ces recommandations semblent trouver une oreille favorable au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui prépare actuellement un plan d’action sur les effectifs infirmiers, a expliqué Elizabeth Arpin, directrice nationale des soins et services infirmiers au MSSS. Déjà, au cours des derniers mois, un groupe de travail réunissant tous les acteurs du domaine s’est penché sur la question. De nombreuses recommandations ont émergé de cette réflexion commune, dont une majorité recoupe celles mises de l’avant dans les États généraux. « Avec plus de 82 000 membres, aucune autre profession au Québec n’est aussi importante. Il faut vous faire entendre et vous faire voir », a lancé Elizabeth Arpin. Bref, les vents semblent favorables à l’avancement de la profession.

Une journée, trois parcours

Cet intéressant panel a mis la table pour le Congrès 2022. Pendant toute la journée, infirmières, infirmiers et futurs membres de l’Ordre ont été invités à réfléchir à leurs forces distinctives, à s’outiller et à apprendre. Cette année, les participantes et participants avaient le choix entre trois programmes : le parcours Infirmier, destiné aux membres de la profession; le parcours Examen, réservé aux étudiantes et étudiants, et le parcours Intégration, à l’intention des infirmières et infirmiers diplômés hors Canada. « Ces trois cheminements complémentaires répondaient aux besoins des participantes et participants par des activités adaptées à leurs différentes réalités », souligne Olivier Rémillard, conseiller pédagogique à l’Ordre.

Parcours Infirmier : mettre l’accent sur la pratique et les enjeux de la profession

Axés sur la pratique et les enjeux de la profession, une vingtaine d’ateliers étaient à l’horaire du parcours Infirmier. Pour la première fois cette année, chacun des 10 projets régionaux sélectionnés dans le cadre du concours Innovation infirmière Banque Nationale faisait aussi l’objet d’un atelier pendant le Congrès, explique Joanie Belleau, conseillère à la Direction, Développement et soutien professionnel de l’Ordre. « Ces ateliers ont mis en lumière l’expertise des équipes régionales en leur offrant plus de temps pour expliquer leur projet et une occasion de le faire rayonner, explique-t-elle. Les équipes lauréates ont donc pu partager leurs façons de déterminer leurs besoins, de trouver des solutions innovantes et de mettre en œuvre des partenariats pour concrétiser leur idée. »

Les étudiantes et étudiants ainsi que les infirmières et infirmiers diplômés hors Canada ont aussi pu se joindre à ces ateliers pour découvrir ces projets novateurs.

Parcours Examen : commencer du bon pied

Les étudiantes et étudiants inscrits au parcours Examen n’ont pas été déçus par cette journée riche en activités. En plus de la conférence « Si l’examen m’était conté », qui a démystifié ce passage obligé pour exercer la profession, ils ont également pu entendre deux témoignages, l’un en français et l’autre en anglais, offerts par des membres de la relève qui venaient tout juste de franchir cette étape importante et qui ont dévoilé leurs bons et leurs moins bons coups.

Les candidates et candidats à la profession ont ensuite assisté à l’atelier « Mythes et réalités sur l’examen ». Cette présentation visait à les rassurer sur les rumeurs qui circulent autour de cette évaluation professionnelle, explique Chantale Lemieux, infirmière, conseillère à la Direction, Admissions et registrariat de l’Ordre et coanimatrice des activités de ce parcours. « Si les candidates et candidats ont l’impression d’arriver au bâton avec deux prises contre eux, ça influence la façon dont ils se préparent, arrivent à l’examen et répondent aux questions », explique-t-elle.

En complément, les infirmières et infirmiers de demain étaient invités à un atelier où ils avaient l’occasion de répondre à des questions d’anciens examens – une première appréciée, note Chantale Lemieux. « Les participantes et participants se sont vraiment prêtés au jeu. Ils sont venus au micro et ils ont osé! J’ai été très impressionnée. Même s’ils sont encore en formation, ils ont été capables de déterminer les bonnes réponses. » Au terme de leur parcours, les quelque 700 étudiantes et étudiants inscrits au Congrès sont repartis mieux outillés pour réussir cet examen.

Parcours Intégration : se préparer au choc culturel

Lors du Congrès, une centaine d’infirmières et infirmiers diplômés hors Canada souhaitant intégrer la profession au Québec ont également pu participer à ces ateliers sur l’examen. Dans le cadre du Parcours Intégration, conçu sur mesure pour eux, ils ont aussi pu écouter le témoignage de trois professionnels infirmiers provenant du Brésil, du Liban et de la Tunisie. Malgré la difficile impression de repartir à zéro en sol québécois, ils apprécient leur travail ici, ont-ils raconté. Ils ont livré aux participantes et participants quelques conseils pour réussir leur intégration, comme ne jamais abandonner, faire preuve d’ouverture et éviter les comparaisons avec leur pays d’origine.

Ces futurs membres de l’Ordre ont ensuite poursuivi la discussion autour du choc culturel, des valeurs et de la réalité entourant la pratique au Québec. Dans un atelier animé par Viviane Fournier, professeure et directrice de maîtrise en sciences infirmières à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, les participantes et participants ont pu raconter leur expérience et partager leurs stratégies pour réussir leur adaptation. « C’est important de réaliser que nous ne sommes pas les seuls à se heurter à ce genre d’embûches, que c’est tout à fait normal. Ces ateliers leur ont offert des outils pour affronter leur réalité », note Olivier Rémillard, coanimateur du parcours.

L’art du lâcher-prise

En début d’après-midi, l’ensemble des participantes et participants ont été conviés à une conférence de Kim Thúy, « Le succès de mes échecs ». Avec la verve qu’on lui connaît, l’auteure a souligné la grande influence que l’expertise infirmière a eue dans sa vie au Québec.

Devant une foule captivée, Kim Thúy a ensuite livré un émouvant témoignage sur son enfance au Vietnam, puis sur sa fuite, à l’âge de dix ans, avec sa famille comme boat-people. «  Quand on vit dans un pays comme le Vietnam, qui a été une colonie française pendant 100 ans, puis en guerre pendant 20 ans, on perd le contrôle, on apprend à lâcher prise. » La fin du conflit armé et l’arrivée au pouvoir d’un parti communiste n’ont pas amélioré la situation, au contraire. « Le gouvernement contrôlait tout et pouvait confisquer autant les porcs des fermiers qu’un piano dans une maison. Tout devenait propriété du gouvernement. » Même son avenir – et celui de ses frères qui devaient être envoyés au front – était joué d’avance.

À peine débarqués dans un camp de réfugiés en Malaisie, elle et sa famille ont vu leur bateau se désintégrer et sombrer presque aussitôt, sous l’effet d’une simple pluie. Kim Thúy a alors réalisé qu’il s’en était fallu de peu. Au cours de son périple en mer et de son séjour dans le camp de réfugiés, elle a fait face à la faim, à l’insalubrité, au manque d’eau et à la promiscuité. « Quand tu fais l’expérience de tous ces aléas, le reste devient tellement facile. Tu réalises que tu n’as aucun pouvoir, aucun contrôle sur quoi que ce soit. »

Toute sa vie, Kim Thúy se rappellera l’accueil chaleureux qu’elle a reçu en arrivant à Granby, après des semaines dans des conditions de vie difficiles. « Par leur regard, les gens qui m’ont accueillie m’ont redonné ma dignité et mon humanité. Je ne me suis jamais sentie aussi belle qu’à ce moment-là. À cette première seconde, je suis devenue Québécoise. C’est le plus beau cadeau du monde et, encore aujourd’hui, je pense que je peux exercer tout ce lâcher-prise grâce à ce regard qui m’a permis de déployer mes ailes », a-t-elle conclu.

Le temps de briller

Tout au long de la journée, les participantes et participants avaient été invités à répondre à la question « Comment mettrez-vous votre expertise en action? » et à cibler un outil concret, découvert pendant le Congrès, qu’ils pourraient utiliser dès leur retour dans leur milieu professionnel. Au terme de la journée, des mots comme « leadership », « innovation », « inspiration » et « savoirs » ont émergé de cette réflexion concertée, illustrée au grand écran par un nuage de mots. « Ce sont des termes très positifs, qui parlent de confiance en soi et d’audace, a souligné Marie-France Bazzo. On l’a dit plus tôt, le moment de briller est venu pour les infirmières et infirmiers. Quand je vois la confiance qui se reflète dans ces mots, je pense qu’on ne passera pas à côté de ce moment. »

«  Je termine ces deux jours avec de grands espoirs pour la profession, a enchaîné Luc Mathieu. Un momentum est en train de s’installer et la mobilisation est forte. Il est temps de passer à l’action ensemble, en parlant d’une seule voix. Tous les ingrédients sont réunis. »

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