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Prestation des soins infirmiers au Québec

L’OIIQ déplore l’influence des questions budgétaires sur la réponse aux besoins des patients

La prestation sécuritaire des soins devrait être encadrée par des directives claires

Montréal, le 24 mars 2015 – 

Les soins infirmiers devraient être organisés en fonction des besoins des patients plutôt qu’en fonction des contraintes budgétaires du réseau de la santé et des services sociaux. Or, la situation actuelle fait en sorte que ce sont trop souvent des impératifs financiers qui déterminent le nombre d’infirmières en place et la composition de l’équipe de soins infirmiers.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) est d’avis que les besoins en soins de plus en plus complexes des patients, tant en milieu hospitalier que dans les soins de proximité, donnent davantage d’importance à la question de la prestation sécuritaire des soins infirmiers. Il estime en outre que la réduction du nombre d’infirmières ou leur remplacement par d’autres catégories de personnel en soins infirmiers n’ayant pas les connaissances, les compétences ou l’expérience requises ne permet pas l’atteinte des objectifs de qualité et de sécurité des soins et des services.

Ce qu’on entend par « prestation sécuritaire » des soins
La notion de « prestation sécuritaire » des soins infirmiers est inscrite dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux. Dans les milieux de soins, cela veut dire : s’assurer que les patients reçoivent les soins infirmiers dont ils ont besoin; réduire le nombre d’incidents qui peuvent être évités, comme des erreurs de médicaments, des chutes ou des infections acquises en milieu de soins; réduire les impacts comme le nombre de réadmissions à l’hôpital et la durée moyenne de séjour.

Un usage inefficace des ressources disponibles
Pour l’OIIQ, trop de décisions au sujet des équipes de soins sont justifiées par des impératifs budgétaires. De plus, les activités qui sont confiées aux infirmières et qui n’ont pas de valeur ajoutée pour les patients créent des situations qui peuvent compromettre la prestation sécuritaire des soins infirmiers.

Plusieurs études ont, en effet, examiné le rapport entre la qualité et la sécurité des soins infirmiers et le nombre d’infirmières, leur formation, leurs responsabilités et la composition des équipes de soins. Les résultats démontrent une association entre l’un ou plusieurs de ces éléments et des indicateurs de qualité liés aux soins infirmiers, par exemple, les taux d’erreurs de médicaments, la prévalence des plaies de pression et des chutes, des failles dans le processus de soins infirmiers et des infections acquises en milieu de soins. Ces événements indésirables nuisent à l’atteinte de résultats de soins optimaux pour les patients et se traduisent souvent par une augmentation de la durée moyenne des séjours hospitaliers, des réadmissions hospitalières et des taux de mortalité à l’intérieur de 30 jours.

D’autres études démontrent par ailleurs qu’une charge de travail infirmier élevée et une sous-utilisation des connaissances et des compétences des infirmières auraient un impact sur la satisfaction au travail ainsi que sur la rétention et le recrutement des infirmières, pouvant occasionner des coûts importants en heures supplémentaires et en dépenses liées au recrutement. Selon le Canadian Nursing Advisory Committee, l’utilisation non optimale de l’expertise des infirmières constitue un usage inefficace des ressources financières du système de santé.

Les membres de l’OIIQ préoccupés par la situation
« Nos membres nous font aussi part de leurs observations sur le terrain et se disent préoccupés par les risques liés au nombre insuffisant d’infirmières et d’infirmiers et à son impact sur les soins », indique la présidente de l’OIIQ, Lucie Tremblay. « C’est pourquoi, par le biais de la prise de position que nous rendons publique aujourd’hui, l’OIIQ veut notamment soutenir ses membres afin que l’évaluation initiale et continue des besoins des patients serve d’assise pour déterminer les connaissances, les compétences et les habilitations requises, le nombre d’infirmières et la composition de l’équipe de soins, et ce, pour répondre aux objectifs de qualité et de sécurité des soins et services pour les patients. »

« Les Québécois s’attendent à ce que les soins soient donnés par les personnes qui ont les compétences requises. Il faut donc revenir à la base et organiser les équipes de soins d’abord en fonction des besoins des patients », croit Lucie Tremblay.

Quatre demandes claires
Dans le cadre de sa prise de position, l’OIIQ demande donc au ministère de la Santé et des Services sociaux :

  • de définir, avec les instances concernées, notamment l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, des lignes directrices provinciales sur la prestation sécuritaire des soins infirmiers dans les différents milieux de soins;
  • de s’assurer du respect, par les établissements, de ces lignes directrices;
  • d’inclure à l’entente de gestion des établissements des indicateurs de qualité sensibles aux soins infirmiers et en assurer le suivi;
  • de définir et de mettre en place, avec les instances concernées, des mécanismes pour que les directrices des soins infirmiers puissent définir le nombre d’infirmières, les qualifications requises et la composition de l’équipe de soins selon l’évaluation initiale et continue des besoins en soins infirmiers des patients.

La réorganisation du réseau : une occasion à saisir
L’OIIQ souligne que le cadre législatif du Québec fait clairement écho à sa prise de position. Il en va ainsi de l’article 2 (par. 8.1) de la Loi sur les services de santé et les services sociaux, qui établit un mode d’organisation des ressources humaines, matérielles et financières destiné notamment à « assurer aux usagers la prestation sécuritaire de services de santé et de services sociaux ». L’article 172 (par. 4) de la même loi stipule que l’une des responsabilités du conseil d’administration d’un établissement est de « s’assurer de la pertinence, de la qualité, de la sécurité et de l’efficacité des services dispensés ». Enfin, l’article 207 (par. 1) attribue aussi des responsabilités claires en cette matière aux directrices de soins infirmiers.

« À titre d’ordre professionnel, nous devons veiller à la protection du public et c’est pour cette raison que nous réclamons un mode de prestation des soins qui soit d’abord et avant tout au service des patients. La réorganisation du réseau nous offre l’occasion de prendre un nouveau départ et nous devons la saisir », de poursuivre Lucie Tremblay.

L’OIIQ estime qu’il sera aussi important que les directrices de soins infirmiers exercent leur leadership afin de s’assurer que les besoins des patients sont au cœur de la détermination de la composition des équipes de soins infirmiers dans les milieux de soins. « Ce leadership est déjà à l’œuvre dans différents établissements et les résultats sont éloquents. Tous les Québécois ont intérêt à ce qu’il s’exerce sur une grande échelle », observe Lucie Tremblay.

À propos de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec
L’OIIQ est un ordre professionnel régi par la Loi sur les infirmières et les infirmiers et par le Code des professions. Au 31 mars 2014, il comptait 73 145 membres et quelque 15 000 étudiants immatriculés. Sa principale mission est d’assurer la protection du public par la surveillance de l’exercice de la profession infirmière. L’OIIQ a également pour mandat de promouvoir une pratique infirmière de qualité et de contribuer au maintien des compétences des infirmières.

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Renseignements :
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