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Perspective infirmière | novembre-décembre 2020

Soins et services aux personnes âgées : L’expertise infirmière au cœur des soins humanistes

Anne-Caroline Platret

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12 nov. 2020
Soins et services aux personnes âgées : L’expertise infirmière au cœur des soins humanistes
Fondation | Soins et services aux personnes âgées

Les personnes âgées de 75 ans et plus forment un groupe croissant au sein de la population québécoise. Plusieurs d’entre elles sont non seulement aux prises avec des maladies chroniques susceptibles d’affecter leur autonomie et leur qualité de vie, mais également appelées à naviguer dans un système de soins et de services complexe qui aggrave leur situation de vulnérabilité.

Dans cette optique, l’équipe du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (CCSMTL), en partenariat avec des chercheurs, a mis en place un projet organisationnel qui place l’expertise infirmière au cœur des soins humanistes dispensés à cette clientèle tout au long du continuum de soins et de services.

Les co-créatrices de ce projet sont Ginette Senez, directrice du programme de soutien à l'autonomie des personnes âgées (SAPA) au CCSMTL, Véronique Dubé, professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, et Odette Roy, chercheuse clinicienne, de même que Éric Maillet, professeur à l’Université de Sherbrooke. Ils sont entourés d’une équipe engagée dans la réalisation de ce projet d’envergure. Dans ce projet clinique, le caractère unique du modèle humaniste en soins infirmiers se distingue par la mise en évidence des valeurs fondamentales de la profession infirmière au regard du respect, de la dignité humaine, de l’intégrité et de la liberté de choix de la personne soignée. Ce modèle apporte une grande valeur ajoutée dans le fait qu’il reconnaît le soin comme un accompagnement de la personne par l’infirmière, qui mise principalement sur le potentiel de la personne et sur son pouvoir d’agir.

Les aînés du Québec : une priorité

Les professionnels de la santé le savent depuis longtemps : il est urgent, en déployant les outils nécessaires, de mieux prendre soin des personnes âgées. Triste coïncidence, les épreuves que nous avons dû affronter cette année, causées par la pandémie, nous rappellent à l’ordre et soulignent une fois de plus ce caractère d’urgence.  L’origine du défi vient du fait que, trop souvent, les personnes âgées sont considérées comme passives et incapables de prendre des décisions. Nous pouvons fréquemment observer que ce sont les autres qui décident pour elles, malgré leur pleine capacité à décider. Des soins et des interventions humanistes viennent justement rappeler que, même en situation de fragilité et de vulnérabilité, l’autodétermination de la personne âgée et le contrôle qu’elle peut exercer sur sa vie sont présents, et ce, peu importe où elle se trouve sur sa trajectoire de vie. Comme toutes les autres, la personne âgée de 75 ans et plus souhaite être respectée dans son intégrité en fonction de son histoire de vie, de ses expériences et de ses préférences. Elle veut donner du sens à son expérience de santé en étant en mesure de comprendre ce qui se passe, de bénéficier de soins et d’interventions qui l’aident à s’impliquer dans les choix au regard de sa condition de santé et dans ses traitements – le tout, afin d’optimiser le potentiel de recouvrement de la santé et de sa qualité de vie.

Les personnes âgées de 75 ans et plus sont appelées à naviguer dans un système de santé complexe qui les conduira à vivre de nombreux changements sur le continuum de soins et de services. Il suffit de penser à des événements critiques comme l’admission à l’hôpital à la suite d’une détérioration de l’état de santé, l’annonce d’un sombre diagnostic, la planification et l’organisation de soins à domicile, les traitements complexes en centre ambulatoire, ou encore les multiples décisions à prendre en matière de santé, d’hébergement ou de fin de vie.

La personne âgée exprime alors le besoin d’être considérée comme une personne à part entière, unique, capable de prendre des décisions et de faire des choix au regard de sa santé. Pour ce faire, elle doit pouvoir compter sur des soins axés sur les meilleures pratiques ainsi que sur l’accompagnement, la guidance et le soutien d’infirmières compétentes, à l’écoute, attentives et respectueuses tout au long de son parcours.

« Par ce projet clinique, nous souhaitons, en collaboration avec les infirmières, renforcer la qualité des soins et des interventions humanistes auprès des personnes âgées et de leurs proches, qui se traduisent autant dans le savoir-être de l’infirmière que dans l’ensemble de ses activités : les évaluations de la condition de santé, les soins et les interventions qu’elle prodigue, les suivis qu’elle assure et les résultats de ses actions auprès des personnes âgées et de ses proches », indique Véronique Dubé, professeure agrégée, titulaire de la Chaire de recherche Marguerite-d’Youville d’interventions humanistes en soins infirmiers à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal (Encadré 1).

La subvention de la Fondation

La Fondation de l’OIIQ a accordé la subvention 2020 Pour mieux soigner, d’un montant de 225 000 $, au CCSMTL pour son projet intitulé « L’humain au quotidien ». « Ce financement permet entre autres à une cinquantaine d’infirmières et infirmiers du CCSMTL de participer à des activités de formation et d’échange sur les soins humanistes, auxquelles se joindront des aînés et leurs proches aidants », souligne Véronique Dubé. De plus, ces infirmières et infirmiers bénéficieront d’un coaching de proximité pour le déploiement d’interventions humanistes dans leur pratique quotidienne.

Ce projet est rendu possible grâce à la générosité des donateurs de la Fondation, qui contribuent notamment lors de leur inscription au Tableau de l’OIIQ.

Quelques spécificités de la composante humaniste

  • Prise en compte de la force des expériences et des savoirs de la personne.
  • Implication, soutien et encouragement de la personne dans la prise de décisions au regard de sa santé (p. ex. : traitement, organisation des soins et des services à domicile, hébergement, fin de vie).
  • Accompagnement des émotions vécues par la personne et ses proches.
  • Considération de la souffrance de la personne (p. ex. : douleur, menace face à la perte d’autonomie, maladie, mort).
  • Soutien dans ce qui est important pour la personne tant sur le plan de sa santé que dans sa vie, et ce, en tenant compte des ressources personnelles, familiales et communautaires dont elle dispose.
  • Renforcement des capacités de la personne à composer avec sa situation de santé (p. ex. : retour à un équilibre, guérison).

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