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Fondation OIIQ
Subvention Pour mieux soigner 2017

Subvention Pour mieux soigner 2017 : Petits patients, grands besoins. Soigner les nouveau-nés prématurés.

Frédérique Morier

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01 sept. 2017
Subvention Pour mieux soigner 2017 : Petits patients, grands besoins. Soigner les nouveau-nés prématurés.

De gauche à droite : Sonia Semenic, Marilyn Aita et Audrey Larone Juneau.

Ce projet est codirigé par Audrey Larone Juneau, cadre-conseil en sciences infirmières, volets soins critiques, au CHU Sainte-Justine, Marilyn Aita, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, et Sonia Semenic, professeure à l’École des sciences infirmières Ingram de l’Université McGill. Il a aussi pour objectif de créer un réseau des unités de soins intensifs néonatals afin de faciliter le transfert des connaissances et d’harmoniser les pratiques au sein des six unités de soins intensifs néonatals du Québec. Outre les unités de soins intensifs néonatals, il repose aussi sur la participation de quatre universités (Tableau 1).

Environ 6 000 bébés naissent prématurément chaque année au Québec (ISQ, 2017). L’excellence des soins infirmiers est d’autant plus nécessaire puisque ces enfants sont particulièrement vulnérables à des complications importantes de santé qui peuvent avoir une influence à long terme sur leur développement. Des pratiques mettent en évidence les connaissances, les compétences et le rôle unique des infirmières liés à la promotion du développement optimal du nouveau-né, à la consolidation de la relation parent-nouveau-né, au soutien émotionnel des parents, à l’humanisation des soins, et à la préparation du congé.

Le soutien financier de 250 000 $ de la Fondation de l’OIIQ permettra, entre autres, le développement d’une communauté virtuelle de pratique réunissant les infirmières des six unités de soins intensifs néonatals afin de per-mettre le partage puis le déploiement des pratiques d’excellence d’une unité néonatale à une autre.

Tableau 1

Unités de soins intensifs néonatals et universités partenaires du projet

  • Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine
  • Centre universitaire de santé McGill (CUSM)
  • Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ)
  • Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR)
  • Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS)
  • Hôpital général juif (HGJ)
  • Université de Montréal
  • Université McGill
  • Université Laval
  • Université de Sherbrooke

 

Créer des liens

La durée d’hospitalisation des nouveau-nés prématurés dans les unités de soins intensifs néonatals peut durer quelques jours ou plusieurs mois. Malgré l’environnement hautement technologique nécessaire aux soins des bébés prématurés, l’approche des infirmières exerçant au sein des unités de soins intensifs néonatals est empreinte d’une profonde humanité. Prodiguer des soins adaptés à cette clientèle extrêmement fragile est bien sûr au cœur de leur pratique.

« Nous tentons de réduire le plus possible le nombre d’intervenants qui gravitent autour de la famille durant le séjour d’un nouveau-né à l’unité », mentionne Audrey Larone Juneau. « Nous tenons à ce que les parents reconnaissent les infirmières qui soignent leur nouveau-né. » Cette approche contribue à créer des liens étroits entre la famille et les infirmières, un facteur d’autant plus important puisque les infirmières jouent un rôle primordial pour l’enseignement et le soutien aux parents en matière de soins à donner aux nouveau-nés.

Infirmières prodiguant des soins auprès d’un nouveau-né prématuré aux soins intensifs néonatals. Crédit photo : Audrey Larone-Juneau.
Infirmières prodiguant des soins auprès d’un nouveau-né prématuré aux soins intensifs néonatals. Crédit photo : Audrey Larone-Juneau.

Les meilleurs soins, partout

Avant de se voir remettre la subvention Pour mieux soigner de la Fondation de l’OIIQ, chaque unité de soins intensifs néonatals fonctionnait de façon indépendante des autres. Ainsi, il était de pratique courante que, par exemple, deux unités conçoivent de la documentation sur un même sujet sans le savoir. La communauté virtuelle de pratique, baptisée CVP-Neon@t, mise sur pied grâce à la subvention Pour mieux soigner, permettra de centraliser les informations et de favoriser à la fois le partage des connaissances et des outils cliniques pouvant être utiles tant aux infirmières qu’aux parents.

La communauté virtuelle de pratique permet non seulement d’éviter les dédoublements, mais surtout, insiste Audrey Larone Juneau, d’assurer une homogénéité des services dispensés aux patients. « En unissant nos forces et notre temps, nous assurons à notre clientèle que, quelle que soit l’unité de soins intensifs néonatals où le nouveau-né est hospitalisé, il aura accès à des soins d’excellence qui s’appuient sur des données probantes. »


Mesurer pour améliorer

La chercheuse Marilyn Aita souligne que les milieux cliniques instaurent de nombreuses initiatives afin d’améliorer la qualité des soins pour le bénéfice des petits patients, mais que celles-ci sont rarement évaluées. « Nous traçons présentement un portait de chaque unité de soins intensifs néonatals, explique-t-elle. Ce processus nous permettra d’estimer les forces et les défis de chacune. Nous pourrons ensuite évaluer les pratiques infirmières dans ces unités sur la base de ce qui s’y fait. »
« Si une unité de soins excelle dans une des pratiques ciblées, explique Audrey Larone Juneau, nous allons nous interroger sur les stratégies utilisées : est-elle attribuable à un certain protocole de soins? À une formation particulière? Nous pourrons ainsi adapter les bonnes pratiques qui auront été ciblées et les diffuser par l’entremise de la communauté virtuelle de pratique, afin de répondre aux besoins des infirmières de toutes les unités de soins intensifs néonatals. »
 

Quatre pratiques phare en soins néonatals

Soutenues ou instaurées par les infirmières, ces pratiques permettent la réduction de la morbidité néonatale, l’épanouissement des compétences parentales, un meilleur développement neurologique du nouveau-né et une réduction de son séjour hospitalier :

  • soutien à l’allaitement maternel;

  • contact peau à peau;

  • soins de développement;

  • soins centrés sur la famille.

Infirmière assurant la surveillance clinique des données cardiorespiratoires d’un patient de l’unité de soins intensifs néonatals. Crédit photo : Audrey Larone-Juneau
Infirmière assurant la surveillance clinique des données cardiorespiratoires d’un patient de l’unité de soins intensifs néonatals. Crédit photo : Audrey Larone-Juneau

Les interventions privilégiées devront être éprouvées, peu coûteuses et mises en œuvre par des infirmières. Il existe en effet de nombreuses données probantes très convaincantes sur les bienfaits de l’allaitement et du contact peau à peau, par exemple, mais malheureusement ces pratiques peuvent dans certains cas se révéler complexes à implanter et, lorsqu’elles le sont, ne pas être appliquées uniformément d’une unité à l’autre. Il n’existe aucun doute, en revanche, sur le fait que, grâce à leur expertise et à leurs liens privilégiés avec les petits patients et leurs familles, les infirmières sont les mieux placées pour favoriser l’implantation de ces meilleures pratiques. Le projet vise, rappelons-le, à donner les leviers nécessaires aux infirmières pour que les familles puissent en bénéficier partout.


Communauté virtuelle, retombées réelles

Le versement de la subvention de la Fondation de l’OIIQ s’échelonne sur deux ans. Au cours des deux prochaines années, une infirmière leader au sein de chacune des six unités de soins intensifs néonatals contribuera à développer, alimenter et consolider la communauté virtuelle de pratique CVP-Neon@t. Bien qu’elle ne soit accessible à l’heure actuelle qu’aux infirmières des unités de soins intensifs néonatals, cette plateforme web aura, à terme, des retombées auprès de l’ensemble des infirmières travaillant dans ces milieux. Enfin, il est aussi envisagé qu’elle soit accessible à l’ensemble des unités néonatales du Québec ainsi qu’aux parents de nouveau-nés.
 

Duo clinicien chercheur

La partie la plus innovante du projet clinique repose sur l’étroite collaboration entre le volet clinique et la recherche. Ce partenariat permettra d’appliquer des pratiques exemplaires ayant fait leurs preuves. Huit chercheuses infirmières participent également à ce projet afin d’en assurer la rigueur scientifique. « Le projet met en valeur le travail de l’infirmière et son expertise. Il démontre que l’on est capable d’utiliser la recherche au quotidien pour instaurer et implanter les pratiques infirmières », conclut Audrey Larone Juneau. Pour Marilyn Aita, la grande innovation de ce projet est le fait qu’il implique autant de centres. « Il est rare de voir l’arrimage d’autant de milieux cliniques et de chercheurs d’autant d’universités. La collaboration est étroite. »

L’attribution de la subvention Pour mieux soigner est rendue possible grâce à la générosité des donateurs de la Fondation de l’OIIQ.

 

 


Référence

Institut de la statistique du Québec (ISQ). « Naissances selon la durée de la grossesse et le poids à la naissance, Québec 1980-2013 », 8 mars 2017.

Pour aller plus loin