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Pratique clinique

Syndrome d’hyperémèse cannabinoïde

Caroline Collerette, B. Sc. inf., M. Sc. inf. (c), et Emmanuelle Lepire, B. Sc. inf., M. Sc. inf. (c)

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01 janv. 2019
Syndrome d’hyperémèse cannabinoïde
© De Canna Obscura/Shutterstock

Le cannabis récréatif, légalisé depuis le 17 octobre 2018 (L.C. 2018, c. 16), représente un enjeu majeur pour le système de santé. Les effets du cannabis sont multiples, plusieurs études ayant démontré les risques d’en consommer (Hall, 2017; Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, 2018; George et Vaccarino, 2015). Parmi ceux-ci figure le syndrome d’hyperémèse cannabinoïde (SHC), de plus en plus fréquent chez les adultes qui consomment du cannabis sur une base régulière, mais peu connu des professionnels de la santé et, par conséquent, sous-diagnostiqué (Desjardins, Jamoulle, Taddeo et Stheneur, 2015).

Depuis quelques années, des recherches et études de cas tentent de comprendre le SHC lié à la consommation chronique de cannabis. En général, ce syndrome se manifeste soudainement après plusieurs années d’une consommation importante et régulière de cannabis, et ce, sans que le patient n’ait été symptomatique auparavant (Sullivan, 2010; Allen, de Moore, Heddle et Twartz, 2004). Poser le diagnostic peut prendre jusqu’à 10 ans (Bluementrath, Dohrmann et Ewald, 2017). Le plus souvent, la personne aura d’abord subi plusieurs examens puis aura été évaluée en médecine spécialisée pendant toutes ces années. L’intérêt de poser un diagnostic précoce semble donc évident (Allen, et al., 2004; Patterson et al., 2010; Sun et Zimmermann, 2013; Bluementrath et al., 2017).

Manifestations

Le SHC se manifeste habituellement au début de la vingtaine, mais des cas sont rapportés jusqu’à la fin de la quarantaine (Iacopetti et Packer, 2014; Jones et Abernathy, 2016). Être âgé de moins de 50 ans et consommer du cannabis de façon chronique, c’est-à-dire plus de quatre fois par semaine, et ce, depuis plusieurs années, constituent les principaux facteurs de risque. Ce syndrome comporte trois phases : prodromale, active (hyperémèse) et de rétablissement (Sun et Zimmermann, 2013) (Tableau 1).

Pour soulager leur douleur, les patients touchés par le SHC affirment passer plusieurs heures sous une eau très chaude dans la douche ou dans une baignoire très chaude, et ce, plusieurs fois par jour (Ghouri, Chouhan, Hoffman et Guha, 2015). Certains peuvent même passer plusieurs jours consécutifs sous l’eau chaude (Allen et al., 2004; Hickey, Witsil et Mycyk, 2013). Plus l’eau est chaude, meilleur serait le soulagement (Allen et al., 2004). Durant la phase active, les symptômes sont difficiles à soulager autrement que par ce moyen, car la plupart des antiémétiques se révèlent inefficaces chez les personnes touchées (Allen et al., 2004; Jones et Abernathy, 2016; Ghouri et al., 2015).

Chez ces patients, le besoin de prendre une douche chaude est un comportement qui vise à diminuer les douleurs abdominales; il ne faut donc pas confondre ce comportement avec un trouble de type obsessionnel-compulsif (Figure 1). Bien qu’il cesse lorsque le syndrome est résolu, ce besoin est contraignant pour le patient et nuit considérablement à ses activités quotidiennes (Allen, et al., 2004; Sun et al., 2013). De plus, en raison de la médiatisation du cannabis à des fins médicales, certains d’entre eux augmentent leur consommation en croyant se traiter, mais ils ne parviennent qu’à exacerber les symptômes du SHC.

La phase de rétablissement est atteinte à l’arrêt de la consommation, seul traitement à ce jour. Le sevrage du cannabis induit des symptômes physiques qui ne représentent pas un danger pour l’intégrité physique de la personne et qui ne nécessitent pas de consultation médicale d’emblée. Les symptômes pouvant être présents à la cessation sont, par exemple : irritabilité, anxiété ou nervosité, insomnie, perte d’appétit et sueurs (DSM-5). Un soutien à l’arrêt sous forme de suivi de réadaptation ou de suivi psychologique est recommandé selon les difficultés vécues par la personne (Allen, et al., 2004; Sun et al., 2013; Iacopetti et al., 2014).

« Ce syndrome se manifeste soudainement après plusieurs années de consommation importante et régulière de cannabis. »

 


Références

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