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Alors que 15 000 infirmières sont à l'aube de la retraite

La relève infirmière d'aujourd'hui et de demain peut combler les départs

Depuis plusieurs années, l'OIIQ sonne l'alarme face au départ à la retraite inévitable d'un très grand nombre d'infirmières issues de la cohorte des baby-boomers. Alors que le nombre de départs d'infirmières de 55 ans ou plus est déjà à la hausse depuis les cinq dernières années, une solution se révèle gagnante : l'attrait de la profession chez la relève. En effet, les entrées dans la profession dépassent les retraites de 66 % en moyenne annuellement, et tout permet de croire que cette situation perdurera au cours des prochaines années. Infostats apporte un éclairage nouveau sur l'impact des départs à la retraite.

Le graphique 1 montre que le nombre d'infirmières âgées de 55 ans ou plus a presque doublé depuis le début des années 2000, passant de 8 037 en 2001-2002 à 15 476 en 2010‑2011. Toutefois, on note que le rythme de croissance ralentit à compter de 2007-2008, alors que le nombre de départs d'infirmières de 55 ans ou plus faisait un bond de presque 400 (de 1 508 à 1 883) l'année précédente (2006-2007). Depuis, les sorties se maintiennent autour de 1 900 par année.

Si le rythme des départs se maintient, le graphique 1 montre que le nombre d'infirmières âgées de 55 ans ou plus devrait, dès cette année (2011-2012), plafonner à environ 16 000 et ce, jusqu'en 2015-2016; à cette date, les départs à la retraite culmineront au-dessus de 2 200. Les dernières infirmières de la cohorte des baby-boomers seront alors arrivées à l'âge de la retraite et le nombre d'infirmières de 55 ans ou plus, de même que le nombre de départs, commenceraient à redescendre à compter de 2016-2017.

GRAPHIQUE 1
Infirmières âgées de 55 ans ou plus inscrites au Tableau de l'OIIQ, selon qu'elles maintiennent ou non leur inscription, de 2001-2002 à 2020-2021

Graphique 1

 

Les entrées dépassent les départs à la retraite de 66 % en moyenne par année

Depuis 2002-2003, de 2 300 à 2 800 nouvelles infirmières joignent les rangs de la profession chaque année, comparativement à moins de 2 000 qui quittent la profession pour la retraite. En tenant compte des inscriptions connues dans les programmes de formation initiale actuellement, ainsi que de l'afflux récent d'infirmières immigrantes, le nombre de nouvelles infirmières ira vraisemblablement en augmentant.

Le graphique 2 illustre clairement la forte croissance des entrées dans la profession au début des années 2000, permettant ainsi de combler les départs à la retraite et d'assurer le maintien, voire la croissance de l'effectif infirmier. En effet, au cours des dix dernières années, le nombre de nouvelles infirmières a dépassé le nombre de départs d'infirmières de 55 ans ou plus de 950 en moyenne annuellement, soit un écart moyen de 66 %; l'écart atteignait presque 1 500 en 2003‑2004. Le graphique 2 montre cependant que l'écart s'est resserré à compter de 2006‑2007 avec l'augmentation des départs puis la diminution, en 2008‑2009 et 2009‑2010, du nombre de nouvelles infirmières1; mais même à son plus bas, l'écart demeure positif à près de 400.

Par ailleurs, les inscriptions en formation initiale ont augmenté de 42 % dans la deuxième moitié des années 20002. De plus, l'Arrangement de reconnaissance mutuelle (ARM) des qualifications professionnelles signé entre la France et le Québec en juin 2010 a permis de faciliter l'obtention du permis québécois à un bassin potentiel de plus de 500 000 infirmières françaises diplômées d'État (IDE)3. Ces deux phénomènes permettent d'anticiper une remontée importante du nombre d'infirmières qui joindront les rangs de la profession dans les prochaines années. Cette remontée était déjà amorcée en 2010-2011, comme le montre le graphique 2. En outre, les données préliminaires pour l'année en cours (2011-2012) indiquent que l'OIIQ aura délivré autour de 3 000 nouveaux permis. Ainsi, même si le nombre de départs à la retraite continue d'augmenter pendant encore au moins cinq ans, le nombre d'infirmières de la relève demeurera supérieur d'environ 1 000 par année.

1.   Cette diminution résulte de la baisse des inscriptions dans les programmes de formation initiale en 2004-2005 et 2005-2006; ces variations suivent la courbe démographique des jeunes en choix de carrière.

2.  Voir Infostats, vol. 3, no 3, juin 2011.

3.  En comparaison, seulement quelque 22 000 infirmières québécoises titulaires d'un baccalauréat sont visées par cette entente, dont un nombre négligeable s'en est prévalu à ce jour. Par contre, l'entente a déjà permis à plus de 300 infirmières françaises de venir s'établir au Québec, soit autant qu'il y en avait eu au cours des dix années précédentes.

GRAPHIQUE 2
Départ des infirmières de 55 ans ou plus et entrée des infirmières de la relève, de 2001-2002 à 2017-2018

Graphique 2
 

Dans certains secteurs, jusqu'à 30 % des infirmières ont atteint l'âge de la retraite

Les départs à la retraite demeurent préoccupants dans certains secteurs où on retrouve une plus forte concentration d'infirmières âgées de 55 ans ou plus, notamment dans les soins en gériatrie et gérontologie ou les soins en santé mentale, de même que dans certains types de soins de première ligne.

Le graphique 3, montre que, dans certains secteurs, la proportion des infirmières de 55 ans ou plus est nettement supérieure à la moyenne de l'effectif provincial qui est de 22 %. Cette proportion atteint 25 % en santé des jeunes/santé scolaire et en santé mentale, et jusqu'à 30 % en soins en gériatrie et gérontologie, à Info-Santé, en santé et sécurité au travail et en soins de fin de vie. Si on tient compte des infirmières âgées de 50 à 54 ans, au total, c'est une infirmière sur deux qui est âgée de 50 ans ou plus, comparativement à une sur trois pour l'ensemble. La vague des départs à la retraite pourrait donc se prolonger après 2017-2018 dans ces secteurs.

Contrairement à d'autres secteurs, la relève n'arrive pas en nombre suffisant dans les secteurs ci-haut mentionnés. Par exemple, seulement 4,2 %, en moyenne, des infirmières de la relève des cinq dernières années ont commencé leur pratique en santé mentale et 2,6 %, en soins de première ligne, alors que ces secteurs occupent 6,3 % et 15,7 % de l'ensemble de l'effectif4. Notons que la formation pour exercer dans ces domaines est dispensée au baccalauréat (DEC-BAC complété ou baccalauréat de formation initiale).

La situation est également préoccupante lorsqu'on considère certaines fonctions clés, notamment les postes de gestion et d'encadrement clinique. Le graphique 4 indique que la proportion d'infirmières de 55 ans ou plus dépasse 25 % chez les coordonnatrices d'activités et les chefs d'unités de soins infirmiers (infirmières-chefs) et même 30 % chez celles qui occupent un poste de direction. Chez ces dernières, 60 % ont plus de 50 ans. Quant aux conseillères en soins infirmiers et aux coordonnatrices de suivi systématique de clientèles, deux rôles pivots dans l'organisation des soins, 25 et 29 %, respectivement, ont 55 ans ou plus. Notons qu'une formation universitaire est requise, soit au baccalauréat, soit à la maîtrise, pour exercer ces fonctions.

4.  Voir le Portrait de la relève infirmière 2010-2011, graphique 8, page 21.

GRAPHIQUE 3
Proportion des infirmières de 50 ans ou plus dans certains secteurs et dans l'ensemble, au 31 mars 2011

Graphique 4

GRAPHIQUE 4
Proportion des infirmières de 50 ans ou plus dans certaines fonctions et dans l'ensemble, au 31 mars 2011

Graphique 4

 

Moins de la moitié des infirmières de la relève travaille à temps complet

Bien que l'arrivée massive de la relève soit, de prime abord, la solution de choix pour pallier les départs à la retraite, la situation d'emploi de cette nouvelle génération demeure précaire. En effet, seulement 46 % des infirmières qui ont joint la profession dans les cinq dernières années travaillent à temps complet.

Le graphique 5 montre que la proportion des infirmières qui travaillent à temps complet croît avec l'ancienneté, passant de 46 % chez celles qui ont obtenu leur permis depuis moins de cinq ans à 69 % chez celles qui l'ont obtenu depuis 25 à 29 ans. La proportion des infirmières qui travaillent à temps complet dépasse la proportion moyenne de l'effectif (58 %) seulement après 10 ans d'ancienneté. Si les infirmières de la relève permettent de combler les départs à la retraite, du moins en termes de nombre, il faut néanmoins s'assurer de maximiser leur potentiel comme force de travail. À titre comparatif, notons qu'en Ontario, en 2010, 66 % des infirmières travaillaient à temps complet ; chez les moins de 30 ans, cette proportion grimpait à 74 %5.

5.  Ces statistiques sont basées sur des données et des informations fournies par l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO), mais les analyses, conclusions, opinions et déclarations exprimées dans ce document sont celles de l'auteur, et ne sont pas nécessairement celles de l'OIIO.

GRAPHIQUE 5
Situation d'emploi des infirmières exerçant la profession au 31 mars 2011, selon le nombre d'années depuis l'obtention du permis

Graphique 5
 

En 2017-2018, 44 % des infirmières du Québec auront moins de 40 ans

Avec la fin des départs à la retraite et l'arrivée massive de la relève, la pyramide des âges de l'effectif infirmier du Québec se trouvera inversée et les nombreuses infirmières parties à la retraite auront emporté avec elles un bagage de connaissances et d'expertises inestimable. La future génération de jeunes professionnels ne pourra bénéficier du même niveau d'encadrement clinique que les générations précédentes.

Le graphique 6 compare la pyramide des âges de l'effectif infirmier d'aujourd'hui avec celle de l'effectif projeté en 2017-2018, soit après la vague de départs massifs à la retraite. En 2010‑2011, les infirmières de 50 ans ou plus représentaient 37 % de l'effectif, soit une sur trois, et le sommet de la pyramide se trouvait dans la classe des 50‑54 ans. Dans sept ans seulement, ce sommet se trouvera dorénavant chez les 30‑34 ans et les 35‑39 ans. En somme, les moins de 40 ans représenteront 44 % de l'effectif, soit presque la moitié.

Par ailleurs, dans la démarche de concertation de l'OIIQ afin de donner suite à la proposition adoptée par les déléguées à l'assemblée générale annuelle de l'OIIQ en octobre dernier concernant la formation de la relève, l'échéancier le plus réaliste serait que la norme de formation minimale pour l'obtention du permis soit rehaussée en vue de l'inscription au Tableau 20176. Comme l'a montré le graphique 1, les départs à la retraite massifs seraient alors en perte de vitesse ; cette situation, d'une part, minimise les possibles impacts de cette transition sur la pénurie et d'autre part, réaffirme le besoin d'une relève mieux préparée et mieux outillée pour intégrer les milieux de soins qui deviendront d'autant plus complexes.

Rappelons que dans la province voisine de l'Ontario, qui fait face aux mêmes défis de départs à la retraite que le Québec, à des patients aux prises avec les mêmes conditions cliniques et aux mêmes transformations des systèmes de soins, la relève infirmière a continué de faire son entrée dans les programmes de formation même après le rehaussement de la formation initiale au baccalauréat; les inscriptions se sont même accrues de 68 % dans les sept années qui ont suivi cette transition7. À cet effet, l'OIIQ poursuit ses efforts de promotion de la profession qui semblent, à ce jour, avoir porté fruit. Sa plus récente campagne de promotion vient d'ailleurs tout juste d'être lancée.

6.  Dans les faits, les étudiants qui s'inscriraient au DEC en soins infirmiers à compter de l'automne 2014 devraient compléter le baccalauréat pour l'obtention du permis. Ainsi, tous les étudiants ayant commencé leur DEC avant 2014 continueraient d'obtenir leur permis jusqu'au moins en 2016.

7.  Voir Infostats, vol. 3 no 5, graphique 5, octobre 2011.

GRAPHIQUE 6
Répartition des infirmières inscrites au Tableau de l'OIIQ selon la classe d'âge, 2010-2011 et 2017-2018

Graphique 5