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volume 6, numÉro 1 
février 2014 

Le Québec compte 8,3 % de plus d'infirmières et d'infirmiers qu'il y a dix ans

La profession est de plus en plus attractive, mais qu'en est-il de la pénurie?

Un nombre record de nouveaux permis ; une relève infirmière en plus grand nombre que les retraites ; un effectif infirmier en croissance constante. Alors que toutes les statistiques confirment l'attractivité de la profession infirmière et la croissance de son effectif année après année, de nombreux milieux de soins ressentent toujours, parfois de façon criante, une pénurie de personnel infirmier. Une pénurie est un écart négatif entre l'offre et la demande : si l'offre de soins infirmiers augmente, la demande de soins, assurée principalement par le réseau public, augmente elle aussi et tout aussi rapidement. Or, la croissance de l'effectif infirmier ne semble pas se répercuter au sein du réseau public de la santé et des services sociaux (RSSS) où à peine la moitié des postes sont à temps complet. Par ailleurs, à l'automne 2013, plusieurs cégeps n'ont pu accueillir près de 3 000 candidats, notamment faute de place. Sans prétendre élucider la question de la pénurie, Infostats jette un éclairage nuancé sur la croissance de l'effectif infirmier.

Depuis les départs massifs à la retraite dans le réseau public vers la fin des années 19901, l'effectif infirmier du Québec augmente d'année en année. Le graphique 1 montre que le nombre d'infirmières et d'infirmiers exerçant la profession au Québec est passé de 62 778 en 2002‑2003 à 67 9842, soit une croissance de 8,3 % en seulement dix ans. Or, le nombre d'infirmières qui exercent dans le RSSS ne suit pas cette hausse, mais oscille plutôt autour de 55 000. Ainsi, la proportion de l'effectif qui exerce dans le RSSS est passée de 86,5 % en 2002‑2003 à 82,2 % en 2009‑2010. La situation semble toutefois s'atténuer quelque peu depuis les deux dernières années puisque le nombre d'infirmières dans le réseau dépasse 56 000 en 2012‑2013. La croissance de l'effectif infirmier des quinze dernières années semble donc avoir profité plus à d'autres secteurs, notamment au secteur privé, qu'au secteur public.

De prime abord, l'attraction de la relève dans le réseau public ne semble pas être en cause. En effet, les statistiques tenues par l'OIIQ indiquent qu'à chaque année, plus de 95 % de la relève infirmière est recrutée par le RSSS3. Toutefois, le graphique 2 montre que cette proportion diminue avec le temps écoulé depuis l'entrée dans la profession. Par exemple, parmi les infirmières ayant intégré la profession il y a dix ans (2002‑2003), la proportion de celles qui, au 31 mars 2013, exercent toujours dans le RSSS est de 82 %, soit 14 points de pourcentage de moins que la proportion observée chez la relève de 2012-2013. Cette proportion se maintient entre 80 et 84 % pour les infirmières qui sont entrées dans la profession avant 2002-2003 (données non illustrées).

1.  Au 31 mars 1999, soit au terme des départs massifs à la retraite, le nombre d'infirmières exerçant au Québec était de 59 546.

2.  Ce nombre représente les infirmières et infirmiers qui ont un emploi principal au Québec, alors que le nombre total de membres de l'OIIQ, qui dépasse 72 000, comprend des personnes à la retraite, en congé, aux études, etc.

3. Portrait de la relève infirmière 2012-2013, graphique 7, page 21.

GRAPHIQUE 1
Nombre d'infirmières et d'infirmiers exerçant la profession au Québec et pourcentage dans le RSSS, de 2002-2003 à 2012-2013Graphique 1


GRAPHIQUE 2
Proportion des infirmières et infirmiers ayant intégré la profession depuis 10 ans ou moins et exerçant dans le RSSS en 2012-2013, par année d'entrée dans la profession

Graphique 1
 

La moitié de l’effectif infirmier du réseau occupe un poste à temps complet

Non seulement le nombre d'infirmières et d'infirmiers en poste dans le RSSS semble plafonner à moins de 55 000 depuis une dizaine d'années4, mais la proportion de ceux qui ont un emploi « temps complet régulier (TCR) » ne dépasse toujours pas 50 %.

Les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) corroborent celles compilées par l'OIIQ sur l'effectif infirmier du RSSS. En effet, le graphique 3 illustre qu'au cours des dix dernières années, le nombre d'emplois infirmiers syndiqués dans le réseau a atteint un sommet de 54 957 en 2006-2007. Ce sommet n'a pas été atteint depuis, même si on note une remontée depuis 2010-20115. De plus, le graphique 3 montre que la proportion des emplois « temps complet régulier (TCR) » n'a augmenté que de 5 points de pourcentage depuis une décennie et s'établit à 49,8 % en 2011‑2012. Soulignons qu'en Ontario, presque 70 % des infirmières déclarent qu'elles exercent la profession à temps complet6. La précarité de l'emploi dans certains milieux au Québec est d'ailleurs un point fréquemment soulevé par les organisations syndicales.

Même si le nombre d'infirmières et d'infirmiers du RSSS est plutôt stable, le graphique 4 montre que le nombre total d'heures travaillées par ces derniers a enregistré une croissance importante en 2011‑2012 atteignant 67,2 millions, alors qu'il avoisinait les 65 millions depuis 2005‑2006. Quant aux heures supplémentaires, elles ont été en croissance constante jusqu'en 2009‑2010 ; en 2011-2012, elles représentaient 5,5 % des heures totales comparativement à 3,9 % dix ans auparavant.

Par ailleurs, les statistiques du MSSS sur l'utilisation des services de santé montrent une nette augmentation. À titre d'exemples, le nombre total d'hospitalisations et de soins d'un jour a augmenté de 15 % depuis 2002-20037 et le nombre total d'interventions en CLSC a augmenté de 24 % depuis 2005‑20068. La croissance du nombre de postes infirmiers à temps plein serait-elle insuffisante pour répondre à la demande accrue de soins?

4.  Le nombre de membres de l'OIIQ déclarant qu'ils exercent dans le RSSS comprend les gestionnaires et autres employés non syndiqués, ce qui explique pourquoi ce nombre est supérieur à celui observé dans les données du MSSS.

5.  Les données pour 2012-2013 n'étaient pas disponibles au moment de produire ce bulletin.

6. Institut canadien d'information sur la santé, 2013, tableau de données no 8.

7. MSSS, INFO-MED-ÉCHO Statistiques sur l'hospitalisation pour des soins de courte durée au Québec (2013-04 Avril), tableau 2.

8. Banque de données des statistiques officielles sur le Québec, Indicateurs d'utilisation des services en CLSC, ensemble des services et services en soutien à domicile, Québec, 9 août 2012.

GRAPHIQUE 3
Nombre total d'emplois infirmiers syndiqués dans le RSSS et pourcentage selon le statut, de 2001-2002 à 2011-2012Graphique 2

 

GRAPHIQUE 4
Nombre d'heures travaillées par les infirmières et infirmiers syndiqués du RSSS et proportion des heures supplémentaires, de 2001-2002 à 2011-2012Graphique 3

 

La proportion des infirmières dans l'équipe soignante est passée de 53 à 47 % en dix ans

Bien que le nombre d'infirmières et d'infirmiers dans le RSSS reste stable, l'effectif total du personnel soignant est en hausse. Par conséquent, la proportion des infirmières dans l'équipe soignante du réseau a diminué de 6 points de pourcentage et est maintenant inférieure à 50 %. 

Le graphique 5 montre que l'équipe soignante est passée de 74 163 postes « équivalent temps complet (ETC) » à 93 870 au cours des dix dernières années, une croissance de 27 %. Selon la catégorie de personnel, la croissance atteint 35 % pour les préposés aux bénéficiaires, 53 % pour les infirmières auxiliaires et jusqu'à 88 % pour les auxiliaires familiales. Quant au nombre de postes infirmiers ETC, il a augmenté de 11 % et cette croissance s'est essentiellement produite entre 2001‑2002 et 2003‑2004; depuis, la croissance totalise 2 %. Ainsi, la proportion des infirmières (y compris les infirmières cliniciennes) dans l'équipe soignante est passée de 53,0 % en 2001‑2002 à 46,7 % en 2011‑2012.

Même s'il est essentiel que l'infirmière soit entourée d'une équipe de soignants en nombre suffisant, ces autres professionnels de la santé ne peuvent accomplir des activités infirmières comme évaluer la condition des patients, établir le plan de traitement, donner les directives de soins et coordonner les activités de soins. À titre d'exemple, la situation en CHSLD est préoccupante, comme le signale un récent communiqué de presse de l'OIIQ.

GRAPHIQUE 5
Nombre de postes « équivalent temps complet (ETC) » dans l'équipe soignante du RSSS selon la catégorie de personnel, de 2001-2002 à 2011-2012

Graphique 3

 

La relève infirmière se maintiendra à environ 3 500 pour les trois prochaines années

Le nombre d'étudiants présentement inscrits dans un programme de formation initiale permet d'estimer assez précisément le nombre de permis qui seront délivrés au cours des trois prochaines années. Ce nombre dépassera largement celui des départs à la retraite, assurant ainsi la croissance de l'effectif infirmier.

Le tableau 1 montre qu'à l'automne 2013, un peu plus de 14 500 étudiants étaient inscrits dans un programme de formation infirmière initiale. Se basant sur les taux de diplomation moyens observés pour les cohortes d'étudiants de 2004 à 2010, on peut s'attendre à ce qu'environ 2 900 diplômés se joignent à la profession annuellement, auxquels s'ajouteront quelque 500 infirmières diplômées hors Québec, et ce, au moins jusqu'en 2016-2017. Puisque les départs à la retraite devraient se maintenir entre 2 200 et 2 400 par année, l'effectif infirmier du Québec poursuivra vraisemblablement sa croissance.

Ces données confirment, hors de tout doute, l'attractivité de la profession infirmière. Or, il semble évident que la simple croissance de l'effectif ne soit pas suffisante pour résoudre la pénurie de personnel ressentie dans les milieux. Même si l'OIIQ poursuit ses campagnes de promotion de la profession, il est peu probable qu'on puisse dépasser significativement le nombre actuel de candidats, un record depuis la fin des années 1970, surtout dans le contexte où la majorité des autres professions seront en compétition pour attirer des candidats. De toute façon, il semblerait que certains milieux d'enseignement et de stage aient atteint la limite de leur capacité d'accueil, comme le soulignait un récent article de La Presse : près de 3 000 demandeurs d'admission dans les cégeps adhérant au Service régional d'admission du Montréal métropolitain (SRAM) auraient été refusés à l'automne 20139.

Enfin, plusieurs experts, comme le Conseil international des infirmières (CII), affirment « qu'il ne suffira pas de recruter de nouvelles infirmières pour remédier aux pénuries de personnel auxquelles de nombreux pays sont confrontés : l'amélioration du cadre de travail est un aspect déterminant de la sécurité des patients et de la qualité des soins de santé. »10

9. Plusieurs raisons peuvent expliquer les refus, notamment la difficulté de placer les étudiants en milieu de stage, la difficulté de recruter des enseignants, les places limitées dans les laboratoires, etc.

10. Conseil international des infirmières (2014). Les infirmières, une force pour le changement : une ressource vitale pour la santé, Genève, Suisse.

TABLEAU 1
Projections du nombre de permis d'exercice de la profession infirmière qui seront délivrés en 2014-2015, 2015-2016 et 2016-2017Graphique 3