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Contenu Clinique | 12 mars 2021

Vaccination contre la COVID-19 : développement d'un vaccin

Geneviève Boily, B. Sc., B.Sc. inf., M. Sc.

Vaccination contre la COVID-19 : développement d'un vaccin

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, des dizaines de vaccins contre le SRAS-CoV-2 sont en cours de développement à travers le monde. Il s’agit toutefois d’un processus coûteux.  En temps normal, le développement d’un vaccin dure généralement plusieurs années.

Développement d'un vaccin : une question de contexte

Dans le contexte particulier d'une pandémie, il est possible d’intensifier le développement d’un vaccin et sa production. Ainsi, on arrive à réduire le temps et l’espace requis par son développement. Cela permet également de simplifier son opérationnalisation. (source : OMS, 2020a)

Les scientifiques doivent d’abord être en mesure de comprendre la maladie. Ils doivent également étudier l’agent infectieux qui en est responsable. Dans le cas qui nous préoccupe, il s'agit du virus SRAS-CoV-2 (source : Gouvernement du Québec, 2020).

 

Séquence des événements
  1. Le 31 décembre 2019, une éclosion de cas de pneumonie est rapportée à l’OMS par les autorités chinoises.
  2. Le 7 janvier 2020, le virus causant cette pneumonie est isolé et nommé le nouveau coronavirus, et par la suite le virus du SRAS-CoV-2 (OMS, 2020b). 
  3. Le séquençage génétique du virus est partagé avec l’OMS dans les jours suivants. 

 

Ce fut le début d’une course contre la montre. D’abord, pour développer des analyses permettant de détecter le virus chez les personnes infectées. Ensuite, pour identifier des mesures thérapeutiques. Mais il faut également développer un vaccin efficace pour prévenir la maladie. On assiste alors à une collaboration internationale sans précédent, primordiale afin d’obtenir des résultats rapidement. Il faut réaliser ce défi tout en s’assurant d’un suivi des étapes de développement, sans compromis sur la sécurité. 

 

Processus de développement d'un vaccin

Plusieurs étapes sont requises, en plus d’études en laboratoire. Il existe un contrôle important sur le suivi de ces étapes. C'est primordial, car celles-ci impliquent des tests à la fois chez des animaux et des humains (sources : Gouvernement du Québec, 2020; OPS, 2020).

 

Les différentes phases des études cliniques

  • Les études précliniques sont conduites sur des animaux. Elles permettent de tester d'abord l’innocuité du vaccin. Les réactions indésirables doivent être documentées à cet effet. Elles permettent également de déterminer la production d’une réponse immunitaire (immunogénicité). On arrive à la calculer, entre autres, par la mesure des anticorps développés par l’animal.
  • Les études cliniques chez l’humain peuvent débuter uniquement lorsque les résultats précliniques sont déclarés satisfaisants par un comité indépendant.

    • La phase 1 est effectuée sur un petit groupe d’adultes volontaires en bonne santé. On parle généralement de moins de 100 personnes. Tout comme pour la phase préclinique, cette première phase d’étude sur l’humain permet d'évaluer l’innocuité du vaccin et la production d’anticorps.

    • Le phase 2 peut débuter si l’innocuité du vaccin est confirmée. Elle est conduite auprès d'un groupe allant de 50 à 500 personnes. L’évaluation porte également sur l’innocuité et l’immunogénicité du vaccin, que l’on analyse en fonction du nombre de doses et des différents modes d’administration du vaccin.

    • La phase 3 est ensuite effectuée auprès de plusieurs milliers de participants. Elle sert à évaluer l’efficacité du vaccin à grande échelle.

  • Le processus d’homologation du vaccin par les autorités gouvernementales débute normalement après la phase 3. Ce processus sert à déterminer si le vaccin peut être administré à la population. C’est à Santé Canada qu'incombe le rôle de procéder à cette homologation pour les vaccins qui seront utilisés au Canada (source : Gouvernement du Québec, 2020). Dans le cadre de la pandémie actuelle de COVID-19, nous avons été témoins d'une accélération des processus. Ainsi, l’évaluation a débuté dès la publication de données cliniques.

 

Poursuite des études après l'homologation

Après l’homologation d’un vaccin, les études se poursuivent pour évaluer l’efficacité dans la population. On étudie également les effets indésirables possibles mais plus rares. À cet effet, un système de surveillance passive des réactions indésirables (ESPRI) existe pour l’ensemble des vaccins au Québec. De plus, un système de surveillance active des manifestations inhabituelles associées aux vaccins contre la COVID-19 a été mis en place en janvier 2021 (source : MSSS, 2021a).

 

 

L'auteure

Geneviève Boily est conseillère scientifique et coordonnatrice professionnelle à la Direction des risques biologiques et santé au travail de l'Institut national de santé publique du Québec. Elle détient une formation en sciences infirmières et une maîtrise en santé communautaire.