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En bref

Véronique Bonin. Le Nord, une pratique qui donne des ailes.

Par Philippe Jean Poirier

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28 févr. 2019
Véronique Bonin. Le Nord, une pratique qui donne des ailes.

En participant à la websérie Stagiaire d’un jour comme mentore de l’ancienne patineuse de vitesse Marianne St-Gelais, Véronique Bonin désirait faire connaître l’équipe d’infirmières dynamiques qui œuvrent dans le Nord-du-Québec. Entrevue avec une infirmière qui vit sa profession à fond.

Vous travaillez au dispensaire de Salluit, au Nunavik, depuis maintenant cinq ans. Quelles sont les circonstances qui vous y ont menée?

Lors d’un stage à l’urgence, j’ai compris que je voulais être dans le feu de l’action. Puis, un stage à l’Île Maurice m’a confirmé que j’aime l’aventure et découvrir d’autres modes de vie. Alors quand j’ai vu un poste à combler dans le Nord-du-Québec, j’ai sauté sur l’occasion.
 

À quoi ressemble votre quotidien à Salluit?

Chaque séjour est différent. En juin dernier, il y a eu une éclosion de tuberculose, et je suis alors devenue coordonnatrice de la clinique de tuberculose. Je gère les ressources sur le terrain, je fais du suivi clinique et je collabore avec la Direction de la santé publique dans les enquêtes d’éclosion.
 

Comment votre pratique au Nord vous permet-elle d’occuper pleinement le champ d’exercice de la profession infirmière?

En dispensaire, nous avons une grande autonomie. Nous évaluons les patients et nous déterminons le suivi clinique, selon le guide thérapeutique et les ordonnances collectives. J’ai la chance d’effectuer pratiquement toutes les activités réservées aux infirmières!

Et comme nous sommes le principal point de contact avec le système de santé, la prise en charge du patient repose en grande partie sur nous, en collaboration avec les sages-femmes et le médecin. Par conséquent, c’est nous qui garantissons l’accès aux soins, par une prise en charge holistique du patient.
 

En quoi vos études vous ont-elles préparée à relever ce défi?

Ma formation collégiale m’a fourni beaucoup de connaissances techniques, puis mon baccalauréat en sciences infirmières m’a fait réfléchir sur les fondements de ma pratique professionnelle. J’y ai appris différents modèles conceptuels, dont le modèle de soins transculturel, qui m’a aidée aussi bien à Montréal qu’à Salluit.
 

Comment le contexte autochtone influence-t-il votre pratique?

Nous avons des cultures différentes, mes patients et moi, mais nous avons un but commun : leur santé. Je tâche de les comprendre et d’inclure des références à leur culture dans mes interventions pour les aider à adopter un mode de vie sain, à suivre leurs traitements ou à composer avec la maladie.
 

Quels conseils donnez-vous à une personne qui songe à travailler au Nord?

Si cette personne a envie de se dépasser, d’aller à la rencontre des autres et de vivre des situations hors de l’ordinaire, je lui dis de foncer! Il ne faut pas avoir peur de l’éloignement. Dans le Nord, on crée des liens très forts… et on ne veut plus repartir!
 

 

Des infirmières qui jouent pleinement leur rôle

« On entend souvent dire que les infirmières exercent un rôle élargi au Nord. En réalité, cette impression provient du fait qu’elles exercent pleinement le champ de pratique de notre profession », explique Linda Godin, directrice du Centre de santé Inuulitsivik, qui dessert sept villages côtiers du Nunavik. « Ici, nous pratiquons essentiellement en dispensaire, où l’infirmière est souvent la seule intervenante à donner les soins de santé, poursuit-elle. Nos infirmières accompagnent donc le patient dans tout le continuum des soins. Elles développent un lien très fort avec la population locale. »

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a d’ailleurs fait de la pleine occupation du champ d’exercice de la profession l’un de ses enjeux prioritaires cette année, explique Joël Brodeur, directeur de la Direction, Développement et soutien professionnel à l’OIIQ. « Quand une infirmière ne peut pas accomplir les activités qui lui sont réservées, les soins aux patients en souffrent, indique-t-il. Elles doivent donc bien connaître leur champ d’exercice et leurs activités réservées, pour pouvoir déceler les obstacles qui les empêchent de les exercer pleinement. Ensuite, elles peuvent travailler à les surmonter, qu’il s’agisse d’un problème d’organisation des soins ou d’un manque de temps, de connaissances ou de moyens. »

 

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