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Société

Violence conjugale : La comprendre pour mieux intervenir

par Denyse Perreault

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01 mars 2018
Violence conjugale : La comprendre pour mieux intervenir
Crédit photo: Shutterstock/Ruigsantos

Les femmes demeurent les principales victimes de la violence conjugale, peu importe la catégorie d’infractions, mais les statistiques les plus récentes indiquent qu’elles sont de plus en plus jeunes à la subir. Les adolescentes et les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont aujourd’hui celles qui courent le plus grand risque d’être agressées et même tuées par leur conjoint ou leur ami intime.

Au cours des années 1970, sous la pression d’une mouvance féministe en pleine ébullition, la violence conjugale passe du statut de tabou circonscrit à la sphère privée à celui de préoccupation, puis de problème de santé publique, et il sera reconnu comme tel par l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2002).

La violence conjugale résulte non pas d’une perte de contrôle, mais d’une prise de contrôle sur l’autre personne, caractérisée par une série d’actes, d’agressions ou de contraintes commises de façon délibérée et répétitive, qui se produisent selon une spirale ascendante appelée « escalade de la violence ». Qu’elle soit de nature physique, psychologique, verbale, sexuelle ou économique, elle peut être vécue dans le cadre d’une relation maritale, extramaritale ou amoureuse, à tous les âges de la vie, peu importe le milieu socioéconomique. Les victimes sont des femmes dans une proportion d’environ 80 % (Beauprés, 2015; ministère de la sécurité publique du Québec, 2017).

Jeunes femmes vulnérables

En plus d’observer une hausse de 20 % du nombre de victimes de tentative de meurtre dans un contexte conjugal, les données du ministère de la Sécurité publique (2017) démontrent que les victimes de violence conjugale sont de plus en plus jeunes. Toujours selon ces données, ce sont les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans qui courent le plus grand risque d’être tuées par leur conjoint ou leur ami intime. Les médias ont rapporté les cas de Gabrielle Dufresne-Élie, 17 ans, de Clémence Beaulieu-Patry, 20 ans, de Mylène Laliberté, 24 ans, et de Daphné Huard-Boudreault, 18 ans, toutes quatre assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint entre 2014 et 2017.

Bien que les causes soient multifactorielles, une rupture, la présence de jeunes enfants et les conflits concernant leur garde comptent parmi les facteurs de risques majeurs pouvant mener à un homicide (Jaffe et al., 2014; Rinfret-Raynor, Dubé, Drouin, Maillé, Harper, 2008; Romito, 2011).

Les campagnes gouvernementales de sensibilisation contre la violence faite aux femmes ont pu contribuer à mieux outiller les Québécoises, de plus en plus nombreuses à mieux connaître leurs droits et à savoir qu’elles peuvent être aidées. C’est pourquoi, contrairement à leurs aînées qui pouvaient rester dans une relation toxique pendant dix ans ou quinze ans, voire plus longtemps encore avant de chercher de l’aide, plusieurs victimes réagissent aujourd’hui dès les premières années et même en moins d’un an. (Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, 2017).


Références

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